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Les geeks et les politiciens

Les geeks et les politiciens
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Pourquoi les geeks informatiques et les politiciens sont-ils incapables de s’entendre ?

C’est le titre de la conférence que présentera Pierre Bouchard lors de la cinquième édition du WAQ (Web à Québec) du 18 au 20 mars.

Conseiller politique durant sept ans sur la colline à Québec, M. Bouchard a été aux premières loges pour analyser l’attention (ou le manque d’attention) portée par les élus à l’informatique et à la gouvernance numérique.

C’est la revanche des geeks ou des nerds partout. Les nerds dirigent des ministères et grandes entreprises. Les politiciens-nerds dans leur domaine remplacent des politiciens surtout orateurs pour tous les domaines. Ça se rend même jusqu'au hockey, alors que les nerds des tactiques et de la psychologie sportive remplacent comme entraîneurs dans la LNH ceux qui sont surtout et seulement des motivateurs de la vieille école.

Mais en informatique, pourquoi les geeks n’ont-ils pas une grande place au gouvernement ? Pourquoi des hauts postes en informatique au gouvernement sont occupés par des individus qui n’ont jamais été formés en informatique ? Pourquoi les geeks informatiques défenseurs d’une gouvernance numérique n’ont pas encore une voix si importante dans l’appareil public québécois ? Comme si ces geeks étaient entendus, mais n’étaient pas écoutés.

Le numérique, ce n’est pas seulement de remplacer ce que l’on fait à la mitaine par une machine. C’est de prévoir comment les technologies de l’information vont façonner notre mode de vie, notre gouvernance, notre économie, notre façon d’échanger, de se protéger et de se démarquer à l’avenir.

Les hauts placés en informatique au gouvernement sont-ils insensibles à un plan numérique ? Évidemment pas. Mais ont-ils comme mandat de réfléchir et préparer ce plan ? C’est une autre question.

Pour alimenter sa conférence, Pierre Bouchard demande de répondre à quelques questions. Il demande pourquoi les «apôtres d’un Plan numérique n’ont-ils pas encore réussi à convaincre les politiciens et les fonctionnaires du bien-fondé de leurs propositions ?»

Certes, il y a le fait que certains politiciens ne comprennent pas «grand chose» du discours des «apôtres du numérique». Le lobbying n’a peut-être pas frappé la cible, que ce soit par un manque d’ouverture du politique et/ou un mauvais plan de communication de ces «apôtres».

Le jeu des rimes

Mais j’ajouterai un point ou une difficulté pour le politique. Il ne faut pas présumer une mauvaise foi des politiciens. Mais ce n'est pas seulement après trop d'épisodes de «House of cards» qu'un certain cynisme peut se dégager au Québec. On peut se questionner sur la vision à long terme du politique, surtout en informatique. Les «apôtres du numérique» ont une vision à long terme, une vision qui dépasse la prochaine élection. Imaginons un ministre qui doit dépenser 10 M$ de plus cette année pour économiser 50 M$ dans 8 ans ? Ce sera surement un autre ministre, peut-être d’un autre parti qui verra le fruit de son initiative. Depuis plus de quatre ans, le Québec sait très bien qu’il doit regrouper ces 457 centres de traitement informatique pour économiser 100 M$ dans cinq ans. Mais à court terme, des investissements sont nécessaires pour ce projet de regroupement. L’Ontario est passé de 300 centres à 2. Pourquoi, au Québec, le dossier n’avance pas ? La vision à long terme des «apôtres du numérique» peut effrayer la politique. Les stratégies politiques électorales ne riment pas toujours avec vision à long terme et plan numérique.

Pour rester dans le domaine des rimes, M. Bouchard demande aussi : «Comment faire pour qu’enfin politique et gouvernance riment avec numérique ?»

C’est la grande question...mais le fardeau de le «rimer» revient aux «apôtres du numérique». C’est peut-être malheureux, mais c’est comme ça. Et ce fardeau passe notamment par la rime gouvernance numérique et économie d’échelle. Ça peut paraître évident à défendre pour les apôtres, mais les politiciens et le grand public doivent s’en convaincre.

Et évidemment, ce grand public doit aussi être interpellé. Demandez à votre entourage ce que veut dire «gouvernance numérique» et comment cela peut changer l’avenir du Québec.