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La supériorité canadienne

Pour John A. Macdonald, Ottawa, dépositaire exclusif de la souveraineté, devait détenir tous les pouvoirs.

"Holding Court", Face 2 Face with Sir John A. MacDonald - Bust unveiling Prince Edward County
JEROME LESSARD/The Intelligencer/QMI Agency

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Pourquoi ne pas plaquer les traits du Vulcain de Star Trek sur le premier ministre de nos billets de 5 $? Monsieur Spock n’est-il pas plus connu que Wilfrid Laurier? Quant à cet adepte de la bouteille de John A. Macdonald, alias Monsieur 10 $, dont on célèbre maintenant le 200e anniversaire, n’est-on pas en train de le «déguiser», lui aussi, pour en faire un fier moderne? Pendant que le Québec masochiste dénigre et oublie ses héros, comme Dollard des Ormeaux (injustement sali), le Canada, lui, n’exige pas un brevet de sainteté à ses personnages.

Imaginez que Québec solidaire prenne le pouvoir (à force de rêver, peut-être) et célèbre la mémoire de Maurice Duplessis en le présentant comme l’initiateur de la Révolution tranquille, ce qu’il est effectivement à bien des égards, et en mentionnant ses valeurs conservatrices, oui, mais sans en faire un drame, et en rappelant la grandeur de l’homme d’État, son incroyable ténacité et sa ruse.

Maurice Duplessis
Agence QMI
Maurice Duplessis

Cette ouverture d’esprit minimale absolument impensable chez des Québécois de gauche, pour qui l’adversaire est forcément exécrable, le premier ministre actuel du Canada, Stephen Harper, en est capable spontanément, et c’est tout à son honneur.

Oui, John A. Macdonald, le tout premier premier ministre du Canada de 1867, a fondé le Parti progressiste-conservateur. Mais sa vision ressemblait davantage à celle d’un Pierre Elliott Trudeau, cet ennemi de l’autonomie québécoise, que d’un Stephen Harper, qui a au moins reconnu la nation.

Boire l’imbuvable

Vous ne serez pas étonné d’apprendre que je ne porte pas John A. Macdonald dans mon cœur. La grossière propagande fédérale à son sujet me hérisse.

Bien sûr, on passe sous silence les scandales politiques liés au chemin de fer pancanadien.

On se fait discret au sujet de 1885 et de la pendaison de Louis Riel.

«Riel sera pendu même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur», a dit John A. Les chiens en question, c’était Honoré Mercier, Wilfrid Laurier, Henri Bourassa et cie.

Seul le beau danseur et séducteur de Joseph-Adolphe Chapleau se rangea du côté de John A. en refusant de démissionner comme ministre canadien-français, malgré la pendaison de Riel, le héros des métis francophones que le beau et merveilleux Canada tassait des Prairies pour y implanter des colons qui adopteraient l’anglais.

La propagande fédéraliste à 5 millions $ est imbuvable, mais nous la boirons quand même.

Un héritier de Durham

Pour John A. Macdonald, Ottawa, dépositaire exclusif de la souveraineté, devait détenir tous les pouvoirs, et ne céder que des miettes aux provinces.

Pour lui, le Québec est une colonie du gouvernement fédéral, qui peut désavouer n’importe laquelle de ses lois.

Maurice Duplessis, Jean Lesage, Robert Bourassa et René Lévesque ont fait l’expérience du Canada centralisateur et supérieur de John A.

N’eût été l’ex-patriote George-Étienne Cartier pour obliger le futur «Monsieur 10 $» à mettre de l’eau dans son vin (ou plutôt dans son whisky), le pacte de 1867 aurait créé un Canada unitaire hostile aux francophones.

«Méfiez-vous de John A. Macdonald, il n’aime pas les Canadiens français» a par ailleurs dit Cartier à la veille de sa mort.

Si John A. avait été un Québécois, ses défauts lui auraient valu le mépris et l’oubli, comme un Maurice Duplessis.

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