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«On ferme la mine!»

Rouyn-Noranda
Photo d'archives / Agence QMI

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Il y a quelque temps, j’écrivais un texte intitulé «Le néocolonialisme minier» où j’expliquais que certaines entreprises minières se comportaient de façon inacceptable avec les citoyens. 

Laissez-moi vous parler de mon expérience avec les dirigeants d’une de ces minières.

Appel pressant au nouveau ministre

Alors que je n’étais ministre que depuis quelques minutes à peine, la première demande qui m’a été faite fut de rencontrer dans les plus brefs délais les dirigeants d’une compagnie minière.

C’est ainsi qu’une de mes toutes premières rencontres a été avec les dirigeants de cette entreprise.

J’ai ainsi appris qu’elle avait besoin d’un certificat d’autorisation pour procéder à une explosion exceptionnelle. Au fil de la discussion, j’ai découvert avec stupéfaction que la compagnie:

- Avait déjà installé les explosifs pendant l’été,

- Ne nous en avait informé que 2 mois plus tard,

- Ne nous avait envoyé AUCUN document technique ou de quelque autre nature afin d’étayer son argumentaire pour que nous puissions étudier leur demande avant d’émettre un certificat d’autorisation,

- Devait faire exploser ces charges dans les jours suivants, car il y a une date de péremption sur les explosifs qui était de 3 MOIS!

Ainsi, comme nouveau ministre, le premier dossier que je devais traiter en était un où une entreprise me mettait délibérément le couteau sur la gorge, ce que je n’appréciais pas du tout.

Face à cette urgence créée de toute pièce par eux, je leur ai dit que nous travaillerions pendant tout le week-end pour faire la liste des documents dont nous aurions besoin de leur part et qu’en début de semaine, nous les recontacterions afin de leur faire part de cette liste pour que nous puissions procéder très rapidement à l’étude de leur dossier.

Au retour du week-end...

Nous sommes entrés en contact par téléphone avec un dirigeant de la compagnie. Une des personnes de notre équipe a alors commencé l’énumération des documents qu’ils devaient nous envoyer afin d’étudier leur demande lorsque notre interlocuteur nous a coupé la parole très brusquement en disant: 

«Si c’est pour être compliqué comme ça, on ferme la mine!»

Fermer la mine! Rien que ça!

Cette entreprise qui:

- Nous avait déjà mis le couteau sur la gorge en se comportant en véritables cowboys depuis le début de ce dossier,

- S’était comportée de façon totalement irresponsable et irrespectueuse à l’égard de la sécurité des citoyens de la ville où était installée la mine,

- Était méprisante à l’égard du gouvernement,

- Ne nous avait envoyé à ce jour AUCUN document,

- Menaçait maintenant de fermer la mine parce que nous avions l’outrecuidance d’oser leur demander de nous soumettre des documents en appui à leur demande????

J’étais furieux!

Je me demandais comment au 21e siècle, des gens pouvaient encore se comporter de façon aussi colonialiste et arrogante! Je me rappelais ce que René Lévesque avait raconté dans son autobiographie sur le mépris dont avait fait preuve à son égard le patron d’une minière alors qu’il était ministre des Richesses naturelles. En effet, M. Lévesque avait dit à ce dirigeant qu’ils devaient discuter ensemble de l’emplacement d’une nouvelle mine, ce à quoi ce dernier avait répondu que c’était déjà tout décidé.

Autrement dit, il se moquait bien de l’avis du ministre.

C’était en 1962.

Et 50 ans plus tard, nous en étions encore là?!?!

Bullying minier

Ce bullying minier, croyez-le ou non, existe bel et bien. Toutes les entreprises minières ne se comportent pas ainsi, mais il persiste dans ce milieu une culture néocolonialiste qui fait en sorte que certaines d’entre elles n’hésitent pas une seconde à intimider des citoyens, des entrepreneurs, des écologistes, des scientifiques et des élus.

Si en ce 21e siècle, nous pouvons dire que notre société a évolué de façon positive à bien des égards, je constate avec colère et tristesse que si ce néocolonialisme peut perdurer, c’est parce qu’il y a encore des gens qui l’acceptent.

Oui, certaines de ces entreprises procurent des emplois.

Oui, certaines de ces entreprises aident l’économie en région.

Mais, NON, nous ne devons ABSOLUMENT PAS accepter tout et n’importe quoi pour autant.

Surtout pas le mépris et les menaces.

P.S. En réponse à la menace du dirigeant de cette compagnie minière, je lui ai dit que s’il ne nous envoyait pas les documents requis dans les 4 jours suivants, il pouvait fermer sa mine.

Nous avons reçu les documents 4 jours plus tard.

Et la mine n’a pas fermé.

 

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