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Pires que des vins de dépanneur

Des vins vendus par la SAQ sont de qualité douteuse

Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
Photo stevens leblanc Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »

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Taux d’acidité élevé, grande quantité de sulfites pouvant causer des allergies, étiquettes trompeuses quant au niveau d’alcool... Plusieurs vins vendus à la Société des alcools du Québec (SAQ) sont de qualité inférieure aux vins de dépanneurs, révèle une enquête du Journal.

Au cours des dernières semaines, Le Journal a fait tester en laboratoire sept vins importés en vrac et offerts par la SAQ dans ses magasins, ainsi que trois vins vendus dans les dépanneurs et les épiceries. Certains résultats sont troublants.

Dans au moins cinq vins vendus par la SAQ, les analyses ont noté des taux d’alcool qui différaient grandement de ce qui était indiqué sur les étiquettes (voir tableau ci-contre).

Il aurait été carrément illégal de vendre ces vins en France. Au Québec, la SAQ tolère un écart de plus ou moins 1 % entre la réalité et le taux d’alcool inscrit sur les étiquettes. En France, l’écart toléré est de 0,5 %.

L’ALCOOL SE TRANSFORMAIT EN VINAIGRE !

Or, ce sont justement ces différences notées lors des analyses qui ont mené le laboratoire mandaté par Le Journal à pousser plus loin ses recherches sur deux vins en particulier.

Des traces de bactéries acétiques ont ainsi été décelées dans le vin blanc chardonnay Lulu B. Il affichait un taux d’alcool réel de 12,73 %, alors que son étiquette laissait croire à un taux de 13,5 %. «Nous avons vu dans ce vin des bactéries qui commençaient à transformer l’alcool en vinaigre», a expliqué le chimiste Réjean Tremblay, des Laboratoires Maska.

Tous les vins analysés dans le cadre de cette enquête présentaient d’ailleurs des taux d’acidité élevés, indiquent les rapports d’analyse.

Un autre vin a aussi intrigué le scientifique. Dans la bouteille du vin rouge EXP Syrah, il a retrouvé un taux d’alcool de 13,86 % alors que l’étiquette indiquait 13 %.

Il a aussi noté des colonies de levures dans ce vin. Avec tout le sucre présent dans la bouteille, le processus de refermentation était en cours.

«Ce lot-là était à la limite. Lorsque les levures mangent le sucre, elles refont de l’alcool. Ça refermente», a dit M. Tremblay.

DES ANALYSES EN COURS À LA SAQ

Invitée à commenter ces constats, la société d’État soutient que les vins vendus dans ses succursales respectent la réglementation en vigueur.

À la suite des résultats de notre enquête, la SAQ a fait savoir que des analyses de laboratoire étaient en cours sur les vins Lulu B. et EXP Syrah.

Les résultats sont attendus prochainement.

«Comme nous effectuons plus de 7 000 tests par année, on demeure vigilants en tout temps sur la qualité», a indiqué la porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard.


LISTE DES 10 VINS ANALYSÉS

Cliff 79, cabernet-shiraz : 11,20 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • Vendus à la SAQ

Consultez la fiche d’analyse du vin

L’Entre-Côte L’esprit vigneron : 8,49 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • Vendus dans les magasins de dépanneurs et les épiceries

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Wallaroo Trail, Bin lot 212 : 12,69 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • Vendus dans les magasins de dépanneurs et les épiceries

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BEAUCOUP DE SOUFRE AJOUTÉ (SULFITES)
En parties par million (ppm) de SO2
 
Lulu B., chardonnay 2011 : 14,25 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • SO2 total : 166 ppm  
  • SO2 libre : 25,6 ppm
  • Vendus à la SAQ

Traces de bactéries acétiques notées. Processus de transformation de l’alcool en vinaigre en cours.

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EXP White : 18 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • SO2 total : 162 ppm   
  • SO2 libre : 16,8 ppm
  • Vendus à la SAQ

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Du Marchand : 10,19 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • SO2 total :139 ppm   
  • SO2 libre : 49,6 ppm
  • Vendus dans les magasins de dépanneurs et les épiceries

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Settler’s Cove : 13,30 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
 
  • SO2 total : 243 ppm  
  • SO2 libre : 48 ppm
  • Vendus à la SAQ

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NON-CONFORMITÉ DE L’ÉTIQUETTE
( Pourcentage d’alcool )
 
EXP, syrah 2013 : 18 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • Étiquette : 13 % 
  • Réel : 13,86 %
  • Vendus à la SAQ

Traces de levures notées. Processus de refermentation en cours. Beaucoup de gaz carbonique dans la bouteille.

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EXP White : 18 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • Étiquette : 13 %     
  • Réel : 13,47 %
  • Vendus à la SAQ

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Lulu B., chardonnay 2011 : 14,25 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • Étiquette : 13,5 %    
  • Réel : 12,73 %
  • Vendus à la SAQ

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Revolution Red : 11 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • Étiquette : 12,5 %   
  • Réel : 12,9 %
  • Vendus à la SAQ

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Big House, 2013 : 14,95 $
Le chimiste Réjean Tremblay aurait conseillé à la SAQ de mettre davantage de sulfite et de filtrer ces lots des deux vins problématiques. « Il y a eu une mauvaise filtration. Il  aurait dû y avoir un avertissement. »
  • Étiquette : 12,5 % 
  • Réel : 13,12 %
  • Vendus à la SAQ

Consultez la fiche d’analyse du vin


Les sulfites dans le vin et les allergies

  • Les quantités peuvent beaucoup varier selon les vins.
  • Les sulfites servent à stabiliser les vins ( progression ) et à éviter l’oxydation.
  • Réactions allergiques possibles : rougeurs, mains gonflées et maux de tête.
  • Conseils : bien aérer le vin. Éviter les vins importés en vrac et les viniers. Boire des vins bios, des vins de qualité plus vieux.

DES NORMES MOINS SÉVÈRES AU QUÉBEC

Quantité maximale  de sulfites ou SO2 ou soufre ( parties par million/ppm )
 
Vins rouges ( SO2 total )
  • Au Québec : 420 ppm
  • En France : 150 à 200 ppm
Vins blancs ( SO2 total ) 
  • Au Québec : 420 ppm
  • En France : 200 à 250 ppm
 

Un laboratoire certifié

Les analyses de vin ont été effectuées aux Laboratoires Marka, à Saint-Hyacinthe, sous la supervision du chimiste Réjean Tremblay.

Il s’agit du seul laboratoire indépendant dans le nord-est de l’Amérique à être spécialisé dans les domaines brassicole, vinicole et cidricole. 
 
Les analyses physico-chimi­ques des produits ont été effec­tuées selon des métho­des établies et reconnues partout dans le monde (AOAC, AOCS, OIV, ASBC, MAIB, BP, USP, FCC et autres). 
 
Réjean Tremblay est un chimiste qui a 25 années d’expérience dans les laboratoires d’analyse, et plus spécifiquement dans le vin. 
 
Il maîtrise toutes les techniques d’analyse et il a aussi préparé un cours sur la fabrication du vin.
 
La SAQ reconnaît officiellement Les laboratoires Maska pour sa possession de boissons alcooliques à des fins d’analyse.
 
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Brèves

Les vins en vrac

Une mine d’or pour la SAQ

Depuis quelques années, les ventes de vins en vrac importés ont explosé à la SAQ. On en compte plus de 70 sur ses tablettes. Ces vins en vrac arrivent au Québec dans d’énormes conteneurs-citernes. Une fois «retravaillés» en laboratoire par des chimistes, les vins sont par la suite embouteillés pour être vendus à la SAQ. Ces vins en vrac, achetés à des producteurs de vins étrangers à moins de 1 $ le litre, sont souvent revendus à plus de 14 $ la bouteille. Les bénéfices sont énormes. La SAQ refuse d’indiquer sur les bouteilles que ces vins ont été importés en vrac et embouteillés au Québec, et non directement chez les vignobles. Rien n’indique non plus si des croisements des cépages ont été effectués. Aucune traçabilité des produits n’est possible pour le consommateur. Pour réussir à importer ces vins sans trop de dommages, de nombreux produits chimiques, dont des sulfites, sont introduits dans les vins.

 

Des normes uniques à la SAQ

Un vin dont certaines propriétés chimiques ne passent pas la rampe en France peut facilement se retrouver en vente sur les tablettes de la SAQ.

Par exemple, la SAQ soutient que les degrés d’alcool inscrits sur les bouteilles vendus dans ses succursales peuvent varier de plus ou moins 1 %.

Or, en France, cette norme est plutôt de plus ou moins 0,5 %. Passé ce taux entre l’analyse et l’étiquette, un vin est considéré actif à risque et il est aussitôt retiré des tablettes.

Du côté des sulfites (soufre ou SO2) ajoutés aux vins, la SAQ n’impose pas de quantité minimum aux producteurs.

La SAQ dicte toutefois des maximums. Les maximums de sulfite exigés sont de 70 ppm SO2 libre et 420 ppm SO2 total (c’est la norme canadienne).

Il y a quelques années, les normes de la SAQ étaient plus sévères, fixées à 50 ppm libre et 300 totaux.

Le soufre libre est d’ailleurs celui qui compte. C’est celui qui est actif et qui protège le vin. Le reste est intégré dans le liquide et combiné aux sucres, éthanal et autres.

En Europe, les taux de sulfites totaux maximums tolérés sont de 150 ppm pour les vins rouges et de 200 ppm pour les blancs et rosés, soit deux fois moins que la norme canadienne.