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Eugenie Bouchard: une réputation de «petite baveuse»

Eugenie Bouchard: une réputation de «petite baveuse»
Photo d'archives

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Mais alors, que se passe-t-il? Pourquoi une journaliste canadienne qui était à un tournoi à Singapour s’est-elle fait refuser une entrevue de quelques ­minutes pour les lecteurs du pays?

PARIS | Eugenie Bouchard a 21 ans. Je suis convaincu qu'elle n'est pas cette baveuse qu'on me décrit depuis deux jours. On ne devient pas sixième au monde sans être allumée.

Mais alors, que se passe-t-il? Pourquoi une journaliste canadienne qui était à un tournoi à Singapour s’est-elle fait refuser une entrevue de quelques ­minutes pour les lecteurs du pays?

Et pourquoi, quand on a tenté d’obtenir une entrevue avec Eugenie à Roland-Garros il y a une semaine, la réponse est arrivée cinq minutes plus tard: No?

Hier, avec mon confrère Philippe Cantin de La Presse et Stephanie Myles qui couvre le tournoi pour le Toronto Star entre autres médias, on a suivi toutes les voies officielles.

On s’est présentés aux bureaux de la WTA comme des écoliers bien sages pour aller quêter un petit cinq minutes pour les journaux canadiens et québécois. Auparavant, Jill Smoller, son agent de la puissante IMG, avait eu toutes les demandes. Miss Smoller est beaucoup occupée avec son autre cliente, Serena Williams.

UNE HEURE AU 12

La chance qu’on puisse faire quelque chose, c’était à 15 heures. Eugenie devait, selon son horaire, s’entraîner sur le court 12. Le même court où elle s’était fait laver par Kaia Kanepi samedi avant-midi pendant l’exercice. Ce jour-là, elle était passée devant des journalistes qu’elle connaît et qui la suivent depuis des années sans même un regard ou un signe de tête. De la merde à éviter.

On s’est rendu au 12. À l’heure. Et on a attendu pendant toute l’heure prévue. Le court est resté désert. La télé de TSN a poireauté pendant son heure. Pas d’Eugenie.

Comme c’est la mode depuis quelques jours en ­Somalie et à Roland-Garros, on s’est pris en photo pour prouver qu’on était au 12 à l’heure dite et on est reparti.

Évidemment qu’il n’y a jamais eu de réponse. ­Eugenie s’était entraînée plus tôt dans la journée sur un court quelque part à Paris. C’est parfait, c’est de ses affaires.

Elle a déjà été choisie pour un grand honneur annuel par La Presse. Le Journal a couru après elle pendant un mois sans même qu'elle rappelle. Et l’an dernier, Mlle Bouchard a été choisie Athlète féminine de l’année par Canadian Press. Elle n’a jamais rappelé. S’en fout s’en doute.

Quand même, cette fille est venue au monde et a grandi à Montréal. Je sais, c’est Westmount. Mais la frontière entre Montréal et Westmount est-elle si étanche? On est quand même plusieurs à avoir couvert Jacques Villeneuve et la Formule 1. Et à l’époque, Villeneuve était champion du monde. Villeneuve, même s’il avait grandi à Monaco et dans un collège suisse, a toujours compris et saisi que dans son pays, des centaines de milliers de fans suivaient ses exploits et étaient fiers de lui.

Et Villeneuve n’avait pas 40 ans. Il avait 24 ans.

SON ENTOURAGE

Je ne veux pas me fier à des histoires de journalistes. Après tout, c’est le métier de tenter d’obtenir des informations pour les lecteurs. Mais toutes les infos recueillies se recoupent. Même chez les joueuses, elle traîne une réputation de petite baveuse. Le fait qu’elle ait refusé de tendre la main à son adversaire, lors du dernier tirage de la Coupe Fédération à Québec, a été vu comme une insulte par les joueuses.

D’ailleurs, Eugenie Bouchard le dit à qui veut l’entendre. Elle n’a aucune amie sur le circuit. Elle vit en vase clos.

Mais cette fille devrait quand même avoir des racines. Est-elle consciente que des millions de ­Canadiens et de Québécois sont fiers d’elle? Qu’elle est encore aimée malgré ses déboires? Y a-t-il quelqu’un qui lui a expliqué qu’avoir une base solide dans une carrière peut parfois être salvateur?

Il se peut aussi qu’elle s’en fiche comme de sa première petite culotte. Il se peut que Montréal et le ­Québec, ce tout petit marché comparé à l’Europe, à l’Asie et à l’Amérique, ne vaillent pas la peine qu’elle jette un regard à ce petit peuple compliqué et complexé.

Je pense que l’erreur a été commise par les ­Québécois. Ils étaient tellement fiers d’Eugenie ­Bouchard qu’ils ont voulu se l’accaparer.

Ils n’ont pas réalisé que le cash était ailleurs.


Perdu en Prius...

PARIS | Fallait que ça m’arrive. Le chauffeur de taxi n’arrêtait pas de m’expliquer à quel point sa Prius était écologique. Perso, tant que c’est pas un Hummer, je me dis que ça peut aller.

Mais une Prius écologique, c’est nul à brailler quand le chauffeur se perd. Fallait que ça arrive. C’est fait. Il a raté l’entrée de Roland-Garros, s’est retrouvé sur le périphérique, je l’ai averti d’arrêter le compteur, il s’est mis à parler en arabe et je me suis retrouvé nulle part.

Il a fallu revenir. Tout mêlé, on est donc repassé par les serres qui bordent Roland-Garros. Ça faisait mon affaire, c’est le gros débat présentement autour du tournoi. Les dirigeants de la fédération française doivent agrandir le parc de Roland-Garros. Les demandes internationales n’arrêtent pas. La surface totale de Roland-Garros fait environ la moitié de Wimbledon et 40 % des parcs en Australie et au US Open.

En plus, Wimbledon et l’Australie ont déjà des stades couverts et le US Open comptera bientôt sur son stade à toiture ouvrable. La télé américaine est écœurée de présenter la finale du US Open le lundi après-midi.

À Paris, il n’y aura pas de stade couvert. Mais on veut construire un autre stade d’environ 5000 places... au milieu des serres. Le projet prévoit que le stade sera creusé pour ne pas jurer dans le décor et qu’on saura marier sport et nature.

Évidemment que les écolos montent aux barricades. C’est tellement sérieux que Roland-Garros se paye de pleines doubles pages de publicité dans les quotidiens parisiens. Faut que ce soit sérieux.

Ils feront bien ce qu’ils voudront. J’espère seulement qu’on ne touchera pas à cette classe inouïe qui donne un charme fou aux Internationaux de Paris. Wimbledon et ses fraises à la crème, c’est bien. Mais un grand crème avec un sandwich jambon-fromage à la française, c’est autre chose.

Il y a de l’esthétisme, de la beauté, de la mode, de l’élégance et surtout un amour véritable du tennis dans l’air.

En fait, c’est de Roland-Garros que devraient s’inspirer les organisateurs de la Coupe Rogers. À Montréal en tous les cas.

Manque pas grand-chose. Ne manque que Paris.

EUGENIE EN DÉBUT DE SOIRÉE

En début de soirée, sur l’heure du midi pour vous, Eugenie Bouchard foulera la terre battue du stade Suzanne-Lenglen à Roland-Garros. Le stade contient 10 000 personnes. Au même moment, le Philippe-Chatrier sera occupé par Serena Williams.

Eugenie Bouchard est peut-être la plus belle vitrine à acheter dans le sport, mais c’est Serena Williams qui est première mondiale.

Et elle parle français.

 

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