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Accusé à tort, il demande réparation

Accusé à tort du meurtre d’un homme âgé à Ste-Agathe, en 2008, Aaron Faucher-Laprise a passé 18 mois en détention avant d’être acquitté.
Photo agence QMI, Michel Desbiens Accusé à tort du meurtre d’un homme âgé à Ste-Agathe, en 2008, Aaron Faucher-Laprise a passé 18 mois en détention avant d’être acquitté.

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«Quand on tape mon nom sur internet, on ne voit que des articles sur mon accusation, mon procès. N’importe quel employeur qui va voir ça ne va pas m’engager. Les filles que j’approche dans les bars, elles disent qu’elles ne veulent rien savoir d’un tueur. Ç’a laissé des traces», s’insurge Aaron Faucher-Laprise, qui a été faussement accusé d’un meurtre.

La nuit du 18 au 19 mai 2008, des jeunes se sont introduits par effraction chez Paul Séguin à Ste-Agathe, dans les Laurentides, pour y commettre un vol. Ils ignoraient alors que dans la chambre, l’homme de 69 ans gisait sur le sol, assassiné peu avant. Deux d’entre eux ont dit aux policiers que seul Faucher-Laprise était entré dans l’appartement. Pourtant, ce dernier persiste et signe: il ne s’est jamais rendu chez la victime le soir du meurtre.

«Ce soir-là, j’ai passé la soirée avec ces trois gars, des connaissances. On s’est promenés, ils m’ont ramené chez moi et je me suis couché. Je ne comprends toujours pas pourquoi ils m’ont impliqué dans cette histoire, pourquoi ils m’ont fait prendre le blâme. J’ai été un bouc émissaire», peste le jeune homme, aujourd’hui âgé de 29 ans.

Il venait d’en avoir 23 lorsqu’on lui a passé les menottes et qu’on l’a envoyé en prison dans l’attente de son procès.

«Au début, je me couchais le soir dans mon lit tout habillé, avec mon manteau, sans défaire les draps. Je me disais que ça ne se pouvait pas que je reste ici», s’est-il souvenu.

Réparation souhaitée

Dans toute cette histoire, Aaron Faucher-Laprise en veut surtout aux policiers, qui auraient refusé de lui faire passer le test du polygraphe après son arrestation.

«J’ai vraiment insisté pour passer le test du polygraphe. Je ne comprends toujours pas pourquoi on me le refusait», lance-t-il.

Projets de carrière abandonnés, rupture, problèmes de consommation: ses 18 mois en prison avant d’être acquitté ont gâché sa vie, dit-il. Maintenant, il aimerait bien obtenir réparation. Il espère trouver un avocat civiliste qui voudra prendre en charge son dossier et poursuivre les autorités.

De son côté, l’avocat criminaliste qui représentait M. Faucher-Laprise lors de son procès avoue avoir été marqué par cette cause.

«Il était tellement affirmatif depuis le début qu’il n’avait rien à voir avec ce meurtre... il n’a jamais voulu qu’on négocie quoi que ce soit. Il était confiant», se souvient Me Louis Gélinas.

L’avocat est conscient que son client aurait bien pu passer sa vie en prison si le jury avait été convaincu hors de tout doute raisonnable de la théorie de la Couronne. Mais il refuse malgré tout de blâmer le procureur qui a porté les accusations.

«Il y avait quand même des témoins qui racontaient la même histoire», expose-t-il.

Considérant que des procédures judiciaires sont toujours en cours, la Sûreté du Québec et le Directeur des poursuites criminelles et pénales ont préféré ne pas commenter.

Ce qu’Aaron Faucher-Laprise a dit:

«Qu’est-ce que ça leur aurait coûté [aux policiers] de me faire passer le polygraphe dès le début? Ils auraient alors vu que ma version ne correspond pas aux autres et que je dis la vérité. Ça m’aurait épargné.»
 
«Quand j’ai été acquitté, j’ai pleuré sans bon sens. Puis ils m’ont sorti par la porte du garage du palais de justice de Saint-Jérôme. Ma mère m’y attendait. Je suis rentré chez moi.»
 
«Quand j’ai témoigné, je fixais les jurés. Je voulais qu’ils comprennent que ce n’était pas moi qui avais commis ce meurtre. J’avais confiance.»
 
«Quand ils m’ont arrêté, j’étais en train de faire un DEP en forage de diamants. Je m’en allais travailler dans le Grand Nord. En sortant de prison, mes projets sont tombés à l’eau. Je n’avais plus la motivation.»
 
«Je ne comprends pas pourquoi ils m’ont arrêté. Ils ont retrouvé de l’ADN sous les ongles de la victime. Ce n’était pas le mien. Ils m’ont accusé pareil.»
 
«Aujourd’hui, j’essaie de ne plus penser à cette histoire. Ça me ronge trop.»