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Médias et blogues : commentaires au sujet... des commentaires

Médias et blogues : commentaires au sujet... des commentaires

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Dans ma chronique Médias de dimanche dernier, je m’attaquais à la question des commentaires que font les lecteurs, sur les médias en ligne : quel est leur valeur, pour les médias ? Sont-ils utiles ? Plusieurs médias, faisant face à la réalité des « trolls » et des insultes à répétition, les ont carrément laissé tomber. Mais d’autres, dont The New York Times et The Guardian, s’efforcent maintenant de mieux les mettre en valeur.

Cette chronique a suscité des commentaires intéressants sur ma page Facebook, et notamment de la part de gens qui s’intéressent particulièrement à la question, dans le cadre de leurs activités professionnelles. Je vous en fais part ici.

Cédric Lizotte, journaliste techno et photographe,, écrivait : « Il faut aussi dire que depuis quelques années, les annonceurs ne s'intéressent plus aux impressions, mais plutôt aux "visiteurs uniques". Quelqu'un qui laisse un ou plusieurs commentaires ne vaut donc plus grand chose. Gérer les trolls et le spam devient donc une perte de temps et d'argent.»

Patrice Attanasio, de PA Communications stratégiques, soulignait : « Le problème avec les commentaires, c'est qu'ils sont souvent monopolisés par quelques commentateurs "loose canon", qui commentent sur tout et ont réponse à tout, et dont les commentaires, souvent extrêmes, font perdre de la crédibilité au propos initial et enlèvent le goût de lire l'ensemble des autres commentaires.»

Marieève Paradis, fondatrice du site Planète F, souligne : « Je pense que le web est une occasion fantastique de discuter avec les lecteurs, d'être alimenté par du vécu, des témoignages. Les lecteurs se sentent ainsi plus concernés par le contenu. »

D’autres commentaires intéressants ont fait suite à mon billet du 11 mars dernier, où je revenais sur le sujet, en parlant notamment de la façon dont les journalistes et les blogueurs reçoivent les commentaires.

Patrice Attanasio attire l’attention sur «la dynamique de dialogue qui se crée entre les commentateurs eux-mêmes, i.e. des gens qui discutent et argumentent sur les commentaires plutôt que sur le contenu de l'article. On n'a qu'à aller jeter un coup d'oeil sur les blogues de sport (notamment celui de Mathais Brunet, de La Presse) pour s'en convaincre. Mais c'est un sujet passionnant!»

François Bédard, sprécialiste en transmédia, souligne la question du modèle économique des pages web, basé sur la nécessité de générer du trafic : chaques chroniqueurs / bloqueurs doit générer du traffic ( impressions publicitaires ) sur sa page via son contenu et sur l'ensemble des portails medias. Les impressions publicitaires sur le web sont " organiques " versus " statiques " dans une page d'un journal papier. Parfois les commentaires des lecteurs seront bon pour " relancer " les débats d'un sujet sur un blogue car il se génere plus d'impressions publicitaire et souvent, malheureusement, les commentaires manque de profondeur et les lecteurs vont de plus en plus délaisser le blogue ... ou le contraire, faire dans la controverse et la provocation. (...) »

Sylvain-Claude Filion, journaliste, auteur et scénariste:  «Je vois cette possibilité d'expression, pour le commun des mortels, comme le pouvoir claironner leur "fond" sur le perron de l'église virtuelle. Des épanchements émotifs, sans recul, et souvent portés au prosélytisme. Certains ne lisent même pas la chronique ou la nouvelle avant de se répandre en convictions. Pense à tous ceux qui pètent une coche cosmique à propos d'un post du Navet ou de LaPravda... D'autres en profitent pour détourner le débat vers leur lubie. Généralement des gens extrêmes, de droite ou de gauche, selon le média qu'ils parasitent... Les seuls échanges édifiants que je vois, ce sont ceux sur FB, probablement en raison des communautés d'esprit qui s'y développent avec le temps.» Plus loin, il soulève la question des dérapages : «Il est là le problème, cette sorte de 'dérapage socialement acceptable' qui fait que le point de départ d'un post est rarement respecté. Chacun y va de son petit credo, s'accapare le mur, où certains vont jusqu'à se disputer sur un sujet, une idéologie qui n'a plus rien à voir avec le point de départ.»

Bruno Boutot, expert des médias sur le web qui était cité dans ma chronique, voit une seule façon de contrer ces dérapages : «le journaliste doit contrôler cet espace, comme s'il en était le rédacteur en chef. Le premier travail de la rédaction en chef est de décider ce qui est publié dans son média: ça oui, ça non. Si l'espace ouvert aux commentaires est ainsi dirigé, il n'y a aucun dérapage: 1- la politique rédactionnelle de chaque journaliste doit être clairement énoncée (le sujet dont on parle dans cet espace et la manière) (ces règles peuvent être changées suivant le sujet ou le ton recherché) et 2- Tout ce qui ne respecte pas ces règles ultra simples est supprimé au fur et à mesure. Quand on applique cette méthode (qui existe dans des milliers de forums et de communautés sur le Web depuis plus de 20 ans), la qualité des contributions des lecteurs devient un atout (et un attrait) du média.»

Est-ce la solution ? Serait-il souhaitable que les journalistes gèrent eux-mêmes leurs commentaires ? Est-ce applicable ? Dans les commentaires suite à mon billet du 11 mars, plusieurs lecteurs soulèvent les difficultés et les problèmes qui peuvent être liés à cela... Par exemple, Pierrot Péladeau, blogueur au Journal de Montréal, n’est pas du tout en faveur de cela... Mais allez lire les commentaires en entier, cela vaut la peine.

Et, dans ma chronique Médias de ce dimanche 15 mars, je cite quelques blogueurs et journalistes (et pas seulement du Journal de Montréal), sur ce qu’ils pensent des commentaires... C’est là que j’ai réalisé que, étrangement, on n’a pas beaucoup fait parler les journalistes à ce sujet. Et c’est intéressant de voir ce qu’ils ont à dire quand ils se vident un peu le cœur.

C’est sûrement un sujet dont on n’a pas fini de parler.

Vous, quelle est votre opinion ?

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