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Les magasins tombent comme des mouches

Si le début de l’année est toujours difficile, les premiers mois de 2015 sont plus durs qu’à l’habitude

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La faiblesse du huard, les loyers élevés, le salaire minimum en hausse, la concurrence féroce et les problèmes à s’adapter au marché québécois ont eu raison de centaines de détaillants depuis six mois.

La faiblesse du huard, les loyers élevés, le salaire minimum en hausse, la concurrence féroce et les problèmes à s’adapter au marché québécois ont eu raison de centaines de détaillants depuis six mois.

Les boutiques de vêtements qui ferment se ramassent à la pelle depuis un an, laissant dans leur sillage des milliers de travailleurs sur la paille. Et les géants Future Shop et Target viennent d’enfoncer un nouveau clou dans le cercueil du commerce de détail.

«Le moins que l’on puisse dire, c’est que les détaillants québécois ont de grands défis», dit Marie-Claude Frigon, associée chez Richter, un cabinet comptable spécialisé dans le commerce de détail.

En décembre, l’experte dénonçait le trop grand nombre de joueurs à se partager la vente de vêtements. Depuis un an, les centaines de fermetures de boutiques semblent lui donner raison.

Il est vrai que le début de l’année n’est jamais facile pour un détaillant. Mais le nombre de morts au combat est particulièrement élevé en 2015.

Un cocktail explosif

Il faut dire que les ventes de plusieurs étaient en chute libre depuis longtemps. Jacob, par exemple, pataugeait dans le rouge depuis des années avant de fermer pour de bon.

«D’un côté, le salaire minimum et le prix des loyers ne cessent d’augmenter, analyse Mme Frigon. En plus, le dollar canadien diminue alors que les détaillants doivent importer leurs produits en dollars américains. De l’autre côté, la concurrence est si forte qu’il leur est difficile d’augmenter leurs prix. On a actuellement le résultat de ce cocktail explosif.»

Difficile en effet pour des entreprises comme Parasuco d’augmenter le prix de jeans déjà à 120 $ sans risquer de voir sa clientèle fuir.

Mais la pression est énorme. Au point où 70 % des détaillants songent à hausser leurs prix de 1 à 5 %, concluait un récent sondage commandé par le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD).

L’importance du service

Et quand une boutique impose des prix plus élevés, il faut les justifier. La meilleure façon est d’offrir un service impeccable. Or, des géants américains auraient couru à leur perte en n’adaptant pas leur offre aux Québécois.

«On n’est pas le 51e État américain ici. Des entreprises comme Aéropostale et Target ne semblent pas l’avoir compris», dit-elle. Même de grands magasins comme Future Shop offraient une qualité de service moyenne», ajoute Marie-Claude Frigon.

Bien faire sur le web

Surtout que, dans l’électronique, les consommateurs savent souvent ce qu’ils veulent et préfèrent acheter sur le web dans le confort de leur foyer.

À cet égard, les ventes web de Future Shop étaient faibles comparativement à ses concurrents, expliquait récemment Jacques Nantel, professeur à HEC Montréal.

Et ça va aussi pour l’industrie du vêtement, où plus d’un achat sur 10 se fait en ligne au Québec.

Or, les investissements des boutiques de vêtements en ce sens sont deux fois moins importants que ceux des grands magasins, concluait une étude effectuée l’an dernier par le Conseil canadien du commerce de détail.

Nouvelle façon d’acheter

Parasuco vient de mettre en application ce conseil de façon radicale en fermant tous ses commerces pour ne conserver que son site web transactionnel. Cette percée énorme du web a transformé la façon

d’acheter des consommateurs.

«Les Canadiens sont les plus grands consommateurs d’infos sur le web. Ils font beaucoup de prémagasinage, alors quand ils se rendent dans les magasins, ils connaissent déjà les produits et les prix», dit Marie-Claude Frigon.

Avec des prix assez élevés et des tablettes mal garnies, Target a couru à sa perte, croit-elle.

Consommateurs infidèles

Mais pour Léopold Turgon, PDG du Conseil québécois du commerce de détail, il ne s’agit que d’un déplacement des ventes. Pour lui, les clients allaient ailleurs avant que Target ne mette les pieds au Québec. Et ces consommateurs vont simplement aller encore voir ailleurs maintenant qu’il s’est retiré.

«Malgré un contexte où on entend constamment parler d'austérité, les consommateurs sont au rendez-vous. En 2014, les Québécois ont injecté deux milliards de dollars de plus dans leurs achats, comparativement à 2013. Ils sont prudents, mais ils consomment», conclut-il.


L’hécatombe se poursuit

Au cours des six derniers mois seulement, ces chaînes ont fermé plus de 400 boutiques au pays et fait disparaître quelque 22 000 emplois.

 

Jacob

 

Photo d'archives
 
- Annonce: 21 octobre 2014

- 86 boutiques fermées au pays

- Un millier d’emplois perdus.

Les ventes en magasin piquaient du nez depuis plusieurs années. En mai, l’entreprise de Sorel a annoncé la fermeture de 42 des 92 boutiques. Finalement, on a réussi à renégocier la dette de 89 millions $ et à garder cinq boutiques en vie en plus du site web.
 

 

Target

 

Photo d'archives

- Annonce: 15 janvier 2015

- 133 magasins fermés au pays, dont 25 au Québec

- 17 600 emplois perdus

En juin 2014, Target Canada diffusait une vidéo où elle s’excusait d’avoir déçu les consommateurs canadiens depuis son arrivée en 2012. Avec des prix trop élevés, des tablettes dégarnies et une offre peu adaptée aux Québécois, le géant américain a tiré la plogue dans ce qui est qualifié par des experts de «désastre sans précédent».

«Finalement, la mariée était plus belle en photo qu’en réalité», illustrait Louis Duchesne, chez Cossette, sur le site web d’InfoPresse au moment de la fermeture.

 

Smart Set

Photo d'archives

- Annonce: 25 novembre 2014

- 31 des 107 boutiques fermées cette année

- Emplois perdus non divulgués

Reitmans, le propriétaire de cette marque née en Ontario en 1970, songeait à sa fermeture depuis deux ans. Les prix coupés par la concurrence et l’infidélité de sa jeune clientèle ont finalement eu raison de la bannière de mode féminine.
 

Parasuco

Photo Joël Lemay, Agence QMI

- Annonce: 6 février 2015

- 7 boutiques fermées au pays, dont 4 au Québec.

- 70 emplois perdus à Montréal

Salvatore Parasuco n’est pas parti pour célébrer avec faste les 40 ans de sa compagnie. Le fondateur en 1975 de Santana Jeans, rebaptisé Parasuco en 2006, dit avoir eu de la difficulté à s'adapter aux mutations du commerce de détail. L’entreprise conserve son site web de vente de jeans. Et aimerait vendre davantage en gros à d’autres détaillants.
 

Futur Shop

Photo Joël Lemay, Agence QMI

- Annonce: 28 mars 2015

- 66 magasins fermés au pays, dont 11 au Québec

- 1500 emplois perdus, dont 750 au Québec

Future Shop cannibalisait les magasins Best Buy, propriété de la même entreprise. Les experts parlent aussi d’un service à la clientèle déficient et de ventes insuffisantes sur leur site web pour expliquer les fermetures.
 

Mexx

 

Photo d'archives
Photo Joël Lemay, Agence QMI

- Annonce: 5 décembre 2014

- 95 boutiques fermées au pays, dont une trentaine au Québec

- 1700 emplois perdus au pays, dont au moins 750 au Québec

La baisse des ventes au détail a eu raison de l’entreprise néerlandaise. Mexx

Canada devait 113 millions $ à plus d’une centaine de fournisseurs avant de mettre la clé sous le paillasson.

 

 

Aéropostale

Photo d'archives

- Annonce: 1er octobre 2014

- 7 boutiques fermées au Québec

- Emplois perdus non divulgués

L’aventure québécoise de l’entreprise américaine de mode pour adolescents n’aura duré que deux petites années. L’incursion semble également difficile dans le reste du Canada, où Aéropostale a fermé 27 de ses 85 boutiques en 2013.
 

 

Brèves

5 géants qui pourraient s’établir au Québec

Les détaillants en difficulté risquent de subir de nouvelles secousses si de nouvelles bannières américaines du vêtement s’installent au Québec. En voici cinq qui sont déjà présentes ailleurs au pays.

- Abercrombie & Fitch

- Eddie Bauer

- Hollister

- J. Crew

- Nordstrom