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Des enfants privés de viande

Un CPE de Laval adopte un régime végétarien en raison des compressions budgétaires

La responsable de la cuisine au CPE Les P’tits soleils de Ste-Dorothée, Suzanne Klokars, déploie chaque jour des trésors d’imagination pour apprêter des dîners végétariens qui soient à la fois alléchants et plus économiques.
Photo sarah-maude lefebvre La responsable de la cuisine au CPE Les P’tits soleils de Ste-Dorothée, Suzanne Klokars, déploie chaque jour des trésors d’imagination pour apprêter des dîners végétariens qui soient à la fois alléchants et plus économiques.

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Les enfants d’une garderie lavalloise sont presque totalement privés de viande depuis plus de trois mois parce que leur CPE n’a plus assez d’argent pour en acheter en raison des compressions budgétaires.

Terminés les boulettes de viande hachée, les pains de viande ou les pâtés au poulet pour les quelque 105 enfants du CPE Les P’tits soleils de Ste-Dorothée, à Laval.

Depuis le mois de mars, le centre de la petite enfance offre presque exclusivement des menus végétariens aux enfants, qui sont tous âgés de moins de 5 ans.

La petite Charlie-Rose Leclerc, âgée de 2 ans, mange du macaroni au tofu.
Photo sarah-maude lefebvre
La petite Charlie-Rose Leclerc, âgée de 2 ans, mange du macaroni au tofu.

«C’est frustrant de couper la viande aux enfants. On n’est pas totalement végétarien, mais vraiment pas loin. Nous n’avons pas eu le choix avec les compressions budgétaires. On était dans le trou. On ne savait plus où couper», explique la directrice générale, Sylvette Mousset.

Choix difficile

Cette dernière affirme que son établissement a subi des coupes d’environ 80 000 $ au cours des deux dernières années et elle en appréhende une autre en 2015-2016.

«Nous avons vraiment tout essayé avant d’en arriver là. Nous avons coupé un poste de cadre et nous avons organisé des levées de fonds pour payer notre matériel pédagogique», affirme Mme Mousset.

«La nourriture est un poste budgétaire important pour nous. Ça représente 70 000 $ à 80 000 $ par année. En remplaçant la viande par des substituts comme des pois chiches, on réalise des économies.»

Enfants résignés

La transition ne s’est pas sans heurts pour les parents et les enfants qui fréquentent ce CPE et qui ont dû apprendre à découvrir des plats comme des bâtonnets de tofu grillés aux fines herbes ou un pâté chinois aux lentilles.

La viande, qui faisait partie du menu de deux à trois fois par semaine, est maintenant servie une fois par semaine, parfois moins.

Sylvette Mousset, Directrice générale
Photo sarah-maude lefebvre
Sylvette Mousset, Directrice générale

«Il a fallu s’adapter. La responsable de la cuisine a présenté la salade de betteraves comme une salade de bonbons aux enfants, pour la faire mieux passer à leurs yeux. Tous les parents n’étaient pas d’accord au départ, mais ils ont compris», soutient Mme Mousset.

La semaine dernière, l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) a dénoncé vivement les compressions de 74 M$ imposées cette année aux services de garde et qui s’ajouteraient aux coupes de plus de 400 millions $ que le réseau a dû absorber depuis 2006.

Des parents mécontents

Les parents des enfants qui fréquentent le CPE Les P’tits soleils de Ste-Dorothée digèrent bien mal le fait que leur garderie doive couper la viande dans les menus.

«Ça me tue, mais le CPE n’a pas d’autre choix. La directrice ne peut quand même pas diminuer la consommation d’électricité à la place», lance Marie-Sol Vaudreuil.

Membre du conseil d’administration du CPE, Mme Vaudreuil affirme ne pas être contre le fait que les enfants – y compris son fils de 5 ans – adoptent un régime végétarien. «Ça ouvre leur horizon. Ça fait du bien de manger autre chose que du pâté chinois.»

Pas 100 % végé

Néanmoins, cette dernière admet qu’elle a fait partie des parents qui étaient contre le retrait complet de la viande aux menus du midi.

«C’est important pour moi que les 4 groupes alimentaires soient sur le menu. Là, il y a encore de la viande de temps en temps. C’est un bon compromis», affirme Mme Vaudreuil.

Valérie Therrien est éducatrice à la garderie. Sa fille de 16 mois fréquente aussi l’établissement. «Ma fille peut en manger à la maison de la viande, alors ça me va. Ce qui me dérange, c’est que le CPE soit obligé d’en arriver là. »

Le végétarisme bientôt incontournable ?

Les repas végétariens sont non seulement bénéfiques pour les enfants, mais ils pourraient aussi bientôt devenir un incontournable pour les familles dont le budget est serré, affirme la nutritionniste Stéphanie Côté.

«Un enfant peut être végétarien et grandir en santé. La consommation de viande n’est pas essentielle. Les lentilles, les pois chiches, les haricots et le tofu sont de bons substituts», affirme-t-elle.

Un menu bien pensé

Le Journal a récité à Mme Côté le menu pour deux semaines du CPE Les P’tits soleils de Sainte-Dorothée.

«Ça m’apparaît très équilibré. C’est un menu réfléchi et complet», a-t-elle commenté.

Selon cette dernière, il ne serait pas impossible de voir d’autres garderies ou même des familles imiter l’exemple du CPE et adopter un menu végétarien.

«D’abord, c’est bon pour le budget, car la viande coûte cher. Ensuite, son coût énergétique étant très élevé, le fait de consommer moins de viande aide aussi l’environnement. C’est bénéfique pour tout le monde.»

Les dîners servis au CPE Les P’tits soleils de Ste-Dorothée

Avant l’implantation de la diète végétarienne

  • Pâté au poulet et salade de chou
  • Boulettes suédoises et pommes de terre aux champignons crus
  • Pain de viande à la sauce tomate, accompagné de légumes vapeurs
  • Dindon à la thaïe avec vermicelles de riz
  • Ragoût automnal
Depuis l’implantation de la diète végétarienne
  • Bâtonnets de tofu grillés aux fines herbes avec orge pilaf
  • Ragoût de légumes et de pois chiches servi avec de la semoule de blé
  • Pâté chinois, mi-bœuf et mi-lentilles
  • Tofu Teriyaki et légumes avec nouilles aux œufs
  • Macaroni au tofu
Tous les repas sont servis avec un dessert (yogourt ou fruit) et du lait.