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«Desjardins a perdu son âme»

L’ancien président Claude Béland ne reconnaît plus l’institution à laquelle il a contribué la majorité de sa vie

Claude Béland, aujourd’hui âgé de 83 ans, a été président de Desjardins de 1987 à 2000.
Photo Le Journal de Québec, Didier Debusschere Claude Béland, aujourd’hui âgé de 83 ans, a été président de Desjardins de 1987 à 2000.

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Un des piliers du Mouvement Desjardins, Claude Béland, considère que l’institution a «perdu son âme» en axant ses énergies sur les objectifs financiers plutôt que de s’occuper de ses membres.

Un des piliers du Mouvement Desjardins, Claude Béland, considère que l’institution a «perdu son âme» en axant ses énergies sur les objectifs financiers plutôt que de s’occuper de ses membres.

«J’ai passé près du trois quarts de ma vie dans le mouvement coopératif, je ne peux pas croire que j’ai tout fait ça pour rien. On s’en va carrément dans le sens contraire de ce que des milliers de gens ont bâti depuis 115 ans», se désole celui qui a été président de Desjardins de 1987 à 2000.

L’homme de 83 ans critique sévèrement l’administration actuelle qui ne considère ses membres que comme de simples clients.

«Jusqu’au début de l’an 2000, l’important pour Desjardins c’était le membre, mais aujourd’hui, ce qui est important c’est l’entreprise. Desjardins copie le fonctionnement des banques. Tout ce qui compte c’est le rendement», glisse-t-il.

Cette mentalité est, selon lui, diamétralement opposée à ce qu’il prônait et ce qui a été mis de l’avant avant lui au sein de la coopérative. Desjardins était basé sur les petits épargnants et sur le principe que chacun d’entre eux avait le même pouvoir.

«On servait tout le monde pareil. Si tu avais 10 000 $, tu avais le même taux que celui qui avait un million. Mais aujourd’hui, ce qui les intéresse, ce sont les clients payants, les autres, on ne les aide plus», dénonce-t-il.

Claude Béland
Claude Béland, aujourd’hui âgé de 83 ans, a été président de Desjardins de 1987 à 2000.
Photo Le Journal de Québec, Didier Debusschere

Tous égaux

M. Béland connaît la grogne qui s’étend dans plusieurs régions du Québec entourant la fermeture de points de services de Desjardins.

Même s’il n’est plus président depuis près de 15 ans, il reçoit une demi-douzaine de courriels chaque jour de membres qui critiquent les façons de faire de l’institution et qui lui demandent conseil afin de trouver un moyen de se faire entendre.

D’ailleurs, le jour de son entretien avec Le Journal, M. Béland devait poster un manuel de procédures lors des assemblées de caisse à l’un de ces contestataires.

«Si on dit que seulement 5 % des transactions se font dans la caisse et que le reste se fait dans les guichets et sur internet, pourquoi alors ferme-t-on les petites unités et ouvre-t-on d’immenses bâtiments si les gens n’y vont plus? C’est certain que l’avènement de la technologie joue un rôle dans la transformation que vit Desjardins, mais ça n’explique pas qu’elle doit aller jusqu’à en perdre son âme», soutient celui qui a lui-même lancé le regroupement des caisses dans les années 1990.

Valeurs perdues

Selon lui, ce changement drastique de mentalités s’est amorcé après son mandat lorsque les administrateurs de caisses ont commencé à être rémunérés pour leur travail.

«Il y avait 18 000 dirigeants, c’est certain qu’on devait fermer des caisses, on ne pouvait pas tous les payer. Avant, les gens étaient bénévoles, ils étaient crédibles parce qu’ils n’étaient pas là pour faire de l’argent. Ce n’est plus la même catégorie de personnes qui essaient de faire survivre les caisses maintenant, et ça fait une différence», croit-il.

Ce qui attriste le plus M. Béland, c’est que les valeurs fondamentales qui différenciaient Desjardins des autres institutions financières ont été complètement oubliées.

«Les principes d’équité et d’égalité n’existent plus dans la caisse. Ce qui l’intéresse c’est de dire qu’elle est la plus solide et la plus rentable. Mais quand tu es rentable, c’est que tu as pris de l’argent dans les poches des gens. J’ai beaucoup de difficulté à entendre ce message de la bouche de Desjardins, car la sécurité et la solidité d’une coopérative devraient être basées sur ses membres», conclut-il avec dépit.


Les membres ont aussi leurs responsabilités

Les maires de deux municipalités de Lanaudière ont annoncé la semaine dernière qu’ils allaient retirer leurs avoirs des caisses Desjardins pour protester contre la fermeture des centres de services dans leur région. Qu’en pensez-vous?

«La caisse populaire a toujours été l’institution du village, c’était sacré. Il y avait l’église, l’hôtel de ville et la caisse. Mais je ne pense pas que la fuite soit la meilleure façon d’arriver à une entente. Je ne comprends pas que personne chez Desjardins ne réagisse et qu’ils vont les laisser aller à la Banque Nationale. C’est très surprenant qu’il ne s’assoie pas avec eux pour trouver une solution».

Les deux maires ont dit qu’ils ont demandé le vote des membres sur la fermeture des points de services lors de l’assemblée générale de leur caisse, mais que cette proposition a été formellement refusée. Est-ce que les membres devraient avoir le droit de parole durant les assemblées?

«C’est totalement faux de dire que c’est seulement le conseil qui décide. J’ai des témoignages de gens qui me racontent qu’ils se font refuser des ajouts à l’ordre du jour, c’est ridicule. L’assemblée est censée être souveraine, c’est leur assemblée à eux. Je comprends les gens de ne plus vouloir y aller puisqu’ils sentent qu’ils n’ont pas de pouvoir».

Les maires se sont mobilisés, mais ils ne sont pas les seuls, on en voit un peu partout au Québec. Que pensez-vous de ces regroupements qui se mobilisent contre Desjardins? Est-ce que leurs revendications sont légitimes?

«C’est une bonne chose le branle-bas de combat, on voit qu’il se dessine un mouvement à travers le Québec et ça m’apparaît positif. C’est aux membres de se lever et de réclamer des changements. C’est par eux que des changements peuvent être apportés, mais ils ont eux aussi un examen de conscience à faire».

Que voulez-vous dire?

«Les gens veulent un guichet et un comptoir pour avoir des liquidités. Ils disent que Desjardins leur appartient, mais il y en a une grande partie d’entre eux qui ont leur hypothèque et leurs placements ailleurs. S’ils utilisent la caisse juste parce que c’est proche, mais que les choses payantes ils les font ailleurs, ils n’agissent pas comme de vrais “propriétaires”.

Que dirait-on d’un restaurateur qui prend un café dans son resto, mais qui va manger chez le concurrent? Le membre a aussi un souci de responsabilité, il doit agir comme coopérateur, pas seulement comme client quand c’est le temps de retirer de l’argent».


Le mouvement Desjardins

  •  Fondé par Alphonse Desjardins et sa femme Dorimène 
  •  La première caisse est installée à Lévis en 1900
  • À la mort du fondateur en 1920, il y avait 31 029 membres et 140 caisses

 

Alphonse Desjardins
Alphonse Desjardins, portrait.
Gracieuseté de la Fédération des caisses Desjardins du Québec (FCDQ).
Photo Courtoisie
Alphonse Desjardins, portrait. Gracieuseté de la Fédération des caisses Desjardins du Québec (FCDQ).

La Caisse aujourd’hui

• 45 966 emplois

• 229 G$ en actif total

• 12 654 M$ de revenus d’exploitation

• Plus de 7 millions de membres et clients

• 82,3 M$ en dons et commandites

• 805 points de services (Québec et Ontario)

• Présente dans 400 municipalités au Québec dont 30% sont dans des zones à faible densité

 
 

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