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Islamophobie imaginaire

Islamophobie imaginaire

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Des organisations islamiques au Québec, et d’autres organisations composées de musulmans qui se disent laïcs utilisent le mot islamophobie à tort et à travers.

La « phobie » est un terme défini comme peur irraisonnée, aversion instinctive, dégoût ou peur de quelque chose. Selon cette définition, l’« islamophobie » signifie la peur irraisonnée, aversion, etc. de l’islam et, en conséquence, des musulmans.

Ces organisations évoquent souvent l’islamophobie au Québec. Ya-t-il eu des actes ou incidents notoires pour porter une telle accusation?  Les Québécois sont-ils islamophobes ? Non, pas du tout.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde. »

- Albert Camus -

Le terme islamophobie a été utilisé en France pour la première fois par l’islamiste Tarik Ramadan dans le but d’intimider les Occidentaux qui osent critiquer l’islam comme dogme de même que les prétentions et comportements religieux pratiqués ostentatoirement par les musulmans en Occident.

Le Québec est tombé dans le piège. L’islamophobie est utilisée dans un document officiel publié par le ministère de l’Immigration pour justifier le chômage chez les immigrants issus des pays du Maghreb. Le terme est également utilisé par la Ville de Montréal lorsqu’elle évoque le chômage et la pauvreté chez les Maghrébins à Montréal. Dans son rapport, la Commission Bouchard-Taylor évoque l’islamophobie en ces termes : « Le moyen de surmonter l’islamophobie, c’est de se rapprocher des musulmans et ne pas de les fuir. En ce domaine comme en d’autres, la méfiance engendre la méfiance. Tout comme la peur, elle finit par se nourrir d’elle-même ». Le terme « islamophobie » semble avoir été oublié dans le glossaire du même rapport, alors qu’on y trouve les mots comme racisme, discrimination, fondamentalisme, etc. Les deux sages n’y ont probablement pas trouvé une définition qui convient à la réalité québécoise.

Qui, au Québec, fuit les musulmans ou exprime publiquement son aversion à leur égard ? On peut certainement parler de racisme, de préjugés, de discrimination de xénophobie par certains, très minoritaires heureusement, à l’égard des personnes originaires d’ailleurs, mais les musulmans en sont-ils réellement davantage victimes que les autres ? Sont-ils ciblés particulièrement ? Et comment expliquer que moi et d’autres musulmans, qui nous opposons au port du voile et à d’autres interprétations archaïques de l’islam, sommes souvent qualifiés d’« islamophobes » par ces mêmes adeptes de la victimisation ? Personne n’a peur du musulman que je suis, ni de ma foi, mais j’ai peur, comme d’autres Québécois et d’autres musulmans, de l’islam politique et de ses dérives.

L’islamophobie est une notion instrumentalisée pour faire taire toute critique du dogme islamique dominant, le wahhabisme qui a imposé sa lecture arriérée et autoritariste de l’islam, même chez nous en Occident. Et au Québec aussi, il est instrumentalisé contre toute critique des comportements ostentatoirement opposés aux principes de laïcité et d’égalité des sexes, qui sont des fondements du « contrat social » de l’après-Révolution tranquille.

Tous ceux au Québec qui veulent combattre l’islamisme radical et faciliter l’intégration des musulmans aux valeurs démocratiques doivent appeler les choses par leur nom : le danger n’est pas l’intégrisme islamique (qui est en soi un rigorisme religieux ; lorsqu’il ne déborde pas le cadre du privé) mais l’islam politique en tant qu’idéologie totalitaire, violente et expansionniste. D’ailleurs, distinguer intégrisme et islam politique est déjà un bon moyen d’éviter les amalgames et les discriminations. Quant à l’islam politique, il refuse de dissocier le religieux du politique et a comme base l’application des lois discriminatoires de la charia, qui sont en opposition flagrante avec la Déclaration universelle des droits de l’homme et les fondements mêmes de la démocratie et de l’État de droit.

 

Hassan Jamali, ingénieur

Auteur de Coran et déviation politique et co-auteur de Religions et laicité

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