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Compressions : la lutte au décrochage menacée

Un expert tire la sonnette d’alarme

Étudiant
Photo d’archives

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Michel Perron, un des plus grands experts québécois en matière de décrochage scolaire, tire la sonnette d’alarme: il craint que les jeunes qui abandonnent l’école soient plus nombreux au cours des prochaines années en raison des compressions.

Préoccupé au plus haut point par l’impact de ces coupes, M. Perron est sorti de sa réserve habituelle mercredi. Dans une lettre ouverte destinée au premier ministre, Philippe Couillard, il fait «un appel solennel au gouvernement du Québec pour qu’il se ressaisisse pendant qu’il est encore temps». Si rien n’est fait, le taux de diplomation, qui était en augmentation au cours des dernières années, «peut reculer rapidement», affirme-t-il en entrevue au Journal.

Un organisme phare menacé

D’importantes coupes dans le financement du Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire (CRÉPAS) sont à l’origine de ce cri du cœur.

M. Perron est le fondateur de cet organisme qui, depuis une vingtaine d’années, a réussi a faire diminuer considérablement le décrochage scolaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean, devenant du même coup un modèle pour l’ensemble de la province.

Le CRÉPAS était financé en partie par la Conférence régionale des élus et le Forum jeunesse de la région, qui sont tous deux abolis. L’organisme, qui compte présentement huit employés à temps plein, devra fonctionner avec trois employés à temps partiel d’ici quelques mois, soit une réduction d’environ 80% de son personnel.

«La situation est très sérieuse. C’est l’avenir de l’organisation qui est menacée», affirme M. Perron, sociologue à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Ce dernier ne s’inquiète pas seulement pour sa région. Le modèle développé par le CRÉPAS, qui s’appuie sur la mobilisation de tous les acteurs d’une région pour lutter contre le décrochage, est aussi menacé dans d’autres régions du Québec, affirme-t-il.

En Abitibi-Témiscamingue, l’organisme qui jouait un rôle semblable a aussi été aboli.

Avec ces compressions, le gouvernement met en péril son propre plan de lutte au décrochage scolaire, souligne M. Perron. Lancé en 2009, cette stratégie gouvernementale repose en grande partie sur la mobilisation des acteurs régionaux, à l’image de ce que fait le CRÉPAS depuis 20 ans.

«Les solutions toutes faites venues d’en haut ne peuvent fonctionner avec une problématique aussi complexe que la persévérance scolaire. La couleur locale est très importance», explique M. Perron.

Les élèves en difficulté les plus touchés

Cet expert estime par ailleurs que ce sont les élèves en difficulté qui seront les plus touchés par les coupes en éducation. M. Perron vit cette réalité de près puisque son petit-fils, qui est autiste, sera privé l’an prochain en grande partie des services d’un éducateur spécialisé auxquels il avait droit cette année.

«Je demande au gouvernement de ne pas laisser des enfants sur le bord du chemin, ajoute-t-il. Il s’agit d’élèves qui sont capables de réussir.»