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Les rêves d’une génération

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Déformation professionnelle et intérêt personnel pour le vrai aidant, je préfère fréquenter l’univers des gens ordinaires. La masse. Le peuple. La majorité silencieuse. Les banlieusards, les Québécois des régions. Les travailleurs anonymes parqués tous les jours dans les tours et dans les usines.

Les gens qui aiment La Voix, Éric Salvail et mon estimé collègue Martineau. Qui iront manger à la cabane à sucre de Nathalie Simard.

Savoir ce qu’ils pensent me passionne.

L’opinion des bobos et autres branchés m’intéresse moins. Déjà que leurs points de vue dominent le paysage médiatique alors qu’ils crèchent souvent à mille lieues de la pensée populaire.

Cash city

Je n’ai pas été surprise d’apprendre, à l’analyse du sondage Léger/Institut du Nouveau Monde sur les aspirations des jeunes Québécois, qu’être plus à l’aise financièrement est la chose la plus importante dans la vie des 18-34 en 2015. De plus, 53 % aimeraient fonder une entreprise et seulement 34 % rêvent d’un emploi syndiqué.

Oui, les jeunes rêvent, mais ils rêvent tout d’abord d’améliorer leur existence propre et celle de leurs proches. Ni à gauche ni à droite, ils veulent tout simplement vivre une vie normale.

Pas réinventer le monde, sauver les bélugas, stopper les forages et obtenir la gratuité scolaire. Ils rêvent d’aisance financière pour eux et pour leur société. La moitié des 18-34 croit que le Québec doit exploiter ses ressources pétrolières, même si la protection de l’environnement doit passer en premier lieu. On ne peut leur reprocher de porter des lunettes roses: seulement 25 % pensent que le Québec sera sans pétrole d’ici 25 ans.

Les jeunes qui manifestent contre les hydrocarbures ne sont pas représentatifs de la jeunesse québécoise, pour le meilleur et pour le pire.

On peut décider de lever le nez sur des êtres aussi matérialistes et pleurnicher: «Que sont les rêveurs devenus?» Désolée, mais Mai 68, c’est loin derrière. Je suis toujours surprise de voir des jeunes manifester pour préserver des acquis vieux de 50 ans, comme si le monde n’avait pas changé depuis. Comme s’il ne pouvait exister de meilleures manières de faire les choses.

Une certaine confusion

Les jeunes ne sont quand même pas complètement dénués de conscience civique. Ils sont préoccupés par les inégalités entre les riches et les pauvres du Québec dans une proportion de 52 %. Les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres ne touchent que 29 % des 18-34. Et 12 % se fichent des inégalités.

En ce qui a trait aux réformes du gouvernement Couillard, 43 % estiment qu’elles vont trop vite, mais 26 % croient qu’il faudrait les accélérer.

Il y a des choses qui ne changent pas: près de 40 % croient que le gouvernement n’est pas assez présent. Une majorité voudrait payer moins d’impôts et obtenir plus de services. Par contre, 54 % sont en faveur du principe d’utilisateur-payeur pour les services publics.

Pépères, les jeunes? Disons prudents. Cette génération a été malmenée. Qu’elle rêve d’une job et d’une famille, de stabilité, rassure.

Mais un malaise subsiste: 80 % des 18-34 croient aussi que le Québec s’en va dans la mauvaise direction. Chose certaine, ils ne sont pas optimistes.

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