/news/currentevents
Navigation

Policiers déguisés en itinérants

Deux agents du SPVM ont utilisé ce stratagème pour piéger des conducteurs qui textent au volant

Sur la photo, on voit le policier du SPVM à l’œuvre sous son déguisement.
Photo chantal poirier Sur la photo, on voit le policier du SPVM à l’œuvre sous son déguisement.

Coup d'oeil sur cet article

La police de Montréal admet que ses agents n’auraient pas dû se déguiser en itinérants pour piéger les conducteurs qui ont leur cellulaire en main. Mais elle n’annulera pas pour autant les tickets distribués.

«Ce n’était pas une bonne idée, mais les automobilistes épinglés ont quand même commis une infraction», insiste Ian Lafrenière, commandant à la police de Montréal.

Deux agents du SPVM ont décidé la semaine dernière de se déguiser en sans-abri pour piéger des conducteurs qui parlent au cellulaire ou envoient des textos lorsqu’ils sont arrêtés aux intersections.

L’opération d’une journée s’est déroulée au coin du boulevard Langelier et de la rue Jean-Talon Est, dans Anjou, ainsi qu’aux intersections près des Galeries d’Anjou.

Mauvaise idée

«C’est une initiative d’un ou deux policiers qui n’avait pas été approuvée», assure M. Lafrenière. Même si le commandant martèle que cette façon de faire «ne correspond pas à nos pratiques», la police de Montréal n’a pas l’intention pour autant d’annuler les constats d’infraction qui ont été remis ce jour-là.

«Même si les policiers avaient été debout dans un pick-up ou cachés dans une boîte à malle, ça ne change rien. La méthode n’est peut-être pas bonne, mais ça ne rend pas l’infraction plus légitime.»

« Malhonnête »

Ian Lafrenière, Commandant Police de Montréal
Photo d'archives
Ian Lafrenière, Commandant Police de Montréal

Un des automobilistes piégés par ce stratagème est en colère contre cette façon de faire qu’il trouve «douteuse et malhonnête».

«Le policier avait carrément une tasse à la main pour nous quêter de l’argent», raconte l’homme, qui n’a pas voulu être identifié.

Après avoir écopé d’un ticket et de trois points d’inaptitude, l’automobiliste est retourné sur les lieux de l’infraction pour parler avec l’agent déguisé.

«Je lui ai demandé s’il avait le droit de se déguiser en itinérant et de faire ce qu'il fait et il m'a répondu qu'il peut se déguiser comme il le veut», relate-t-il.

Les policiers à l’origine de cette opération ont été rencontrés par leur supérieur. La police de Montréal assure qu’elle n’utilisera plus ce stratagème.

«Reste que le cellulaire au volant est encore trop répandu, déplore Ian Lafrenière. Il faut trouver des moyens différents pour épingler les automobilistes.»

Le stratagème utilisé

1-  Un policier déguisé en sans-abri s’installe à un feu de circulation en faisant semblant de quêter. 
 
2 Lorsque les automobilistes s’arrêtent au feu rouge, l’agent circule entre les voitures pour repérer les conducteurs qui touchent à leur cellulaire.
 
3 - Grâce à la radio cachée sous son manteau, il peut avertir un second policier posté non loin de l’intersection.
 
4 - C’est le deuxième agent, lui en uniforme, qui remet le constat d’infraction aux fautifs.
 

Un manque de respect envers les sans-abri

Choco, un itinérant de Montréal qui trouve « ridicule » le stratagème utilisé par des policiers pour piéger les automobilistes qui textent au volant.
photo courtoisie
Choco, un itinérant de Montréal qui trouve « ridicule » le stratagème utilisé par des policiers pour piéger les automobilistes qui textent au volant.

Des directeurs de centres pour itinérants critiquent sévèrement la police de Montréal pour leur stratagème qui manque selon eux d’humanité envers les sans-abri.

«Je trouve ça irrespectueux et très maladroit», condamne le directeur de L’Accueil Bonneau, Aubin Boudreau.

Ce dernier croit qu’une telle façon de faire nuit au travail de sensibilisation effectuée par les organismes communautaires.

«L’image de l’itinérance n’a déjà pas bonne presse, insiste-t-il. Ça n’aidera pas si on l’utilise pour piéger les automobilistes.»

Sensibilisation

Le président et directeur général de la Mission Bon Accueil, Cyril Morgan, est lui aussi de cet avis.

«Le sans-abri à la barbe longue et aux vêtements délabrés qui quête au coin de la rue, il ne représente pas le vrai visage de l’itinérance, soutient-il. Une histoire comme celle-là, ça nous oblige à redoubler d’efforts pour sensibiliser la population.»

Rencontré hier à L’Accueil Bonneau, Choco, qui vit dans la rue depuis plus de 20 ans, trouvait cette initiative douteuse et «ridicule».

«Les policiers devraient aider les sans-abri au lieu de se déguiser, dit-il. Et après, ils vont donner des tickets aux itinérants qui dérangent les gens en quêtant au coin de la rue.»