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Du travail pour quatre membres de sa famille

La nouvelle directrice générale par intérim de la Fondation du CHUM a embauché des proches sans que le C.A. en soit informé

Jo-Anne Hudon Duchesne a embauché des proches alors qu’elle s’occupait de la clinique de la Fondation du CHUM, située juste en face du futur hôpital, sur la rue Saint-Denis.
Photo courtoisie Jo-Anne Hudon Duchesne a embauché des proches alors qu’elle s’occupait de la clinique de la Fondation du CHUM, située juste en face du futur hôpital, sur la rue Saint-Denis.

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Selon ce qu’a appris notre Bureau d’enquête, Jo-Anne Hudon Duchesne a recruté son fils, sa fille, sa belle-fille et sa belle-sœur pour travailler à la Fondation ou à la clinique de la Fondation.

La directrice générale par intérim de la Fondation du CHUM a embauché plusieurs membres de sa famille, la plupart du temps sans entrevue ni affichage de poste.

Selon ce qu’a appris notre Bureau d’enquête, Jo-Anne Hudon Duchesne a recruté son fils, sa fille, sa belle-fille et sa belle-sœur pour travailler à la Fondation ou à la clinique de la Fondation (voir ci-contre).

Jo-Anne Hudon Duchesne a embauché des proches alors qu’elle s’occupait de la clinique de la Fondation du CHUM, située juste en face du futur hôpital, sur la rue Saint-Denis.
Photo Le Journal de Montréal, Baptiste Zapirain

Celle qui vient d’être nommée à la direction générale a offert ce travail alors qu’elle était directrice des services cliniques et des dons majeurs à la Fondation du CHUM.

Même si la Fondation effectue actuellement l’une des plus importantes collectes de fonds de l’histoire avec un objectif de 300 millions $ pour le nouvel hôpital, la principale intéressée a refusé de s’expliquer.

Le C.A. pas informé

Mme Hudon Duchesne a procédé à ces embauches sans que le conseil d’administration en soit informé.

Pourtant, les règles de déontologie de la Fondation indiquent qu’un employé doit éviter de se placer dans une situation de conflit entre son intérêt personnel et les obligations de ses fonctions.

L’ancien président du C.A. estime que le conseil aurait dû être informé de ces liens de famille avec la directrice. Celui qui a précédé Mme Hudon au poste de directeur général, Ékram Antoine Rabbat, ne s’en formalise toutefois pas tellement (voir autre texte).

Mme Hudon Duchesne a notamment donné un poste de commis de bureau à sa belle-fille sans lui faire passer d’entrevue. Dans le cas de sa belle-sœur, qui travaille comme esthéticienne à la clinique de la Fondation, c’est Mme Hudon elle-même qui a mené l’entrevue.

Que faisait son fils ?

Pour ce qui est de son fils de 21 ans, des talons de paie ont été émis de façon régulière par la Fondation, aux deux semaines, entre 2010 et 2014. Curieusement, des sources bien informées ne peuvent nous dire en quoi consistait son travail.

D’ailleurs, son ancienne conjointe nous a confié ignorer qu’il travaillait à la Fondation avant l’été 2014.

Pas de commentaires

La responsable des communications de la Fondation, Élodie Grange, a indiqué qu’il n’y aurait aucun commentaire de la directrice générale ou de la présidente du conseil d’administration, Marie-Berthe Des Groseillers.

D’ailleurs, Mme Hudon Duchesne n’a pas non plus répondu à nos appels et courriels.

♦ Jo-Anne Hudon Duchesne a été nommée directrice générale par intérim de la Fondation le 7 janvier dernier pour succéder à Ékram Rabbat, qui a annoncé son départ en décembre.

 


La famille au travail

Son fils

► En poste de 2010 à 2014

  • Son fils a été embauché entre 2010 et 2014. 
  • Le jeune homme de 21 ans a commencé à œuvrer pour la fondation vers l’âge de 16 ans alors qu’il poursuivait ses études
  • «J’ai travaillé pendant quatre ans. J’ai été commis et après j’ai été transféré aux activités-bénéfice»
  • Il dit qu’il était un employé, mais pas un employé régulier ou permanent
  • Le seul moment où on est certain qu’il travaillait physiquement à la Fondation c’est durant l’été 2014
  • Durant cet été-là, il a eu un bureau et travaillait à l’organisation d’activités-bénéfice
  • Il dit qu’il a aussi passé un été à rentrer des données sur une base de données et qu’il a aussi fait à l’occasion des retours d’appels pour des suivis.
  • Il a reçu des talons de paie toutes les deux semaines régulièrement entre 2010 et 2014, mais il soutient qu’il n’en recevait uniquement que lorsqu’il effectuait du travail pour la fondation

 

Sa fille

► Réceptionniste à la clinique
  • Sa fille a travaillé à la fin de 2014 à la réception de la clinique. Elle a occupé ce poste pendant quelques mois 
  • Selon nos informations, elle aurait toutefois commencé à recevoir un talon de paie bien avant, soit vers 2012. Cette information n’a toutefois pas été confirmée ni infirmée par la Fondation
  • Selon son ex-belle-sœur, elle aurait été impliquée dans l’organisation de soirées de soins de beauté de la fondation, mais elle n’est pas en mesure de donner plus de détails
  • Parmi les proches embauchées par Mme Hudon Duchesne, elle est la seule qui ne nous a pas rappelés

 

Sa belle-fille

► Pas d’entrevue
  • Sa belle-fille a travaillé comme commis de bureau à la clinique de la Fondation de mars à octobre 2014
  • Elle confirme ne pas avoir passé d’entrevue
  • Elle soutient avoir obtenu l’emploi parce qu’elle avait un contact avec sa belle-mère, Jo-Anne Hudon Duchesne, qui était alors directrice des services cliniques et des dons majeurs
  • «Elle connaissait mes compétences», assure-t-elle.
  • Elle ignorait que son chum de l’époque, le fils de Mme Hudon Duchesne, avait travaillé pour la fondation de 2010 à 2014
  • Elle a eu connaissance du travail de ce dernier à la Fondation seulement à l’été 2014 alors qu’il travaillait aux activités-bénéfices, mais pour avant, elle ignorait tout. «Je ne le sais pas. Je sais qu’il a travaillé un été à la fondation, mais il ne travaillait pas à la clinique avec moi.» 
  • Elle n’est plus en couple avec le jeune homme depuis plus d’un an.
  • Elle a quitté le poste de commis de bureau «de son plein gré» l’automne dernier

 

Sa belle-sœur

► L’esthéticienne
  • Sa belle-sœur, la conjointe du frère de Mme Hudon, a aidé à la mise en place des soins médico-esthétiques à la clinique de la Fondation du CHUM
  • Les deux femmes en ont discuté ensemble alors que le projet se mettait en branle en 2012
  • Annie Varin qui commençait dans les traitements d’esthétique s’est offert pour y travailler à temps partiel
  • C’est Mme Hudon qui l’a vue en entrevue selon ses dires. «On l’a partie comme ensemble [la clinique]. J’étais compétente pour le poste, sinon, elle ne m’aurait pas pris.» 
  • Elle travaille toujours à la clinique, les vendredis de chaque semaine et pour faire certains remplacements
  • Elle a aussi reçu des formations payées par la clinique de la Fondation
  • En dehors de ses heures à la clinique du CHUM, elle a sa propre entreprise de soins esthétiques

 


Une pratique contraire au code d’éthique ?

<b>Gilles Dulude</b><br />
Ancien président du C.A.
Photo d'archives
Gilles Dulude
Ancien président du C.A.

L’ancien président du conseil d’administration ignorait tout des embauches de proches de la nouvelle directrice générale. Selon Gilles Dulude, le C.A. aurait dû en être avisé.

«Je n’ai jamais entendu parler de ce que vous me dites là. Ça me surprend», a-t-il d’abord lancé, avant d’ajouter que cela semble contraire au code d’éthique.

«C’est très clair. C’est sûr que des pratiques comme ça, ce n’est pas permis par notre code d’éthique. S’il y a des situations [comme celle-là], il y a un rapport d’opération du directeur général, qui est supposé rapporter [au C.A.] une situation non conforme au code d’éthique», indique Gilles Dulude, qui a été président du conseil de 2008 à octobre 2014.

«S’il y a des anomalies au code d’éthique, le directeur général doit le rapporter plus haut et, plus haut, c’est le C.A.», soutient-il. D’après lui, l’ancien directeur général, Ékram Antoine Rabbat, avait tracé une ligne claire concernant la gestion interne et ne voulait pas que le C.A. s’en mêle.

« Pas d’arrêté du conseil »

Ce dernier, qui a quitté son poste en décembre, n’a pas voulu s’étendre sur le sujet. «À l’époque, quand elle prenait son fils ou quelqu’un d’aussi bas dans la hiérarchie, bien, on n’allait pas afficher un poste. Pour le reste, elle aurait normalement dû le faire [divulguer le lien], mais elle n’a jamais embauché quelqu’un en poste d’autorité.»

D’après lui, elle informait le directeur des opérations, mais ça ne se rendait pas nécessairement à son niveau. «Embaucher son fils comme commis, ce n’était pas quelque chose qui avait besoin d’un arrêté du conseil .Ce n’était pas à ce point “inéthique”.»

 

Ce que dit le Code de déontologie de la Fondation du CHUM:

  • L’employé doit éviter de se placer dans une situation de conflit entre son intérêt personnel et les obligations de ses fonctions
  • L’employé ne peut, directement ou indirectement, accorder, solliciter ou accepter une faveur ou un avantage indu pour lui-même ou pour un tiers

 

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