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PKP toujours largement en tête, mais pas forcément le sauveur que le PQ espère

POL-DÉBAT PQ
Photo d'archives

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Nous n’avions pas eu de sondage sur les intentions de vote au Québec ou concernant la course à la direction du PQ depuis quelque temps. 

Le dernier sondage Léger nous montre que si Pierre-Karl Péladeau continue de bénéficier d’une avance incroyable au sein des partisans péquistes, ces derniers devraient peut-être y songer à deux fois s’ils pensent que PKP est le sauveur dont leur parti a besoin.

Commençons par la course à la chefferie. Je l’ai déjà dit et je le répète sans aucun problème: PKP sera le prochain chef du PQ. Un point c’est tout. Son avance est bien trop importante pour qu’il soit battu dans quelques semaines. Non seulement récolte-t-il 63 % des votes au sein des sympathisants PQ, mais son plus proche poursuivant est à peine à 10 % (Martine Ouellet qui profite du départ de Jean-François Lisée pour progresser nettement). Je pensais que l’on verrait émerger un candidat «n’importe qui sauf PKP», mais non seulement ce n’est pas (encore?) le cas, c’est complètement non pertinent. En effet, tant que PKP restera confortablement au-dessus des 50 %, il sera élu facilement.

Certains diront que ces sondages ne sont pas fiables, car ils ne sondent pas seulement les membres du PQ (ceux qui auront le droit de voter), mais c’est vraiment poussif. Les courses précédentes (PQ en 2005, PLQ récemment) ont bien montré que les sondages étaient en général capables de prédire le résultat de ce genre de courses. Et encore une fois, la situation n’est tellement pas serrée que les sondages ne peuvent pas être aussi faux. Le fait que les chefs des autres partis, en particulier François Legault, n’arrêtent pas d’attaquer l’ex-patron de Québecor montre bien que tout le monde sait déjà qu’il sera le prochain chef (aussi, n’oublions pas Jean-François Lisée qui s’est retiré de la course pour cette même raison).

Ce qui est remarquable, c’est à quel point l’avance de PKP est stable. Cela malgré une campagne qui n’est de loin pas exemplaire. La récente petite polémique au concert du groupe Groenland n’y changera probablement rien. Tout comme les cinq débats programmés pour cette course à la direction. Oui, cinq! Honnêtement, je me demande si le PQ n’est pas en train de se tirer dans le pied en organisant autant de débats dans lesquels, soyons francs, ce sera tout le monde contre PKP (c’est la nature de la bête lorsqu’un des candidats est si largement en tête). Vous vous souvenez quand les conservateurs fédéraux avaient réutilisé les images des débats de la course à la direction du PLC (notamment le «leaders get things done» contre Stéphane Dion)? J’ai un peu l’impression que le PQ va juste fournir des armes à ses adversaires.

En fin de compte, peu importe ce qui arrivera, PKP sera le prochain chef du PQ. Et l’une des raisons principales est le fait que les électeurs PQ pensent que PKP peut remporter le prochain scrutin. Sur ce point, je ne suis pas sûr à 100 % qu’ils ont raison. Mais en même temps, je crois qu’il n’y a personne au PQ qui peut garantir faire mieux.

En novembre dernier, le sondage Léger avec question hypothétique (si «insérez nom» était chef du PQ...) montrait qu’un PQ dirigé par PKP récolterait 36 % des intentions de vote, soit 6 points de plus que le PLQ. La présence de PKP faisait bondir le PQ de 10 points, pris presque également au PLQ et à la CAQ. Dans ce nouveau sondage, un PQ dirigé par PKP se retrouverait à 32 %, à égalité avec le PLQ de Couillard. Le PQ ne bondit plus que de 6 points avec PKP. Cependant, il reste le seul des chefs potentiels qui augmenterait les votes du PQ. Et encore une fois, Pierre-Karl Péladeau semble capable d’aller chercher des votes tant au PLQ qu’à la CAQ.

Cependant, il semble raisonnable de penser qu’un Parti québécois dirigé par PKP serait davantage dangereux pour la CAQ. À la question «qui ferait le meilleur chef du PQ», les électeurs CAQ semblent particulièrement adeptes de PKP. En effet, 45 % des caquistes pensent que PKP ferait le meilleur chef, alors que seulement 15 % des libéraux sont de cet avis (pour eux, «aucun» ne gagne dans une proportion de 38 %). Il peut (et doit) y avoir une partie de vote stratégique dans ces réponses (si vous êtes un électeur CAQ, est-ce vous choisissez le candidat que vous préférez? Ou celui qui serait le meilleur pour faire gagner le PQ? Ou encore celui qui ferait le meilleur chef... afin de permettre à la CAQ de gagner?). Il reste que nous avons là une différence majeure entre électeurs PLQ et CAQ. Le fait que François Legault commente si souvent sur Twitter concernant PKP semble montrer que le chef de la coalition sait bien le danger qui existe.

Que de bonnes nouvelles pour le PQ, non? Pas vraiment. Premièrement, en deux mois, un PQ avec PKP est passé d’une avance de 6 points sur le PLQ à une égalité. Je sais bien que cela n’est pas significatif étant donné les tailles d’échantillon, mais cela reste un mauvais signe. Après tout, le gouvernement libéral n’est de loin pas le plus populaire. De manière générale, tant le PQ que la CAQ (peut-être même davantage cette formation) devraient se demander comment il est possible que les libéraux restent en tête malgré un taux de satisfaction de 35 %.

En utilisant les intentions de votes avec PKP, mon modèle donnerait les résultats suivants:

Sondage Bryan Breguet - 6 février 2015
POL-DÉBAT PQ

*Note: les sondages Québécois ne semblent plus séparer ON et les Verts. On sait juste qu’il y a 4 % pour les «autres». Je dois donc deviner la place deces deux partis. Je les ai mis à 1% chacun. Ça ne change pas grand-chose, mais c’est ennuyant.

Les projections par circonscription sont ici.

Le PQ serait certes favori, mais n’oublions pas que les sondages ont généralement tendance à sous-estimer le PLQ. De manière générale, on peut se demander si PKP aura vraiment un effet si important. Le PQ devrait être bien plus en avance actuellement. L’expatron de Québecor n’a pas encore vraiment eu à se mouiller. Étant donné sa stratégie de campagne actuelle, on est en droit de se questionner sur ce qui arriverait lors d’une vraie campagne face à deux chefs bien plus expérimentés. En d’autres mots, si le PQ n’est qu’à égalité avec un chef tout nouveau tout beau, ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle. Comparez cela à l’effet Trudeau au fédéral qui a rapidement fait bondir les intentions de votes pour le PLC. Le fait que le PQ n’est même pas projeté avec une majorité en dit long.

Avoir 77 % de chances de gagner, c’est bien. Mais ajoutons un ou deux points au PLQ pour la sous-estimation des sondages, et nous avons une course 50-50. Et c’est avant que PKP ne participe à aucun vrai débat. Au final, PKP n’est pas le sauveur magique pour le PQ. Peut-être qu’il s’avèrera être un chef particulièrement doué et propulsera le PQ vers les 40 %, mais rien n’est moins sûr actuellement. Nous verrons déjà comment il gérera les cinq débats pour la course à la direction. Tout cela ne veut pas dire que les électeurs PQ devraient élire quelqu’un d’autre. Un tel sauveur ne semble pas exister. Il n’y a pas de «Justin Trudeau du PQ». J’espère pour les partisans PQ qu’ils en sont bien conscients.