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Couteux et inefficace : la NSA pensait déjà à cesser l’espionnage de masse

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Photo Archives Reuters

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Alors qu’Ottawa débat du projet de loi antiterroriste C-51, rappelons que des capacités démesurées conduisent à éparpillement, inefficacité et abus.

Bien avant qu’Edward Snowden ne le révèle, la NSA songeait à abandonner son programme de surveillance de masse des appels téléphoniques. En effet, de nombreux responsables anciens et actuels avaient conclu que ce programme était trop couteux, inefficace et source potentielle de scandale.

Sauf qu’après la révélation, les dirigeants de la NSA ont farouchement défendu ce programme devant le Congrès et le grand public. Ils prirent bien soin de cacher les critiques et doutes discutés à l’interne. Voilà ce que nous révèle le journaliste Ken Dilanian de l’Associated Press.

La NSA a investi des argents, moyens techniques et ressources humaines considérables dans la surveillance téléphonique de masse. Mais ce programme n’a permis de prévenir ou réprimer aucun acte de violence terroriste. Tout au plus, a-t-il réussi à faire condamner qu’un chauffeur de taxi de San Diego ayant recueilli 15 000 $ pour un groupe terroriste... en Somalie.

Les fuites de Snowden révèlent qu’en 2011, la NSA avait déjà abandonné un autre programme secret de surveillance de masse sur qui communique avec qui par courriel. Encore une fois, c’était un calcul couts-risques-bénéfices qui avait justifié son arrêt.

Rappelons que le FBI pouvait et peut toujours obtenir par ordre de cour la totalité des communications de n’importe quel suspect. La surveillance de la totalité d’une population innocente ne peut donc être que gaspillage et abus de pouvoir.

Gaspillage des moyens démesurés

Je me souviens de propos tenus par William Binney, ancien chef technicien du renseignement à la NSA devenu lui aussi lanceur d’alerte en 2002. Il expliquait que la NSA agissait comme si elle prenait au pied de la lettre l’expression « chercher une aiguille dans une bonne de foin ».

Selon Binney, après septembre 2001, l’agence s’est mise à ramasser massivement les communications comme on ramasse tout le foin d’un champ pour ensuite y chercher une aiguille. Il est évident qu’on ne trouve pas d’aiguille dans du foin ainsi ramassé. Et tout aussi évident qu’on ne peut détecter des gestes suspects en surveillant toute d’une population innocente (par opposition à la surveillance ciblée de suspects qui, elle, donne des résultats).

Comme chercher une aiguille dans un énorme hangar de foin ne donne rien, la NSA s’est convaincue elle-même — et le gouvernement — que le problème n’était seulement qu’elle manquait de foin à fouiller. La NSA s’est donc mise à en amasser l’équivalent d’un stade entier de foin dans l’espoir d’y trouver son aiguille. Et comme cela ne réussit pas non plus, elle songe désormais à chercher son aiguille dans un tas de foin haut comme une montagne.

Jusqu’à où peut-on ainsi aller dans les abus de pouvoir ainsi que les gaspillages d’argents, moyens techniques et ressources humaines?

Démesure de C-51

Les leçons d’humilité que devrait tirer NSA valent dans le présent débat canadien sur le projet de loi antiterroriste C-51.

D’autant plus du fait que contrairement à la situation aux États-Unis où les budgets semblent inépuisables, nos services de police et de sécurité sont plutôt en manque de ressources pour faire un travail efficace de renseignement et de prévention de la violence politique. Les seuils de contreproductivité peuvent donc être franchis beaucoup plus rapidement ici au Canada qu’aux États-Unis.

Augmenter démesurément — et sans contrôle suffisant — les pouvoirs de ces services risque fort de ne conduire qu’à dilution et gaspillage des moyens, inefficacités et abus de pouvoir, et donc à perte nette de sécurité au final.


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