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L’affaire Bugingo : le journalisme se régule bien

Bugingo
Photo d'archives, TVA Nouvelles

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L’électrochoc causé par les révélations au sujet des erreurs, omissions, inventions et mensonges dans les topos et reportages de François Bugingo fournit une occasion de relever certains traits de la régulation du travail journalistique.  Cette saga illustre comment opère la régulation journalistique essentiellement fondée sur la transparence. C'est aussi une indication du bon état de santé de la presse québécoise.

Le travail journalistique n’est pas encadré par des lois spécifiques.  Contrairement aux professions comme celles des médecins, notaires, avocats, infirmières, la pratique du journalisme n’est pas régie par des lois et réglementations spécifiques. 

Un journaliste est une personne qui, exerçant sa liberté d’expression, se consacre à informer et éclairer le public.

Ceux qui pratiquent le journalisme ont le loisir d’adhérer ou non aux normes que des associations comme la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) ont mis de l’avant afin de promouvoir de bonnes pratiques.

Un journaliste qui adhère à la FPJQ doit s’attendre à répondre devant l’association, des manquements aux normes qui pourraient lui être reprochés.  Ces normes ne lient que ceux et celles qui adhèrent à l’association. 

Lorsqu’il est établi qu’un membre d’une association de journalistes  a gravement contrevenu à une règle à laquelle il est tenu selon les règlements qui s’appliquent au sein de l’association, la principale et pratiquement la seule conséquence est l’exclusion de l’association.

Dans un milieu comme celui du journalisme, régi par un ensemble de connaissances et de bonnes pratiques qui ne sont pas obligatoires en vertu des lois, il importe d’identifier quels sont les mécanismes régulateurs, ceux qui assurent concrètement que les personnes qui pratiquent le métier seront tenues d’avoir un comportement correct.

Les faits troublants sur M. Bugingo ont été révélés par un reportage journalistique.  Le fait qu’il existe dans le milieu journalistique québécois les conditions permettant que de tels reportages se fassent constitue une importante garantie de probité.

Cela met en relief que l’activité journalistique elle-même assure une certaine régulation. 

La capacité de rapporter, de dire, de révéler et de critiquer constitue le principal mécanisme régulateur du journalisme. En contexte démocratique, les médias doivent fonctionner dans un climat de transparence.

Cette transparence joue comme un mécanisme qui engendre des risques pour tous. 

Tous ceux qui seraient tentés de tricher doivent savoir que leurs faits et gestes peuvent être examinés et éventuellement révélés au grand jour. 

C’est en cela qu’une presse libre est une composante essentielle du processus démocratique.  Le contexte technologique accentue cette caractéristique des médias contemporains : désormais, l’image de toute personne qui a un comportement possiblement dangereux ou illicite dans l’espace public peut être captée par un journaliste ou un autre citoyen.

Pour assurer une presse libre et intègre,  le cadre juridique des médias doit effectivement  fonctionner de manière à garantir les conditions qui assurent la transparence. 

S’il est trop risqué de révéler des faits troublants, si un média est susceptible d’être poursuivi à la moindre diffusion d’une image révélatrice mais qui déplaît, si les poursuites en diffamation sont si faciles à intenter qu’un média trouvera moins risqué de publier des reportages sur « les marguerites qui poussent au printemps », il est à craindre que des révélations comme celles que nous avons vues soient moins fréquentes.

Et ici on parle de transparence à l’égard de tous.  Les institutions publiques, privées, des personnalités publiques, des décideurs aux différents niveaux et les journalistes eux-mêmes doivent pouvoir faire l’objet de vérifications et d’investigations afin d’éclairer le public.

La liberté de presse et le droit du public à l’information supposent la capacité pour tous les médias d’agir dès qu’ils estiment qu’une question ou un comportement méritent d’être examinés.

Dans le cas de François Bugingo, c’est une journaliste d’un autre média qui, entretenant des doutes, a choisi d’investiguer et de vérifier certaines des affirmations de celui qui intervenait à titre de journaliste spécialisé en affaires internationales. 

C’est cette faculté qu’il faut protéger et garantir. 

Sans cette capacité de pouvoir entreprendre, sans pressions, menaces ou entraves, d’enquêter et de rapporter sur ce qui se passe, il n’y a pas de presse libre. 

L’affaire Bugingo illustre comment le système médiatique québécois est en mesure de produire des révélations troublantes même sur un des membres de la « confrérie » journalistique.  C’est en soi un indice du bon fonctionnement de la régulation actuelle de la presse au Québec.

Mais la régulation de la presse demeure toujours en équilibre fragile : elle doit être continuellement observée et surtout protégée contre les tentations de miner la capacité des médias à fouiller et à révéler tout ce qui concerne l’espace public.