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Le baîllon, signe des temps?

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REUTERS

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Décidément, le fait de museler, de faire taire ou d’empêcher de parler par la force ou la menace est à la mode.

Il y a les bouts de tissu, soie, corde, ou je ne sais trop quelle autre matière qui font accourir les femmes et leurs compagnons dans les salles de cinéma pour assister à la l’épopée érotico- patriarco-capitaliste d’Anastasia Steele, l’héroïne (on a celle que l’époque commande) des 50 nuances de Grey.

Il y a le style de baîlllon des conservateurs majoritaires de Harper qui table sur le climat de peur pour faire adopter dans la hâte son projet de loi anti-terroriste C-51 donnant des pouvoirs plus importants au SCRS, le Service canadien du renseignement. Sans surveillance équivalente de leurs activités. Ce qui risquerait de compromettre les droits des canadiens selon les deux partis d’opposition. Même si les libéraux voteront avec le gouvernement pour le moment.

Il y a la mesure utilisée le 6 février dernier par le gouvernement Couillard-Barrette pour enfoncer dans la gorge des parlementaires, des travailleurs de la santé et des citoyens, l’intempestif projet de loi 10, visant l’abolition des agences régionales, première étape de sa réforme du système. Dans son apparente impatience, et pour que le projet de loi 20 concernant l’amélioration des services et finalisant l’oeuvre soit adopté d’ici juin, le ministre ne doit sans doute pas exclure de remettre ça bientôt.

Il y aussi cette nouvelle directive émise cette semaine par le PMCouillard et enjoignant les membres de son caucus de ne plus parler aux journalistes dans les couloirs du parlement avant la première réunion du jour. En fait, avant d’être briefés sur la manière de tournicoter les faits pour en faire un message politique cohérent et partisan. Rien de neuf là-dedans. Le contrôle, la centralisation de la communication, le brouillage official de pistes est chose plutôt commune. Harper pratique la méthode depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Marois l’a aussi fait en son temps.

Cependant, ce qu’il y a de nouveau dans la démarche et qui mérite qu’on s’y attarde, ce sont les raisons qui ont présidé à cette nouvelle directive. On est pas dans le contrôle de l’idéologie là. Mais plutôt dans celui des mots...et des dommages. Le problème, l’éléphant au milieu de l’arène, c’est bien sûr, l’ineffable Yves Bolduc, qui depuis son entrée en fonction ne cesse d’accumuler les gaffes verbales et de discréditer le gouvernement. La dernière en date justifiant la fouille à nu«respectueuse» d’élèves de polyvalente mineures soupçonnées de se livrer au traffic de drogue. Plusieurs jours de controverses et de battage médiatique qui ont éclaboussé le gouvernement jusqu’ à l’international. De quoi mettre le premier ministre et certains de ses collègues dans l’embarras.

Parce qu’il y en a bien quelques autres dans ce gouvernement qui ne maîtrisent guère mieux le vocabulaire français de base, les idées et les concepts. Bref, qui ne savent pas s’exprimer correctement. Avec l’intégriste comme souhaitable compagnon de travail de la minister Weil et quelques autres malheureuses bourdes des ministres Poëti ou Thériault, on assiste à un véritable cauchemar de relations publiques. Ainsi, on a dû decider en haut lieu et quoique Philippe Couillard s’en défende, de leur metttre les bons mots dans la bouche. Comme si les mots étaient comme des dentiers. Tu les mets le matin, tu les enlèves à la fin de la journée, tu les places dans le Polydent, pis tu repars ça à neuf le lendemain! Pas plus compliqué! On va bien voir ce que cela va donner. La coutume n’enseigne-t-elle pas que ce qui se conçoit bien s’exprime clairement et que les mots viennent alors aisément. Est-ce trop demander à nos élites politiques? Il semble bien que oui.

Mais au delà de ces questions de langage, ce qui interpelle, étonne et en est devenu (presque) fascinant ,c’est le fait que ce ministre de l’éducation demeure en fonction malgré de multiples faux pas. Les règles de la joute politique et celles des libéraux en particulier nous ont habitués à pas mal moins de tolérance quand il s’agit de se débarrasser des gêneurs, des nuisances à la ré-élection. Quel pouvoir possède donc le placide Bolduc pour conserver son poste? Avec quoi tient-il Philippe Couillard? Que lui-a-t-on promis? En quoi est-il si utile au parti pour qu’on le maintienne à son poste au prix du ridicule renouvelé et des controverses humiliantes qui distraient des véritables messages électoraux? Quelle anguille se cache sous la roche? Alors qu’il serait si facile de le remplacer. Ne serait-ce que par son évidente compétence en la matière, la ministre de la culture Hélène David, professeure émérite, ancienne sous-ministre adjointe responsable de l’enseignement supérieur au ministère de l’Éducation, dans le gouvernement Charest apparaît la personne toute designée.

On peut légitimement se demander qui tient qui par le bout du stéthoscope?Qui baîllonne qui dans cette saga?