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Des condos flambant neuf qui s’enfoncent tranquillement

Monique Bouchard, l’une des copropriétaires, devant l’immeuble de condos qui s’affaisse. Les signes d’enfoncement sont nombreux.
Photo Stéphan Dussault Monique Bouchard, l’une des copropriétaires, devant l’immeuble de condos qui s’affaisse. Les signes d’enfoncement sont nombreux.

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Quatre copropriétaires du quartier DIX30 ont jusqu’ici engouffré 100 000 $ en frais d’experts pour leur condo flambant neuf qui s’affaisse lentement. Une saga qui est loin d’être terminée.

«Il ne nous reste plus qu’à regarder nos condos s’enfoncer lentement dans le sol», dit Monique Bouchard, responsable du syndicat de huit copropriétaires, dont quatre ont des sous-sols qui s’affaissent, les autres étant situés à l’étage.

Pas une journée sans qu’elle se demande si le sol ne se dérobera pas sous ses pieds dans son condo.

Sous la plinthe électrique.
Photo Stéphan Dussault
Sous la plinthe électrique.

«En attendant, nous ne pouvons pas les revendre. Nous ne pouvons pas non plus faire faillite. Il ne m’est pas possible de sous-louer sans informer le locataire des risques. Je ne vois pas d’issue. Tout ça parce qu’un constructeur a bâclé son travail.»

La copropriétaire de 65 ans est aujourd’hui à court de solutions après sept ans de bataille contre son constructeur, le gestionnaire du plan de garantie des maisons neuves, un arbitre, et même ses cinq avocats, que les copropriétaires ont congédiés les uns après les autres au fil des ans.

«C’est vraiment une situation rocambolesque», se désole Me Yves Joli-Cœur, un spécialiste des problèmes de condos, qui en a pourtant vu d’autres dans sa carrière.

Une colonne à l’arrière.
Photo Stéphan Dussault
Une colonne à l’arrière.

La femme ne se doutait pas de l’enfer dans lequel elle mettait les pieds en 2008 quand elle a payé 205 000 $ ce petit quatre pièces sur deux étages situé à un jet de pierre des célèbres monster houses du quartier DIX30.

Lentement, mais sûrement

Les problèmes débutent dès la fin de la construction, en 2006. Les quatre proprios du rez-de-chaussée notent de petits écarts entre les murs et le plancher du sous-sol.

Ces retraits sont normaux après une construction, explique le promoteur Habitations Signature. On descend les quarts-de-rond, on donne un coup de pinceau et la vie est belle.

Mais après trois ans de calme, l’affaissement se poursuit par secousse. À certains endroits, la dalle de béton descend de plus de 2 cm. Et on ne sait pas où ça va s’arrêter.

En 2010, ils engagent un inspecteur, qui conclut à un «affaissement des surfaces de plancher».

Un premier avocat entre en scène. Qui se désiste. Puis le second est jugé incompétent. Le troisième facture une fortune à ne rien faire. Et ainsi de suite.

Entre-temps, en 2011, un coûteux rapport d’ingénieur conclut que le remblai a été mal choisi, mal compacté et que l’eau s’accumule dessous.

Un expert a même trouvé sous la dalle de béton un trou de deux mètres de profondeur. Après avoir investi près de 100 000 $ en frais d’avocats et d’experts en habitation, ils ont enfin des réponses.

« Grave erreur »

Alors, si c’est la faute du constructeur, pourquoi ne répare-t-il pas? Surtout que les coûts sont estimés à plusieurs centaines de milliers de dollars.

Au bas de l’escalier d’entrée.
Photo Stéphan Dussault
Au bas de l’escalier d’entrée.

Parce que les copropriétaires n’ont pas déposé leur plainte à temps au plan de garantie des maisons neuves, vient de trancher un arbitre après des années de bataille.

Ils avaient six mois à partir de la découverte de la gravité du problème pour se plaindre et ils en ont pris 10.

Monique Bouchard a beau plaider que le rapport d’inspection ne montrait pas une situation aussi grave et que le constructeur a fait traîner les travaux jusqu’à ce que le délai soit dépassé, rien n’y fait.

Cette «grave erreur», selon elle, de ne pas avoir porté plainte, les copropriétaires la paient cher aujourd’hui.

Comme s’il n’y avait pas assez de pépins, on fait aussi face à un problème d’ocre ferreuse.
Photo Stéphan Dussault
Comme s’il n’y avait pas assez de pépins, on fait aussi face à un problème d’ocre ferreuse.

La garantie étant plus restrictive, les copropriétaires se sont tournés vers la Cour supérieure, où ils demandent près d’un demi-million pour les dommages.

Mais encore là, ils en ont encore pour plusieurs années avant qu’une décision soit rendue.

«Est-ce qu’on aura l’argent pour se rendre au bout? Et si le constructeur déclare faillite après la décision, on reste pris avec rien. On est vraiment dans le trouble», peste Monique Bouchard.


La faute aux copropriétaires ou à l’entrepreneur ?

«C’est vraiment une triste histoire», dit Yves Joli-Cœur, l’avocat associé principal chez de Grandpré Joli-Cœur.

Selon lui, la faute première semble revenir aux copropriétaires eux-mêmes, qui n’ont pas dénoncé le problème dans les délais.

Il comprend que le constructeur peut avoir commis une faute en épandant un remblai inadéquat. Il se peut aussi que ce constructeur ait manipulé ses clients en étirant les discussions pour dépasser le délai maximum de six mois pour dénoncer le problème. Mais il revenait aux administrateurs du syndicat de condos de porter plainte dans les temps. Ce qu’ils n’ont pas fait.

«J’espère que le syndicat de condos est assuré contre les fautes et les omissions», dit-il.

Le promoteur et constructeur Habitations Signature se défend bien d’avoir floué ses clients.

«Chaque fois qu’on s’est entendu avec un de leurs avocats, ils l’ont changé», dit au Journal Normand Lamoureux, actionnaire principal de l’entreprise.

«Si on est responsable, on va réparer. Mais les copropriétaires ne veulent pas qu’on passe faire nos propres tests», ajoute-t-il.

«Après toutes ces années à se faire niaiser par eux, on ne leur fait plus confiance», répond Monique Bouchard.

En cour

Avec cette discussion de sourds, on risque donc de se retrouver en Cour. Un choix qui satisfait M. Lamoureux, qui ne fait pas confiance au processus d’arbitrage du plan de garantie.

«C’est pour ça qu’on a contesté les délais. On ne voulait pas subir la décision d’un arbitre, qui n’est pas un expert», dit-il.

En attendant de régler le litige, les condos sont impossibles à vendre. Même Normand Lamoureux en est bien conscient.

«Mais on n’est pas le mauvais constructeur qui est ici dépeint. On a construit 2000 unités dans le DIX30. Si on était si mauvais, ça ferait longtemps que ça se saurait.»

 

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