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Pourquoi le Canada a-t-il révoqué le passeport d’un imam montréalais?

Sheik Ali Sbeitim
Photo Courtoisie

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On ignore pourquoi le Canada a révoqué le passeport de l’imam montréalais Ali Sbeiti avant Noël, mais notre Bureau d’enquête a découvert que le centre communautaire musulman où il prêche diffuse des textes intolérants à l’égard des homosexuels sur son site internet.

On ignore pourquoi le Canada a révoqué le passeport de l’imam montréalais Ali Sbeiti avant Noël, mais notre Bureau d’enquête a découvert que le centre communautaire musulman où il prêche diffuse des textes intolérants à l’égard des homosexuels sur son site internet.

Le cheikh Ali Sbeiti serait un sujet d’intérêt dans une enquête de sécurité nationale de la GRC, selon ce que prétend le gouvernement fédéral dans des documents judiciaires déposés à la cour et consultés par notre Bureau d’enquête.

M. Sbeiti conteste l’annulation de son passeport devant la Cour fédérale du Canada.

Dans une section du site internet du centre communautaire où il œuvre, rue Crémazie à Montréal, un essai intitulé «les déviations morales» critique «la liberté absolue» des sociétés démocratiques occidentales comme le Québec, car «le peuple peut accepter une chose qui lui nuira certainement».

L’une de ces «choses», c’est l’homosexualité. Le texte compare sans gêne la légalisation de l’homosexualité à l’inceste et, du même coup, à la légalisation de l’héroïne.

En entrevue deux semaines avant l’annulation de son passeport, Cheikh Ali Sbeiti nous avait dit qu’il ne pouvait contrôler le contenu du site internet et qu’il ne gérait pas non plus le centre au quotidien.

Visite au Liban

Il avait aussi déclaré n’avoir aucun lien avec des personnes ou des groupes à l’étranger susceptibles d’inquiéter les autorités canadiennes en matière de sécurité nationale.

Il a toutefois reconnu avoir visité le sud du Liban (le château fort du groupe terroriste Hezbollah) à maintes reprises, mais seulement pour côtoyer des membres de sa famille.

«Mon père est malade, a-t-il dit. Tu cherches des choses personnelles, à créer des problèmes. C’est ma réputation d’imam, ici, qui est en jeu. Tu ne peux pas jouer avec ça.»

Conclusion erronées

Lorsque nous lui avons rendu visite à son duplex de Saint-Léonard, en novembre dernier, M. Sbeiti a promis que son avocat nous rappellerait, chose qu’il n’a jamais faite.

Aujourd’hui, Mitchell Goldberg, l’avocat de M. Sbeiti, prétend dans des documents déposés à la Cour fédérale que le gouvernement a violé les droits constitutionnels de mobilité de l’imam après «une décision perverse et capricieuse».

La décision de révocation ne tient pas compte du matériel dans le dossier de Passeport Canada. Les fonctionnaires de cette agence ont tiré des conclusions erronées, selon Me Goldberg.

Fait particulier, le gouvernement fédéral refuse de divulguer le contenu de huit pages du dossier de sécurité nationale/passeport qu’ils ont compilé au sujet de M. Sbeiti.

D’autres documents montrent qu’un sergent de l’équipe intégrée de la sécurité nationale (EISN) de la GRC à Montréal s’intéressait à M. Sbeiti et ses déplacements depuis 2012.

Me Goldberg n’a pas voulu répondre à nos questions.

«Aucune limite morale»

« La démocratie occidentale s’enracine dans le libéralisme. Elle prétend que puisque l’homme est libre, la dictature doit être abolie et remplacée par la démocratie. La liberté que défend le libéralisme est une liberté absolue. C’est-à-dire que s’il le désire, le peuple peut accepter une chose qui lui nuira certainement. Par exemple, le Parlement anglais qui a légalisé l’homosexualité peut tout aussi bien légaliser l’héroïne ou l’inceste. Il n’y a aucune raison logique pour expliquer les décisions. Quelle est la différence entre l’homosexualité et l’inceste ? »
 

– Extrait du site internet du Centre communautaire musulman de Montréal
 


Montréalais depuis 1987

Ali Sbeiti est arrivé au Canada en 1987. Il est citoyen canadien depuis 1991.

En 2006-2007, il a témoigné et figuré dans plusieurs chapitres du rapport final de la Commission populaire sur les mesures de sécurité en immigration.

Cet effort non officiel visait à exposer un présumé profilage racial par les autorités fédérales et les services de renseignement après les attentats du 11 septembre 2001.

À ce moment, M. Sbeiti s’est plaint publiquement d’avoir déjà été questionné sans relâche, et même d’avoir été intimidé par des agents du renseignement canadiens du SCRS lors de séances qui ont duré plusieurs heures chacune.

«Des terroristes ici»

M. Sbeiti nous avait aussi déclaré être sur la «no fly list» des États-Unis, sans toutefois comprendre pourquoi et sans jamais avoir reçu d’explications des autorités.

Lors de notre entrevue avec lui, M. Sbeiti a dit que les agents canadiens ne s’intéressaient pas à lui ou à ses activités, mais à des individus présents au Canada et à Montréal comme des réfugiés, sans les identifier.

«Vous laissez les terroristes ici», a-t-il dit.

– Avec la collaboration de Simon Mailhiot, du Bureau d’enquête