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Une chasse nécessaire, très attrayante

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Photo courtoisie La pourvoirie des Îles-de-la-Madeleine organise des excursions au cours desquelles vous pouvez capturer jusqu’à six phoques gris, pouvant peser jusqu’à 400 kilos.

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Dans sa quête d’expansion, l’homme repousse continuellement les limites de l’arrière-pays et chamboule l’œuvre de mère Nature.

Malgré tout, cette dernière réussit à rétablir un certain équilibre. Si bien, que les populations de chevreuils, d’orignaux, d’oies des neiges, de bernache, etc., se portent très bien.

Heureusement, les règlements décrétés par les autorités gouvernementales limitent les prélèvements effectués au sein des différents cheptels.

Réalité du passé

Les pêcheurs commerciaux ont tellement capturé de poissons dans les années 70 et 80, qu’ils ont littéralement épuisé une bonne partie des ressources disponibles. Ils se sont alors vu imposer des interdictions de toutes sortes afin d’aider les diverses espèces touchées, à se repeupler.

En 1976, Brigitte Bardot est venue se pavaner dans le golfe du Saint-Laurent afin de sensibiliser la planète tout entière sur la chasse aux rejetons du phoque du Groenland, le blanchon. Son message et les campagnes orchestrées ont eu un impact tel, que de sévères embargos ont totalement paralysé l’industrie de la chasse aux phocidés et à tous ses produits dérivés.

Il est évident que la capture de ces petits mammifères, vêtus d’un manteau blanc sur un tapis enneigé, projetait une image questionnable, voire négative. Nul ne peut maintenant les chasser.

Migration

Le chasseur doit faire preuve d’habileté pour atteindre la cible, de la taille d’un ballon de football, qui bouge au gré des vagues.
photo courtoisie
Le chasseur doit faire preuve d’habileté pour atteindre la cible, de la taille d’un ballon de football, qui bouge au gré des vagues.

Lorsque les phoques du Groenland se déplacent vers les Îles-de-la-Madeleine, ils arrivent par millions. Ils viennent dans l’estuaire afin de mettre bas vers la fin du mois de février et au début de mars. Ils repartent ensuite vers le Grand Nord.

Cette surabondance de prédateurs crée une pression supplémentaire sur les stocks de poissons, déjà fortement amoindris.

Résidents

En 1960, dans l’est du Canada, on ne comptait que 13 000 phoques gris. La chasse n’étant presque plus pratiquée depuis l’ère Bardot, il y a eu une explosion démographique. On en dénombre aujourd’hui plus de 500 000, dont un nombre record d’environ 104 000 seulement dans le sud du golfe.

Ce qui est disproportionné, c’est que ces mammifères pouvant vivre jusqu’à 46 ans, dévorent en moyenne une tonne de poissons par année, et certains chiffres parlent même d’une tonne et demie, alors que les populations peinent à se relever. Comme si ce n’était pas suffisant, sachez que ces habiles nageurs transmettent un parasite à la morue et à l’aiglefin, qui se nomme ver du phoque ou pseudoterranova decipiens.

Le capitaine du bateau R. Luc me confiait qu’en 2014, son équipage et lui avaient eu le droit de pêcher le flétan pendant une période maximale de neuf heures. Vous avez bien lu, neuf heures. À l’époque, ils capturaient des flétans pendant plusieurs mois par année. Cela vous donne une bonne idée de la situation.

Ajoutez à cette problématique que les phoques gris sont de plus en plus menaçants pour les saumons. Ils dévorent ces nobles poissons lors de leur migration annuelle. Ce qui est encore pire, c’est qu’à certains endroits précis, les loups-marins menacent les rivières à saumons. Ils les attaquent avant même qu’ils puissent atteindre ces cours d’eau.

Surabondance

Selon le Comité sénatorial des pêches, il faudrait prélever 70 000 phoques gris par année afin de rétablir un certain équilibre. Ce qui est malheureux, c’est que la réalité est toute autre. En 2011, seulement 195 de ces mammifères marins ont été attrapés et ce chiffre est descendu à zéro, en 2012. On fait donc face à une impasse, car son seul prédateur dans le golfe est l’homme.

Une belle aventure

L’an dernier, une jeune dame fort sympathique et dynamique de 73 ans, Danielle Bouchard, a décidé de se lancer en affaires et d’offrir ses services à titre de pourvoyeur. Cette passionnée a œuvré au sein de plusieurs organismes de chasse et de pêche et a travaillé avec de grands noms dans le domaine, tels Henri Poupart, Tony Le Sauteur, Jean Pagé, etc. Son grand-père était d’ailleurs un chasseur de phoques réputé. Elle a donc fondé la pourvoirie des Îles-de-la-Madeleine afin de faire connaître cette activité ancestrale aux nemrods en quête de sensations fortes.

Déroulement

L’aventure débute par un cours obligatoire, fort intéressant, qui se nomme Séance d’obtention du permis de chasse au phoque gris. Un officier de Pêches et Océans Canada nous enseigne tout ce qu’il y a à savoir afin de jouir pleinement de l’activité de prélèvement, tout en s’assurant que la chasse se déroulera selon les règles de l’art, tout en vouant beaucoup de respect aux bêtes pourchassées. On y apprend entre autres à reconnaître les phoques gris, qu’ils appellent aussi tête de cheval. Que leur poids peut atteindre 400 kilos, qu’ils peuvent mesurer 2,3 mètres et que les femelles sont plus petites et plus pâles que les mâles.

Par la suite, on se rend sur un bateau de pêche commerciale d’une douzaine de mètres de longueur par environ quatre de largeur. Le capitaine, Luc Éloquin, sillonne la lagune adjacente au port de Grande-Entrée à la recherche d’îlots de sable qui immergent à marée basse ou il navigue le long des plages de la côte. Les phoques adorent y prendre des bains de soleil. Le guide, Régis Éloquin, pour sa part, prodigue de judicieux conseils sur le déroulement de la chasse. Retenez que ces grands gibiers sont plutôt nerveux. Normalement, ils ne demeurent pas très longtemps totalement exposés. Lors de mon expédition, en octobre dernier, je n’ai pas eu l’occasion de faire feu sur un loup-marin hors de l’eau. Ces ogres peuvent plonger à 300 mètres et rester immergés près de 30 minutes.

La chasse

La stratégie consiste à scruter constamment la surface du fleuve. Dès qu’on voit une tête sortir, on a habituellement une quinzaine de secondes pour la viser et appuyer sur la détente d’un calibre minimal de .222 ou plus. Mme Bouchard m’indiquait que toutes les carabines pour le chevreuil sont également très appropriées. Mon guide, quant à lui, avait une nette préférence pour la 22-250. Personnellement, j’utilisais une .270 WSM.

Jusque-là, la majorité des amateurs croiront que c’est incroyablement facile de faire mouche. Détrompez-vous, car, en fait, la cible à la taille d’un ballon de football. Cette dernière valse au rythme des vagues. Le tireur, pour sa part, est sur un bateau qui tangue continuellement en suivant les mouvements de la surface. C’est extraordinairement excitant et frustrant à la fois, car on manque souvent l’objectif.

Pour vous donner une meilleure idée, sachez que j’ai fait feu à 20 reprises pour récolter deux phoques gris. Si les vagues avaient été plus fortes, il m’aurait certainement fallu plus de munitions.

Dès que l’animal est touché, le bateau se dirige vers lui à toute vitesse pour le récupérer et le hisser à bord. Mon premier phoque pesait approximativement 160 kilos et le deuxième franchissait la barre des 230. Le client qui me précédait a quant à lui intercepté un trophée de 360 kilos.

La deuxième journée s’est également déroulée sur le navire. Lors de la troisième, nous avons enfourché des VTT et avons parcouru de nombreux kilomètres le long des dunes ensablées. On tente alors de repérer des spécimens au loin et de les approcher à portée de tir. Le guide enfile ensuite des bottes-pantalons et va récupérer la dépouille.

Au total, chacun des chasseurs peut récolter jusqu’à six loups-marins.

Il s’agit d’une activité coup de cœur que j’ai eu énormément de plaisir à découvrir, qui vaut vraiment la peine d’être essayée.


Pistes et repères 

Nom : Pourvoirie des Îles-de-la-Madeleine
 
Directions : Se rendre en voiture jusqu’à la ville de Souris, à l’Île-du-Prince-Édouard (1227 km), puis prendre le traversier vers les îles (5 h 30). Par la voie des airs, la firme Pascan Aviation offre trois envolées par jour, de St-Hubert, avec escale à Québec www.pascan.com ou le 1 888 313-8777.
 
Habitations : Hôtel Bellevue, à Cap-aux-Meules. Propose un service de restauration, un bar, une navette vers l’aéroport, une vue imprenable sur le fleuve, etc. www.hotelbellevueim.com ou le 1 866 827-0025.
 
Forfaits : De base ou VIP tout inclus
 
Période : 15 septembre au 31 décembre
 
Coûts : À compter de 2900 $
 
Commodités : Transformation de la chair de deux phoques comprise dans le forfait, par Réjean Vigneau, seul boucher accrédité par le MAPAQ pour traiter la venaison de ces mammifères. 418 986-3322. De plus, une de vos peaux est délardée et il ne reste plus qu’à la faire tanner.
 
Espèce : Phoque gris. 
 
Activités : Tous les attraits des superbes Îles-de-la-Madeleine.
 
Unicité : Possibilité de capturer six phoques gris avec le permis compris dans le forfait. Un guide doit obligatoirement accompagner un ou deux chasseurs.
 
Infos : www.pourvoiriedesilesdelamadeleine.com ou téléphonez à madame Bouchard au 418 969-2232.