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Fabricant en manque de verre

Une usine de Montréal compte sur la consigne pour faire face à la concurrence et protéger des emplois

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L’unique fabricant de contenants en verre du Québec s'explique mal que la SAQ s’oppose à la consigne des bouteilles, jugée trop coûteuse​, alors que ce programme pourrait assurer l’avenir des 400 travailleurs qu’il emploie dans Pointe-Saint-Charles.

«Même Costco et les quincailleries sont obligées de reprendre les contenants. Pourquoi est-ce que la SAQ agirait différemment?» demande François Carrier, directeur de l’usine Owens-Illinois de Montréal.

Avec un système de consigne, les bouteilles de vin récupérées pourraient être fondues pour former de nouveaux contenants en verre dans sa fonderie.

À l’heure actuelle, son usine réussit à peine à intégrer 30 % de verre recyclé à sa production, alors qu’en Italie Owens-Illinois compte sur 80 % de verre recyclé.

Mauvaise qualité

Les Québécois placent pourtant chacun 15 kg en moyenne de verre dans leur bac bleu chaque année et 22 kg à la poubelle, selon Recyc-Québec. Le problème, c’est que les deux tiers sont enfouis comme de vulgaires déchets, car ils sont si contaminés qu’ils sont impropres à la valorisation.

M. Carrier a lui-même renvoyé des camions entiers de tessons de verre mélangés à tant de déchets qu’il ne pouvait rien en faire. Un problème que la consigne permettrait de résoudre, dit-il.

«Grâce à un tri à la source fait par le consommateur, la qualité de la matière provenant de la consigne est préservée, ce qui permet d’en valoriser une proportion iné­galée», confirme Karel Ménard du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

Nocif pour l’environnement

La revalorisation du verre permettrait à l’usine d’Owens-Illinois de réduire son approvisionnement en silice, un minerai essentiel à la fabrication du verre, mais aussi de consommer beaucoup moins d’énergie, car le verre recyclé fond à beaucoup plus basse température que la silice.

Le directeur de l’usine Owens-Illinois, François Carrier, manque de verre recyclé pour fabriquer ses contenants.
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin
Le directeur de l’usine Owens-Illinois, François Carrier, manque de verre recyclé pour fabriquer ses contenants.

L’usine compte sur ces économies pour réduire son empreinte environnementale qui, si elle ne diminue pas, lui coûtera bientôt très cher sur le marché du carbone.

«Ça va devenir tellement dispendieux que ça va augmenter nos coûts de production», souligne M. Carrier, qui craint de ne plus pouvoir faire face à la concurrence des producteurs de verre d’Asie.

Owens-Illinois Montréal en chiffres

  • 400 travailleurs qualifiés syndiqués
  • 31 millions de dollars en salaires et avantages sociaux par an
  • 1,6 million de contenants produits par jour
  • 430 tonnes métriques de verre produites par jour

La confusion règne autour du coût de la consigne

La Société des alcools du Québec prévient qu’il faudrait investir 250 millions $ sur cinq ans pour consigner les bouteilles de vin, d’après un rapport qu’elle a commandé à la société LIDD Intelligence Supply Chain.

Pour le seul réseau de dépôts et de stands où transiteraient les bouteilles, la SAQ estime qu’il faudra dépenser 115 millions $, révélait La Presse en début de semaine. À cette somme, il faudrait ajouter 27 millions $ en coûts d’exploitation annuels.

Ces calculs sont sans commune mesure avec les autres chiffres présentés par la Société des alcools au fil des ans pour défendre sa position anticonsigne.

Valse des chiffres

Il y a trois ans, en 2012, Isabelle Merizzi, porte-parole de la SAQ, déclarait en effet que «ça coûterait de 40 à 60 millions pour implanter la consigne».

La valse des chiffres se poursuit si on remonte en 2006. Cette année-là, la firme KPMG, mandatée par la SAQ, évaluait que l’implantation de la consigne coûterait 36 millions $, ce à quoi il faudrait ajouter 25 millions $ en coûts annuels.

La SAQ avait déposé ces chiffres à Québec dans le cadre des audiences de la Commission permanente des transports et de l’environnement portant sur la gestion des matières résiduelles.

► 80 % des contenants de boisson en verre non consignés se trouvant dans le bac de récupération viennent de la SAQ.

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