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L'an 1 de Couillard : un peu plus bas, un peu plus loin

Quebec, Assemblee nationale
Photo Le Journal de Québec, Stevens LeBlanc

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On a eu droit depuis quelques jours à plusieurs bilans et analyses de la première année au pouvoir de Philippe Couillard.

Personnellement, je ne tenais pas à en faire un. Tout le monde sait où je loge à ce sujet et je n’ai pas envie de faire partie de ces chroniqueurs qui publient constamment le même texte. Avez-vous remarqué que je parle assez peu souvent de politique québécoise sur cette page? Ben c’est pour ça.

En même temps, cette fois-ci, il y a comme un truc qui s’est mis à surnager au-dessus des différents papiers que j’ai vus et ça m’a donné le goût de le souligner. Alors, maintenant que tout le monde s’est exprimé, je m’exécute. Je suis le Claude Ryan de la blogosphère.

 

Des constantes sans le constat

Dans plusieurs articles se trouvaient certains éléments assez récurrents. Plusieurs soulignaient que nous étions devant le gouvernement le plus fiscalement conservateur que l’on ait eu jusqu’ici. D’autres que c’était le plus inconditionnellement fédéraliste de toute l’histoire du Québec. D’autres encore disaient qu’on n’avait jamais vu un premier ministre aussi peu volontaire dans sa défense de l’identité et des valeurs du Québec. On raconte également que rarement un parti, une fois au pouvoir, s’éloigne avec autant de sérénité de la plateforme qui l’a fait élire.

Moi, il y a un truc qui m’agace.

Ce qui m’agace, c’est qu’on disait déjà toutes ces choses de Jean Charest, qu’il était le premier ministre le plus à droite et le plus fédéraliste qu’on avait eu. Je me rappelle même avoir lu récemment que, comparativement à Philippe Couillard, son prédécesseur défendait notre identité avec fierté. C’est dire comment nos attentes collectives ne sont plus très élevées.

Il semble en fait que ce soit le principal effet de chaque passage au pouvoir du Parti libéral. Chaque fois, on devient un peu moins exigeant envers notre gouvernement en matière de protection de notre modèle social et de déploiement d’un rapport de force avec Ottawa.

Toujours plus bas, l’objectif. Toujours plus loin dans la radicalisation du fédéralisme. Couillard nous harperise économiquement et nous trudeauïse identitairement.

 

Deux cycles de suite

Nombre de souverainistes et encore plus de progressistes se sont dit, lors des dernières élections, que le Québec avait les moyens de s’offrir deux cycles de gouvernance libérale de suite. On a oublié de penser qu’on ne ressort jamais tout à fait indemne de ce genre d’exercice. Le retour en arrière n’est jamais entièrement possible. Chaque fois, des acquis ont été perdus, notre sentiment d’appartenir à un peuple qui avance sur une certaine trajectoire et la solidarité qui en découle se sont effrités, notre dialogue social en reperd.

Ajoutez à cela les nominations politiques qui se poursuivent avec toujours plus de désintérêt de la part des médias et du public et on se retrouvera bientôt avec un appareil étatique entièrement à la main du PLQ. Un ami qui évolue dans la fonction publique me disait récemment que c’est rendu rouge jusqu’à trois paliers en dessous des sous-ministres.

Le pire, c’est que ça joue dans nos mentalités, ça change le ton de notre discussion collective. On accepte de moins en moins la contestation et la dissidence. Le Québec est également moins nationaliste qu’il y a dix ans et il le sera sans doute encore moins dans dix ans.

Mon ami Bock-Côté le soulignait lui-même, la ministre de la Justice peut désormais dire qu’il est normal qu’une cour rende des jugements unilingues en anglais au Québec et ne recueillir que de l’indifférence, à commencer par celle de la ministre responsable de la langue. C'eût été impensable il n’y a pas si longtemps.

 

Une prédiction

Ça ne va pas s’arrêter là. Point le jour où le Parti libéral se fera élire en promettant une refonte d’importance de la loi 101, dans le sens de son amincissement, pour en finir notamment avec l’école anglaise publique réservée à la minorité anglophone. Il serait appuyé en cela de manière enthousiaste par sa base non francophone et ces parents québécois qui jugent plus important que leurs enfants soient « parfaits bilingues » plutôt que socialisés en français. Pierre Moreau, qui avait fièrement mené une campagne à la chefferie en bilingue, n’y verrait sans doute aucun scrupule.

Rendus là, pourquoi pas, on pourra également signer la constitution sans condition. Qui trouverait à s’en plaindre, à part une opposition péquiste de plus en plus marginale?

Peut-être les mêmes qui, aujourd’hui, se surprennent que Couillard soit aussi radicalement à droite et fédéraliste. On pourra toutefois leur dire une nouvelle fois que ce n’est pas comme s’ils n’avaient pas été prévenus.