/news/green
Navigation

Le Québec parmi les pires pour la protection des milieux marins

Coup d'oeil sur cet article

Avec à peine plus de 1 % de territoire marin protégé, le Québec est un cancre mondial de la protection marine qui laisse libre cours à l’exploitation des ressources jusqu’au cœur de ses parcs marins, révèle un rapport pancanadien.

Il y a seulement deux parcs marins au Québec. Même l’Arabie saoudite ferme plus de zones que nous», dénonce Patrick Nadeau, biologiste et directeur général de la Société pour la nature et les parcs (SNAP) au Québec.

Des parcs alibis

Dans un rapport obtenu par Le Journal et rendu public aujourd’hui, la SNAP trace un portrait noir de nos grands espaces bleus. Le Québec protège actuellement 1,3 % de son territoire marin, alors qu’il s’est engagé internationalement à en mettre 10 % à l’abri d’ici la fin de cette année.

Pire, les rares aires protégées qui existent sont en fait de véritables passoires où l’on permet la pêche, mais aussi l’exploitation pétrolière et gazière.

Et ce phénomène est pancanadien. D’un océan à l’autre, à peine 0,11 % des aires protégées marines canadiennes excluent complètement l’exploitation des ressources naturelles, a découvert la SNAP.

Un état des lieux qui ne dit rien qui vaille pour le rétablissement des stocks de morue, qui n’ont pas pris du mieux depuis l’imposition d’un moratoire sur la pêche il y a 23 ans.

Protéger pour l’économie

«L’objectif n’est pas de nuire à l’économie en fermant des zones, mais de laisser aux poissons des endroits où ils pourront se reproduire pour qu’ils puissent justement faire rouler l’économie», explique M. Nadeau.

Actuellement, «on est doublement perdants parce qu’on investit temps et argent dans la création d’aires protégées qui probablement ne sont pas efficaces», poursuit le biologiste.

Dans un rapport dévoilé en novembre, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) s’inquiétait justement que trop de gouvernements créent des aires protégées «de papier» ou «alibis» pour gonfler les statistiques.

Il y a encore beaucoup de travail à faire pour s’assurer «que les aires protégées ont un impact réel pour la conservation et sont bénéfiques aux populations, à l’économie et à l’environnement», déclarait James Hardcastle du Programme mondial de l’UICN pour les aires protégées.

Le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent est un des rares parcs marins canadiens qui répondent aux normes de l’UICN. Très permissif, il est toutefois loin de figurer sur la liste des mieux gérés au monde, qui compte des parcs français, colombiens et australiens, mais aucun canadien.


Aires protégées contre puits de pétrole

Obnubilé par le potentiel pétrolier du golfe du Saint-Laurent, le Québec traîne les pieds face à des projets de parcs marins qui feraient de lui un chef de file canadien de la protection des océans, dénonce la Société pour la nature et les parcs (SNAP).

«Nos décideurs sont aveuglés par le potentiel pétrolier et gazier dans le golfe du Saint-Laurent», se désole Patrick Nadeau, biologiste et directeur général de l’organisation au Québec.

Îles-de-la-Madeleine

Le projet de parc marin des Îles-de-la-Madeleine a par exemple fait l’objet d’un accord entre Ottawa et Québec en 2011, mais il ne s’est toujours pas concrétisé. «C’est au stade de projet depuis 10 ans», souffle M. Nadeau.

La zone de 17 000 km2 est d’une haute importance écologique, selon la Commission de coopération environnementale, puisqu’il s’agit d’un garde-manger et d’une pouponnière pour plusieurs espèces de poissons, mammifères et oiseaux marins, mais également pour la tortue luth, espèce en déclin.

Le plateau madelinien est toutefois situé non loin du gisement pétrolier Old Harry. Or, un rapport du commissaire fédéral à l'environnement a prévenu en 2013 que l’État serait incapable d’empêcher une gigantesque marée noire dans le secteur si un accident sur une platefor­me de forage devait survenir.

Cacouna et Gaspésie

Québec et Ottawa ont également dans leurs cartons le projet d’aire protégée de l’estuaire du Saint-Laurent qui englobe Cacouna, où TransCanada voulait implanter un terminal pétrolier.

Ce projet de parc de 6000 km2 dans l’habitat du béluga est sur la table des ministères depuis 1998 et a fait l’objet de consultations publiques en 2004. Mais il demeure au point mort.

Seul le projet de parc marin de la Gaspésie, que pilote Ottawa, avance, indique M. Nadeau. «Il y a transparence des parties prenantes. Ça ne va probablement pas se concrétiser cette année, mais ça devrait se faire», se réjouit-il.

 

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.