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«Bordel informatique» : Notre patrimoine numérique commun

Cyrille Béraud de passage à Argent
Cyrille Béraud de passage à Argent

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À vouloir ramener la question de l'informatique uniquement à des questions de comptabilité, de coûts, de retour sur investissement, d'économie, d'efficience et de bonne gouvernance, on oublie l'essentiel : en 2015, qu'est-ce que l'informatique pour l'État ? En quoi est-elle devenue un enjeu politique qui nous concerne tous ?

Comité consultatif

Le ministre Coiteux a annoncé mercredi dernier la mise en place d'un comité consultatif québécois des technologies de l'information. Certains regrettent l'absence des syndicats de la fonction publique dans ce comité. J'en fait partie. Ils sont une des clés de tout changement. Je remarque, pour ma part, que les grands acteurs du logiciel libre au Québec ont été soigneusement mis à l'écart de la consultation. Passons. Les vrais enjeux ne sont pas là.

En 1990, acheter un ordinateur, c'était acheter une super machine à écrire. Ça permettait de travailler plus vite et plus efficacement. L'informatique, en 1990, permettait d'automatiser des processus de production, d'améliorer notre productivité.

En 2015, l'informatique nous permet de communiquer. Cette mise en réseaux offre de nouveaux gains en efficacité, de nouvelles possibilités pour chacun de nous et pour chaque organisation.

En numérisant l'ensemble de nos connaissances, cela permet de nous instruire, de nous informer, de nous distraire. Cela permet de voir et d'entendre le monde. Cela permet de partager nos savoirs et nos questions.

Au niveau de notre État, en recueillant l'ensemble des données sur chacun de nous, sur notre territoire  et ses richesses, sur notre économie et nos entreprises, sur notre santé et notre vie, mis en réseaux, cet ensemble de données constituent désormais la colonne vertébrale, le système nerveux et la mémoire de l'État.

Patrimoine numérique

En 2015, l'État est investi d'une nouvelle responsabilité : enrichir, développer et protéger ce qui constitue, non pas les actifs informationnels de l'État, mais ce que je préfère appeler, pour ma part, le patrimoine numérique de l'État du Québec.

Ce patrimoine numérique est un bien public qui appartient à chaque québécois. Il est déjà devenu la source de création d'immenses richesses, et le sera encore davantage demain.

C'est à travers ce patrimoine numérique que nous développerons au XXIe siècle l'économie des régions et des métropoles. C'est à travers lui que nous contrôlerons et ferons fructifier notre immense territoire. C'est à travers lui que nous construirons un État plus efficace et plus proche des citoyens. C'est à travers lui que nous renouvellerons notre démocratie et donnerons aux jeunes générations les outils pour leur permettre d'affronter les défis de notre siècle.

Comment bâtir ce patrimoine et en délimiter les frontières ? Comment l'organiser ?  Comment le développer ? Comment le protéger ? Quelle politique de gestion de l'information ? À qui profitera cet extraordinaire capital collectif ?

Voilà les questions auxquelles nous devons répondre collectivement, et voilà les vrais enjeux derrières les décisions que s'apprête à prendre le ministre Coiteux.

Je suis loin d'avoir les réponses à toutes ces questions mais j'affirme cependant qu'il est impossible de construire un patrimoine numérique, conçu pour durer des dizaines et des dizaines d'années – voir plus , sans posséder les logiciels, leurs sources et les données qui le constituent – ce que seul le logiciel libre permet. Le logiciel libre a l'avantage d'organiser le marché informatique sous la forme d'un marché ouvert, libre et concurrentiel. Il est également une nécessité économique, technologique, juridique et politique pour bâtir et faire vivre ce patrimoine numérique commun.

Alors qu'on annonce la diffusion publique par Wikileaks de toutes les données privées de la compagnie Sony, j'affirme aussi qu'il est impossible de garantir la sécurité des informations les plus intimes que nous avons confiées à notre État, en utilisant des logiciels privateurs.

Garantir la sécurité de nos informations, c'est la première responsabilité et obligation du Ministre Coiteux.

Il est resté silencieux sur la question.
 

Cyrille Béraud, président de Savoir-faire Linux.


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