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Le banquier devenu vigneron

ARG-LÉON COURVILLE
PHOTO MICHEL ST-JEAN, AGENCE QMI

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Léon Courville aurait pu arpenter les terrains de golf au quotidien pour améliorer son jeu, comme le font plusieurs retraités. Mais il a préféré se lancer en affaires en fondant son vignoble sur sa terre du Lac-Brome, il y a une quinzaine d’années.

Pour l’économiste, autrefois président de la Banque Nationale, il n’y a pas d’âge pour devenir entrepreneur. Le retour à la terre du vigneron de 70 ans est plutôt réussi. L’an dernier, il a vendu 70 000 bouteilles à son vignoble et à la SAQ.

«L’écart entre le salaire des travailleurs et des dirigeants s’est trop creusé. Ça entraîne des tensions dans certains pays.» –Léon Courville

Dans son refuge des Cantons-de-l’Est, l’entrepreneur s’intéresse toujours à l’économie et à la finance. Il estime notamment que les hauts dirigeants empochent trop d’argent.

Comment êtes-vous passé de banquier à vigneron?

«Le monde du vin m’intéressait et j’avais un esprit d’entrepreneur. Quand tu es banquier, tu n’es pas un entrepreneur mais plutôt un bureaucrate de prestige entouré de nombreuses personnes. J’avais la graine entrepreneuriale en moi, quand j’étais prof à HEC, j’étais aussi consultant, sauf que je n’avais jamais laissé la graine germer. Mais le monde du vin est complexe. La viticulture est une agriculture sophistiquée et la transformation en vin relève de la chimie.»

Est-ce que les Québécois consomment assez de vins produits ici?

«Il y a encore des préjugés. Des gens ne veulent même pas goûter. Les gens qui disent connaître le vin achètent beaucoup les étiquettes. Pour les soi-disant spécialistes du vin, il y a plus de distance entre Montréal et Bromont qu’entre Montréal et Bordeaux. Il faut goûter car la vérité est dans le verre. Par contre, il y a un changement d’attitude. Les 18 à 40 ans en achètent beaucoup.»

Pourquoi souhaitez-vous que Québec adopte le projet de loi 395?

«Les vignobles québécois doivent pouvoir vendre leurs produits dans les épiceries locales. Les marchands locaux peuvent pousser nos produits contrairement à la SAQ qui les met seulement en valeur, depuis peu. Je dois cependant reconnaître que la SAQ s’est réveillée depuis qu’Alain Brunet est président. Il a pris le dossier en main. Le vin produit au Québec génère des retombées d’au moins 6,50 $ la bouteille. Le vin étranger seulement 80 cents.»

Que pensez-vous de l’austérité libérale?

«Ce n’est pas de l’austérité parce que des budgets augmentent. On avait un problème et on ne pouvait pas continuer comme ça. Si les taux d’intérêt augmentaient de 2 %, tous les efforts actuels seraient à recommencer. Une chance que l’intérêt sur la dette publique est faible en ce moment. Si les taux montent, la dette est une bombe à retardement comme la dette des particuliers. En 1982, Parizeau a baissé le salaire des fonctionnaires de 18 %. C’est bien pire que ce qui se passe, présentement.»

De 2008 à 2013, la paie des PDG canadiens les mieux payés a grimpé de 25 %. Celle des travailleurs de 12 %. La richesse est-elle bien répartie?

«Cette situation n’a aucun bon sens. C’est un gros problème social qui aura des conséquences sur la stabilité économique à long terme. Comme les salaires sont publics, les dirigeants ne veulent pas être en bas de la moyenne. Cela dit, ce n’est pas vrai qu’ils ne travailleraient pas pour moins d’argent. L’écart entre le salaire des travailleurs et des dirigeants s’est trop creusé. Ça entraîne des tensions dans certains pays.»


Qui est-il ?

Léon Courville
 
Léon Courville exploite le vignoble Léon Courville. Il est vigneron depuis qu’il a quitté la présidence de la Banque Nationale, en 1999. Auparavant, il avait été l’économiste en chef de l’institution. M. Courville détient un doctorat en économie de l’Université Carnegie-Mellon. Il a enseigné à HEC Montréal avant de joindre la Banque Nationale, en 1984. Le vigneron a renoué avec HEC, il y a quelques années, à titre de professeur associé. Il siège aussi sur quelques conseils d’administration dont celui de PSP Investissements.