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Haïti, terre de paradoxes

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PORT-AU-PRINCE | «Les journalistes ont beau se précipiter ailleurs, Haïti continuera d’occuper longtemps encore le cœur du monde», écrit Dany Laferrière à la fin de son roman. «Tout bouge autour de moi».

Les images du séisme du 12 janvier 2010 demeurent, pour la majorité des gens, l’unique portrait qu’ils se font de Port-au-Prince et du reste du pays. Pourtant, Ayiti, «terre des hautes montagnes», ne demande qu’à être redécouverte et à partager tout ce qui la fait sourire.

Je me dois de raconter Haïti à la première personne. D’utiliser le «je», car c’est lui qui se trouve chamboulé sitôt parachuté dans Port-au-Prince. Un voyage en Haïti ne saurait se raconter autrement tant tout ce que le pays inspire se vit de l’intérieur, bouleversant chacun de ses visiteurs d’une intime façon.

Ma première image d’Haïti est limpide: une route en gravier dont les motocyclettes, les passants et les tap-taps aussi vieux que colorés font s’élever la poussière. Une route où règne un chaos à propos duquel j’avais déjà lu, mais que je n’avais certainement encore jamais vécu. Un chemin peinant à contenir tous ses marcheurs et ses marchands, un excès amalgamé d’odeurs, de couleurs et de sonorités exotiques. Un endroit où toute rencontre est possible et où tout trouve son juste emplacement au centre du désordre.

«Il n’y a pas de logique en Haïti», nous lance en riant Dominique, notre guide haïtienne. «C’est le paradis des paradoxes. Par contre, tout ce beau monde arrive à cohabiter.»

Beaucoup plus que des malheurs

Je savoure les explications de notre guide, car son pays, je n’aurais jamais cru le parcourir un jour. J’ai envie de tout savoir et d’apprivoiser ce peuple, dont on ne connaît malheureusement trop souvent que la somme des malheurs.

Rapidement, je comprends qu’il y a beaucoup plus que cela. Beaucoup plus que des restes de séisme ou des enfants qui ne mangent pas à leur faim. Oui, cela existe, on ne peut le nier lorsque l’on croise ces bouts de quartiers aux allures d’après-guerre, ces familles entassées dans des cabanes exiguës faisant office de maisons, ces immeubles qui ne sont plus qu’un amas de poussière. Mais Haïti, ce n’est assurément pas que cela.

C’est aussi des gens souriants, timides, résilients et doux, des marchands qui prennent joyeusement d’assaut chaque recoin de rue, du créole haïtien et du français que l’on célèbre à tue-tête, des centaines de salons de beauté et encore plus de maisonnettes de loto affichant des noms aussi religieux qu’inusités: Ange de Dieu loto, Espoir, Étincelle, Persévérance loto.

«La culture de la rue, c’est la vraie culture haïtienne», ajoute Dominique. «La maison, ce n’est que pour rentrer dormir la nuit. Les Haïtiens vivent dans la rue, c’est la raison pour laquelle on y trouve de tout.»

Partout le folklore

Le folklore haïtien est partout. Il est au marché en fer — véritable emblème de la ville qui tient bon depuis 1889 — où l’on retrouve statues, babioles et potions vaudou, épices aux vertus médicinales, pigeons, tortues, chatons, paons et rongeurs bien vivants, fruits et légumes, herbes, graines, souvenirs et produits de beauté. Le folklore est à bord de la voiture d’un simple habitant, hélée au hasard au détour d’une rue et devenue taxi pour quelques dollars. Il est aussi dans les assiettes de griot, ce plat typique de porc pané accompagné de bananes plantains, de riz aux haricots et de pikliz (une délicieuse salade de chou blanc, de carottes et de piments marinés très, très épicée).

Tout au bout de la route traversant jadis le centre-ville, les ruines immaculées de la cathédrale fendent tristement le bleu du ciel. L’ancien centre-ville a, semble-t-il, repris du poil de la bête, même si le quartier des affaires a déménagé ses pénates à Pétionville.

Sur la place du Champ-de-Mars, les vestiges du théâtre se font voisins de l’université, de l’hôpital et de la faculté de médecine. Le fameux Palais national, toujours en reconstruction, continue d’abriter le bureau du président et la statue du Nègre marron représente l’esclave libre aux côtés de la flamme éternelle.

Tout près de la place des Héros de l’Indépendance, nous nous arrêtons visiter le musée du Panthéon national haïtien. Ici, c’est l’histoire d’Haïti qui est exposée autour d’un tombeau doré regroupant, de façon symbolique, les restes des quatre héros de l’indépendance. Un peu plus tard, au musée de la canne à sucre, notre guide Pierre-Maxime poursuivra la révoltante histoire de l’esclavage avant de conclure en disant: «Dans dix ou vingt ans, on pourra avoir l’Haïti dont on a rêvée.»

Quelques heures plus tard, sur la route de l’Observatoire, je m’arrête pour prendre en photo un quartier multicolore que je trouve tout d’abord joli. En ouvrant la porte de notre mini-autobus climatisé, je comprends que ces taches de couleurs couvrent en fait les murs des bidonvilles de Jalousie. De la couleur pour couvrir la tristesse.

Du haut des 3000 pieds du mont Boutilliers, le brouillard fait disparaître et réapparaître Port-au-Prince et sa baie au gré de son humeur. L’air est tout frais, il me semble qu’on respire mieux.

Je suis heureuse d’apprendre qu’un boom artisanal s’empare en ce moment d’Haïti. J’ai envie de croire à une possible amélioration de la qualité de vie qui passerait par la création, que ce soit de bijoux, de chaussures ou de vêtements locaux.

En Haïti, j’ai acheté des sandales parce que j’en avais besoin, et de petits anges colorés – au village de fer forgé de Noailles – que je poserai au pied de mon arbre de Noël pour ne jamais oublier ce pays qui fera désormais à jamais partie de ma vie.

► Ce voyage a été rendu possible grâce à Vacances Transat.

 

Le calme de la côte des Arcadins

À moins d’une heure de route de Port-au-Prince, l’hôtel Moulin-sur-Mer règne sur la côte des Arcadins depuis déjà 35 ans. Sur son large terrain, le musée Ogier-Fombrun — une ancienne sucrerie datant de 1760 — relate aujourd’hui les grandes étapes de l’histoire menant à la naissance de la nation haïtienne.

Le site du complexe est enchanteur avec sa plage privée, sa petite île, sa marina et son centre de plongée. En journée, la balade en bateau vers l’île de la Gonâve, puis jusqu’à la piscine naturelle où l’on fait de la plongée en plein cœur de la mer des Caraïbes, est charmante et remplie de soleil.

C’est lorsque je prends la route à pied vers le village rural de Montrouis que je retrouve l’Haïti que j’étais venue rencontrer.

Combien de Blancs (surnom donné par les Haïtiens à tous les étrangers) ont eu la chance de déambuler dans cette forêt mystérieuse où les manguiers et les arbres à pain sont marqués de signes vaudou par leurs propriétaires? Combien de gens ont été touchés par la beauté et le calme des enfants rencontrés au bain vaudou, là où d’un côté on vient prendre un bain et faire la lessive et, de l’autre, on plonge des bidons vides dans un puits d’eau limpide? Les gens de ce village cultivent riz, tomates, mangues, bananes et lameveritabs (fruits de l’arbre à pain). Ils pratiquent aussi, toujours, le vaudou.

But ultime de cette marche de plusieurs heures sous un soleil ardent, le marché de l’ouest nous attend, désordonné et merveilleusement excessif.

 


Infos pratiques

Avec sa collection Expérience Haïti, VacancesTransat propose deux forfaits de huit jours en Haïti au départ de Montréal. Le premier permet la découverte de la ville de Port-au-Prince et de la côte des Arcadins (à partir de 1519 $ par personne), alors que le second offre aux voyageurs un périple à travers Port-au-Prince, la côte des Arcadins et Cap-Haïtien (à partir de 2259 $). Pour tous les détails sur les tarifs, les visites, les hôtels et les dates de départ: www.airtransat.ca­­­­

Monnaie: il est possible d’obtenir des gourdes haïtiennes en arrivant en Haïti. Les dollars américains sont aussi acceptés partout.

Pour planifier votre voyage en Haïti: www.haititourisme.gouv.ht

 

 

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