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« Bordel informatique » : le double jeu des syndicats de la fonction publique.

« Bordel informatique » : le double jeu des syndicats de la fonction publique.

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Depuis quelques semaines, un groupe hétéroclite d’associations rassemblées autour du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) exige la mise en place d’une commission d’enquête sur les marchés publics dans le secteur des technologies de l’information.

Il est vrai que la situation est catastrophique : dépassements de coûts systématiques, échecs de projets à répétition, marchés réservés, monopoles, clientélisme, collusion, copinage, petits arrangements à tous les étages... Voilà ce qui régule le marché des TI à Québec.

Disons-le clairement : les syndicats de la fonction publique – en particulier le SPGQ, ont une lourde et directe responsabilité dans cette situation. Encore plus, ils constituent l’un des principaux obstacles au changement.

Le message envoyé à la population par les syndicats semble clair : si tant de projets informatiques échouent, ce serait la faute de gens malhonnêtes qui s’en mettraient plein les poches. Une simple commission d’enquête réglerait tous les problèmes. Or, il n’en est rien. Même si tout le monde est honnête, les projets informatiques gouvernementaux continueront à échouer et à coûter chaque fois un peu plus cher.

À cela il y a plusieurs raisons sur lesquelles, curieusement, les syndicats restent muets.

Enfermé dans un modèle des années 90, l’État québécois a perdu le contrôle de ses systèmes d’informations. Après 20 ans de laissez-faire, les multinationales de la vieille économie du logiciel propriétaire et leurs représentants locaux s’en donnent à cœur joie, dictant leur prix et leurs conditions. En mettant tous les œufs dans le même panier et en organisant le marché autour d’une logique de monopole et de clientélisme, l’État paie le prix fort et se retrouve complètement démuni face aux diktats de ses fournisseurs.

Pis encore, en utilisant des technologies dépassées, complètement fermées et totalement inadaptées aux exigences des systèmes d’information modernes, les projets ne cessent d’échouer, les budgets flambent, la population paie.

Depuis les premiers pas de la ministre Courchesne en 2011 pour tirer profit des logiciels libres, les syndicats s’opposent de toutes leurs forces au moindre changement et se sont transformés en ilotes zélés de l’industrie du logiciel propriétaire. Ils considèrent que leurs membres, formés à ces vieilles technologies, auraient tout à perdre d’une modernisation. Pourtant, beaucoup de leurs membres, craignant le déclassement, ne partagent pas cette analyse.

Rien n’y fait. Il y a à peine plus d’un an, trois délégués syndicaux du SPGQ qui faisaient la promotion du logiciel libre sur les postes de travail furent convoqués par la direction et écopèrent d’un blâme : 3 jours de suspension sans salaire. La direction du syndicat se désolidarise de ses propres délégués et ne leur offre que l’aide minimum.

Aujourd’hui, le SPGQ et syndicats moutons, jouent les vierges effarouchées et exige une commission d’enquête. De qui se moque-t-on?

C’est d’un véritable électrochoc dont l’industrie des TI au Québec a besoin. Seule la mise en place d’un marché ouvert, libre et concurrentiel permettra de créer les conditions d’une sortie de cette impasse. En informatique, cela porte un nom : le logiciel libre. Il a été inventé pour cela.

Soyons conséquents : l’État doit, par voie réglementaire, mettre en place ce marché libre et concurrentiel en interdisant progressivement l’achat des logiciels privateurs au sein de l’administration publique.

Le ministre Coiteux a maintenant la solution entre ses mains. Aura-t-il le courage et l’intégrité intellectuelle pour la mettre en œuvre et se confronter alors à tous les conservatismes? Les syndicats de la fonction publique auront-ils le courage de dire la vérité à leurs membres et de se tourner résolument vers l’avenir?

 

Cyrille Béraud, président de Savoir-faire Linux, vice-président de l’Association Professionnelles des Entreprises en Logiciel Libre.


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