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Pauvre petite fille

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PARIS | À un moment donné, assis dans la galerie de presse tout juste derrière la ligne de service où tentait de s’installer Eugenie Bouchard, je me suis surpris à penser: «Pauvre petite fille».

PARIS | À un moment donné, assis dans la galerie de presse tout juste derrière la ligne de service où tentait de s’installer Eugenie Bouchard, je me suis surpris à penser: «Pauvre petite fille».

C’était 0-3 dans le deuxième set pour Kristina Mladenovic qui avait balayé le premier 6-4 après avoir eu une balle de set à 5-3.

Je regardais Eugenie Bouchard et toute sa vulnérabilité sautait aux yeux. Elle a beaucoup maigri, elle est bien musclée, mais semblait bien frêle devant les choses qui s’écroulaient autour d’elle.

Pauvre petite fille de 21 ans devenue si vite la coqueluche du tennis mondial et si perdue sur ce court de terre battue rouge de Roland-Garros.

Eugenie, ou plutôt Genie comme elle exige qu’on l’appelle, se parlait, bougeait mal, frappait des balles imbéciles qui volaient jusqu’à six pieds au-delà de la ligne de fond, complètement paniquée en réalisant que sa belle mécanique était détraquée.

Seule au monde

Il y avait 8000 spectateurs qui n’en croyaient pas leurs yeux et des millions de téléspectateurs qui la surveillaient.

Sans parler des avocats des commanditaires approchés par son agent et sa mère, sans parler des relationnistes qui ont la planète comme terrain de jeu pour vendre Genie.

Mais là, à 0-4, la fille qui venait de garrocher sa raquette sur le sol dans un geste d’humeur et de panique, Dieu qu’elle était seule.

Pas de coach pour l’aider, pas de maman pour lui dire quoi faire, pas d’agent pour la protéger d’une adversaire qui était en train de la tuer à coups d’amortis. Eugenie Bouchard devait porter sa croix jusqu’au bout.

Elle était belle, elle était célèbre, elle était riche. Mais hier dans l’air rafraîchi de fin d’après-midi à Paris, elle était une petite fille qui ne comprenait plus.

Que se passe-t-il ?

Le pire, c’est que personne ne semble avoir une réponse à cette descente aux enfers qui ne s’arrête pas. Surtout pas elle.

Eugenie Bouchard est venue faire face aux journalistes après sa sortie en première ronde du tournoi. Son visage était stoïque. Elle est restée fort correcte, mais visiblement, elle était bouleversée.

Les questions ont été polies. Elle a répondu qu’elle ne pouvait fournir d’explication. Encore hier, elle se sentait bien à l’entraînement et avant le match: «Mais je ne suis pas moi-même. Just not like myself)», a-t-elle dit.

Elle a raison. À 3-3 dans le premier set, elle frappait bien la balle même si elle commettait trop d’erreurs dès que l’engagement se prolongeait. Mais au moins, elle cognait à plat et prenait le contrôle de l’échange.

Puis, elle a concédé deux premiers amortis et tout a semblé basculer. Kristina Mladenovic n’était même pas subtile quand elle a enchaîné sept amortis gagnants de suite. Bouchard semblait perdue et réagissait en retard. Déstabilisée.

Pourtant, un amorti du revers à deux mains, c’est facile de voir qu’on le prépare. Une main lâche la raquette pendant une fraction de seconde.

Eugenie semblait prise à contre-pieds chaque fois.

Puis, impatiente, elle s’est mise à sortir les balles en fond de court ou à retourner des services dans le filet.

À 0-5, Bouchard a donné espoir à ses partisans en remontant la marque à 4-5. Mais honnêtement, la Française avait baissé la pression et commis l’erreur de croire qu’elle gagnerait facilement la dernière partie.

Quand elle s’est installée au service à 5-4 avec la foule qui scandait son surnom Kiki et qui l’encourageait bruyamment,

Mlle Mladenovic a vivement fermé les livres. Elle venait de battre facilement la sixième joueuse mondiale.

Une vive déception

En conférence de presse toujours, Eugenie a eu droit à une seule question en français.

Elle n’a pas saisi d’abord le sens d’une question à deux volets. À la reprise, c’était clair :

– Tu t’attendais à ce que cela puisse être aussi difficile une deuxième saison?

– Non. Je m’attendais à des résultats comme l’année dernière, voire meilleurs. Je réalise que ce n’est pas le cas. J’ai appris beaucoup ces temps-ci. J’ai appris à être patiente avec moi et mes résultats. J’ai compris que je pouvais avoir des moments difficiles.

Comme les AA

C’est pareil comme les A.A. Il faut d’abord reconnaître qu’on a un grave problème. C’est la première fois qu’Eugenie Bouchard est aussi réaliste devant sa situation. Hier à Paris, il n’y avait plus de superbe, plus d’arrogance. Il y avait du désarroi.

Au moins, elle est consciente que chaque lundi, il y a un tournoi qui peut lui permettre de retrouver sa voie. Les moyens, elle les a. Mais le chemin, c’est en elle qu’elle devra le trouver.

Hier, Eugenie Bouchard a peut-être touché le début du fond. En termes de tennis bien entendu. Il n’y a pas d’enfant en danger de mort malgré la défaite.

Hier, au bout du court, elle ressemblait à une pauvre petite fille. Le temps est peut-être venu de dire merci à maman, au revoir à son nouveau coach et de prendre elle-même son tennis en main.

Au moins son tennis.


À 80 % de son maximum

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PARIS | Vasek Pospisil se doutait bien que la journée serait pénible. Il y a trois semaines à Madrid, il s’est tordu la cheville. Tellement qu’on a d’abord cru qu’il s’agissait d’une fracture.

Contre Joao Sousa, un solide Portugais sur terre battue, la mission s’annonçait compromise. Et effectivement, à part un deuxième set où il a semblé faire illusion, Pospisil s’est fait traverser par Sousa.

Comme d’habitude, Pospisil était affable quand il est venu rencontrer les journalistes. Il n’a d’ailleurs pas raconté de grandes histoires: «Je me sentais à 80 pour cent de mon maximum. À ce niveau et sur une surface qui n’est pas ma favorite, je n’avais pas beaucoup de chances de gagner», a-t-il reconnu.

JOUER AVEC PRÉCAUTION

D’ailleurs, on l’a bien vu éviter certains mouvements pour protéger sa cheville blessée: «J’ai joué avec précaution. Malgré cela, je ressentais des pointes de douleur», a-t-il dit.

Il ne manque pas grand-chose à Pospisil. Il sert très bien, il a un bon coup droit, son revers croisé à deux mains est solide, il lui manque ce coup de finition qui fait la différence entre un top 40 et un top 10.

Ou bien c’est dans la tête qu’il n’y a pas assez de méchanceté.

Quand même, à moins qu’il n’aggrave cette blessure, Pospisil devrait poursuivre son boulot en double où il est deuxième favori: «Le double est moins exigeant sur ma cheville. Il y a moins de terrain à couvrir».

Ensuite, ce sera Wimbledon et la Coupe Davis contre la Belgique dans la deuxième moitié de juillet.

DANS LE CALEPIN- Pour répondre à certaines lectrices. Oui, Rafael Nadal a encore sa culotte coincée. Il doit la dégager avant chaque service. C’est pire quand il transpire.


Les carnets du major

Perdu en Skoda

PARIS | J’en revenais pas. Mon chauffeur était blanc, Français, la cinquantaine, bien élevé et poli. Marié et père de deux enfants. Il conduisait une jolie Skoda, le modèle tchèque racheté par Volkswagen. Du rassurant et du solide. Je lui ai raconté que la veille mon chauffeur s’était fourvoyé avec sa Prius et que je m’étais retrouvé sur le périphérique.

J’ai replongé le nez dans le Figaro quand j’ai entendu: «Merde!»

J’ai levé la tête pour voir quoi? L’h... de périphérique!

Quinze minutes plus tard, après être passé devant les mêmes serres que la veille, il me déposait devant la porte H réservée aux médias et avait retrouvé le sourire. Cœur sensible, je lui avais donné 25 euros pour une course de 17.

Demain, je demande une Peugeot.

Avec un vrai GPS.

L’EXERCICE D’EUGENIE

Eugenie Bouchard est venue s’entraîner hier midi pour se préparer contre son match en début de soirée. Elle n’a pas souri davantage. Faut dire que trois ou quatre heures avant un match important, ce n’est pas le temps de faire des mamours.

BOTTER LE CUL...

La manchette de l’Équipe s’étale sur huit colonnes: «Tout le monde veut te botter le cul». C’est Sam Sumyk, le coach d’Eugenie Bouchard qui donne une entrevue à Sophie Dorgan. Et Sumyk, qui a la réputation d’un surfeur indépendant d’esprit, explique qu’il a prévenu sa cliente et joueuse que tout le monde dans le circuit voulait lui botter les foufounes: «De toute façon, quand tu fais des bons résultats, tu entres dans le cercle des joueuses les plus haïes du circuit», a déjà fait part Sumyk à sa protégée..

La journaliste lui demande quand même si Eugenie n’a pas le goût de devenir une des bad girls du circuit: «Ces histoires de poignées de main... ça ne l’excuse pas, mais elle a cette naïveté de croire que ce n’est pas très grave».

Et il conclut la longue entrevue par une toute petite phrase qui en dit beaucoup: «Mon job est d’en faire une des meilleures joueuses de la planète. Le reste, je le laisse aux autres».

Les autres, dans le temps, ça commençait par Bonnie Lindros.

Ce matin, ça commence par Julie Leclair.

 

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