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La police du pétrole

pétrole gaspésie
Photo d’archives, René Baillargeon

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Ainsi donc, la GRC considère les environnementalistes comme des «extrémistes» qui «posent une menace criminelle réelle contre l'industrie pétrolière canadienne» ?

Ainsi donc, des gens comme moi et nombres de mes amis et collègues qui se sont battus PACIFIQUEMENT depuis des années contre des projets polluants et ont plutôt proposé des projets structurants dignes du 21e siècle pourraient être touchés par une nouvelle loi antiterrorisme ?

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai déjà entendu un tel discours qualifiant des citoyens ayant des questions et des revendications tout à fait légitimes d’extrémistes et de potentiels terroristes.

-       En Afrique du Sud, lors de l’apartheid, la police a utilisé un tel langage pour justifier leur utilisation de la violence... et c’est exactement ce qui a radicalisé des militants pacifistes tels que Nelson Mandela,

-       Aux USA, pendant la lutte pour les droits civiques des années 60, la police de certains états du sud utilisait le même genre de langage pour qualifier ces gens qui militaient pacifiquement... et justifier leurs propres gestes violents.

Et j’ai été moi-même témoin et victime des dérives qu’un tel discours peut entrainer de parts et d’autres. Lors du Sommet des Amériques, 3 amis et moi nous sommes fait tirer dessus par des policiers de la GRC de façon tout à fait gratuite alors que nous marchions sur une rue déserte, loin de toute manifestation.

Indignés et en colère, nous avons fait part de cette attaque à un journaliste qui a alors parlé de notre cas et de plusieurs autres aux autorités policières. En réponse à sa question, le porte-parole de la police, un certain Robert Poëti, aujourd’hui ministre des transports du Québec, a répondu que nous nous étions fait tirer dessus car nous venions de lancer des cocktails Molotov et nous apprêtions à en lancer d’autres!!!

C’était évidemment un énorme mensonge.

ZÉRO casse, ZÉRO violence.

Avant que je ne sois élu, j’ai organisé un grand nombre de marches, de mobilisations et de manifestations pour l’environnement et la paix. Or, mes amis et moi avons toujours fait en sorte que celles-ci se fassent de façon pacifique.

JAMAIS il n’y a eu de casse, de vandalisme ou d’arrestation.

Nous avons toujours clairement dit aux imbéciles qui voulaient s’infiltrer dans nos événements pour faire de la casse qu’ils n’étaient pas les bienvenus car ils discréditeraient nos revendications.

D’ailleurs, avant nos manifs, j’avertissais la police que nous prendrions des photos afin de nous assurer d’être capable d’identifier tout manifestant ou agent provocateur qui voudrait faire du grabuge.

Malgré cela, la police est déjà débarqué chez moi et a défoncé ma porte en mon absence sans mandat et sans numéro d’événement, en entrant donc de façon illégale prétextant qu’ils avaient reçu un appel « anonyme » disant que j’avais kidnappé quelqu’un, rien de moins!

Quelques semaines plus tard, ils sont entrés chez ma mère et son conjoint en son absence, encore là sans mandat, prétextant avoir reçu un appel 911... d’une maison vide!

Ils ont même refait le coup chez ma mère une deuxième fois.

Des mots... explosifs

Nous devons nous méfier au plus haut point d’un gouvernement et d’une police qui utilise un langage aussi... explosif car derrière ces mots se cachent un potentiel d’abus et de dérives antidémocratiques graves qu’on a déjà vu dans des sociétés fascisantes dans le passé.

Rappelons-nous qu’il y a 16 ans, soit en 1999, c’est la GRC elle-même qui a fait sauter une bombe en Alberta afin de faire porter le chapeau à deux citoyens qui avaient été qualifiés par un « expert » emmené à témoigner sur ce pseudo-attentat « d’écoterroristes ». La GRC avait donné à cette opération menée en collaboration avec une compagnie pétrolière le nom « d’Opération Kabriole ».

Je connais le milieu de l’environnement au Québec. Je sais parfaitement bien que les André Bélisle, Karel Mayrand, Steven Guilbault, Patrick Bonin et autres n’ont absolument rien de terroristes. Ce sont des gens du milieu qui oeuvrent avec conviction et le font car ils ont à cœur l’avenir de la planète, point à la ligne. On peut ne pas être d’accord avec eux, mais d’aucune manière cela fait d’eux des extrémistes ou des terroristes, sinon on pourrait affubler l’Institut Économique de Montréal ou le Conseil du Patronat du Québec du même qualificatif!

Et s’il y a quelques individus qui vont plus loin et sont violents dans leurs revendications, ce sont des cas isolés, très isolés même, les écolos étant pas mal plus « flower power » qu’autre chose...

Comme disait M. Couillard, ça émanerait alors d’un choix personnel... car contrairement à certains groupes terroristes, je ne connais AUCUN groupe écologiste digne de ce nom qui revendique et milite de façon violente.

Donc, cette volonté de qualifier les environnementalistes « d’extrémistes » par la police ou le gouvernement est extrêmement grave car elle vise à intimider les citoyens qui ont des questions légitimes à poser aux entreprises pétrolières, des revendications envers eux et le gouvernement et ultimement à les criminaliser.

La mission de la police est de préserver la loi et l’ordre et de protéger les citoyens. Nulle part est-il marqué dans cette mission qu’ils doivent protéger les pétrolières au dépend des citoyens.

En fait, si on veut parler de problèmes de sécurité nationale, ceux-ci émanent bien plus des explosions, déversements et incendies à répétition causés par les pétrolières que par de simples citoyens ou des environnementalistes.

 

C’est pourquoi je leur suggère respectueusement de cesser de faire du militantisme en usant et abusant des mots « extrémistes » et « terroristes » et de ne s’en tenir qu’à leur mandat. Sinon, on pourra les qualifier de « police politique »... comme on a déjà vu ailleurs.