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La dépendance aux écrans comparée à la cocaïne

Maxime Hénault
Photo courtoisie, Amélie St-Yves Maxime Hénault

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TROIS-RIVIÈRES | Un étudiant de Trois-Rivières admet consulter son téléphone toutes les trois minutes, soit 300 fois par jour en moyenne. Ce nouveau type de dépendance est en croissance, croit un chercheur qui compare volontiers la dépendance aux écrans à la consommation de cocaïne.

«J’ai tout le temps peur de manquer quelque chose. Tout d’un coup que ce soit important», explique l’étudiant universitaire Maxime Hénault.

En vue du colloque sur la dépendance aux écrans, présenté hier à l’Université du Québec à Trois-Rivières, il a réalisé un exercice simple: poser son cellulaire à 50 centimètres de sa main. «Ça m’énerve. Ça me demande un effort de le faire, car c’est trop loin», poursuit-il.

Anxiété

L’étudiant admet être anxieux lorsqu’il est séparé de son appareil mobile. Il indique aussi que sa dépendance lui nuit dans une autre sphère de sa vie. «Des fois, ma copine me dit de lâcher mon cellulaire. On ne se chicane pas, mais je sais que parfois, ça l’énerve.»

Regarder son téléphone est la première chose qu’il fait le matin et la dernière le soir. S’il met son appareil en mode silencieux lorsqu’il se couche, ça ne l’empêche pas d’y jeter un coup d’œil en pleine nuit lorsqu’il est tiré de son sommeil. «Encore ce matin, je regardais mon fil de nouvelles en me brossant les dents.» Ceci étant dit, il essaie de modifier ses habitudes petit à petit. L’aspirant journaliste est bien conscient que sa tendance à abuser du web risque de s’amplifier quand il sera sur le marché du travail.

Comme la cocaïne

Le docteur en neurosciences et psychothérapeute Joël Monzée estime qu’il est facile de rester accroché aux appareils électroniques, car ils répondent à la fois à notre besoin de contact et à notre besoin de solitude. «Ce sont deux pulsions contradictoires qui généralement vont causer de la tension. Avec un cellulaire ou une tablette, on est à la fois seul et ensemble.»

Il explique également que la stimulation du cerveau par les écrans produit de la dopamine, l’hormone de la récompense et du plaisir, ce qui peut créer une dépendance. «C’est le même phénomène que quelqu’un qui prend de la cocaïne. Au bout d’un certain temps, quand il ne prend pas de cocaïne, son système ne sait pas comment repartir la machine.»

Une perte de sensibilité sociale

Un autre effet majeur de la dépendance aux écrans est la perte de qualité relationnelle, estime le chercheur. «Si je suis sur le web et que je tue un zombie, il n’y a personne qui est heurté. Si j’écris à ma copine sur Facebook un message blessant et que je ne vois pas sa réaction, je peux aller plus loin.»

Il précise que dans une communication en face à face, des mécanismes sont mis en place par le cerveau pour détecter les émotions des autres et s’ajuster en conséquence, ce qui est très différent d’une communication virtuelle.


 

Brèves

4 minutes de Bob l’Éponge, déjà trop

Selon certaines études, neuf minutes d’exposition à la télévision le matin avant d’aller à l’école peut nuire à l’apprentissage d’un enfant... 4 minutes si c’est Bob l’Éponge.

Le chercheur Joël Monzée explique que dans le deuxième cas, le cerveau d’un jeune est tellement stimulé par les images qu’une fois à l’école, l’enfant aura une baisse de dopamine, ce qui résultera en une difficulté de concentration.

«L’enfant est tellement stimulé par Bob l’Éponge qu’il arrive à l’école tendu, et il n’est pas tellement disponible pour apprendre», explique le neuroscientifique Joël Monzée.

Par ailleurs, du contenu plus sérieux peut également être dommageable pour un enfant. Les bulletins de nouvelles peuvent alimenter la peur du «grand méchant monde», rappelle le spécialiste. Des enfants développent des troubles d’anxiété importants à être exposé à des nouvelles dont ils ne comprennent pas toujours le sens.

Si l’esprit d’un jeune peut vagabonder facilement, des images peuvent le marquer. La situation est la même pour un documentaire ou pour un film, Joël Monzée croit qu’on devrait toujours prendre la peine d’en discuter avec son enfant, pour vérifier comment il a compris ce qu’il venait de voir.

Surtout, pas question de croire qu’un enfant peut «décharger son agressivité» dans les jeux vidéo. « C’est absolument faux. Même que chez des jeunes avec des prédispositions, ça peut développer des hallucinations, même des psychoses.»