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Éducation : la farce du rapport de Raymond Chabot

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Au nom de l'élémentaire respect du monde, faudrait que l'actuel ministre libéral de l'éducation, monsieur François Blais, qui, dans le temps portait à gauche et préconisait un revenu de citoyenneté à tous, arrête de se servir comme prétexte idéologique afin de couper des dizaines de millions de dollars dans le budget de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), du fameux rapport téléguidé de la firme comptable. 

Comme si c'était parfaitement objectif et totalement indépendant

À en croire monsieur Blais et ses acolytes libéraux, le rapport comptable s'apparente à la parole d'Évangile, ce qui est loin d'être le cas. Tous les trucs sont bons : Ben, c'est un consultant, un comptable agréé, un universitaire, un expert, etc. qui le dit, c'est donc scientifique. Finie la discussion même avant qu'elle commence.

Des commissions, tables et comités sous influence
Voyons donc, comme c'est toujours le cas avec les libéraux de Philippe Couillard, la fin démagogique justifie les moyens, que ce soit comme dans le cas de sa fameuse «table d'experts étrangers pro-pétrole» (Le Devoir, 8 juin 2015) c'est-à-dire des représentants de l'industrie et leurs franchisés; de ses commissions bidons sur la fiscalité et sur la révision des programmes avec la nomination «d'experts» provenant du milieu bancaire et comptable et d'économistes universitaires d'extrême-droite qui eux aussi, comme les libéraux et tout à fait au hasard, sont des fanatiques d'une hausse musclée de la TVQ, de la tarification en abondance des services publics et de légitimes baisses d'impôts sur le revenu profitant au gratin et enfin, de sa future commission sur les paradis fiscaux et et pourquoi ne pas y inclure les abris fiscaux et les pratiques fiscales «imaginatives» qui flirtent avec l'illégalité et qui sont carrément immorales surtout en ces temps de supposée austérité, sauce libérale. Tiens, pourquoi pas un comité sur l'abolition de 500 millions de subventions aux riches écoles privées?

Oui, vous avez bien lu, j'ai bien dit d'économistes universitaires ultralibéraux comme Claude Montmarquette de l'organisme de recherche Cirano, beaucoup financé par le privé qui est : «Un économiste qui se méfie de l'État» (Le Presse, 22 février 2001) et aussi Robert Gagné des HEC qui est favorables à : «Hausser la TVQ à 18% pour sortir le Québec du rouge» (Journal de Montréal, 29 janvier 2014). Rouge dans le sens de faillite et le monsieur qui se méfie de l'État fait par contre preuve d'une fraternelle confiance au privé qui finance leurs patentes universitaires. Même Jojo Savard aurait pu prédire à l'avance les conclusions et les recommandations de ces commissions, tables et comités paquetés et blindés d'hypocrisie.

Un consultant privé embauché et payé par qui?
Voyons donc, c'est toujours comme ça que ça marche. Les gouvernements embauchent des consultants privés grassement payés par des fonds publics qui sont proches du parti au pouvoir, afin d'appuyer sur des supposés fondements professionnels objectifs et indépendants leurs préjugés qui vont permettre de sabrer dans les services publics. Un consultant privé, comme la firme comptable Raymond Chabot Grant Thornton, embauché à gros prix par son client, en l’occurrence le Parti libéral du Québec au pouvoir, va arriver à quoi comme conclusion vous pensez? Pensez-vous vraiment qu'il va aboutir à des conclusions contraires aux volontés du PLQ? Que Raymond Chabot, au contraire du gouvernement, va recommander de ne pas couper dans les services aux élèves en difficultés d'apprentissage; dans les services et les sorties comme dans l'achat de livres et de repas servis aux plus pauvres; de ne pas augmenter le nombre d'étudiants par classe et que la CSDM n'a aucune marge de manœuvre et est assez bien administrée? Si vous pensez ça, vous avez de gros problèmes et je vous conseillerais de consulter. Pour Raymond Chabot Grant Thornton, le gouvernement est un gros client lucratif. Et s'il veut continuer à recevoir d'autres juteux contrats de consultation, que doit-il faire selon vous? Oh, surprise, la CSDM est mal gérée selon l'expert consulté, on peut donc couper les vivres sans toucher aux services aux élèves. À la CSDM, on pourrait peut-être appliquer la méthode Toyota qu'Yves Bolduc voulait adopter en santé.

Pourquoi pas nommer et mandater un directeur parlementaire du budget?
Philippe Couillard qui se targue d'être un modèle, entre autres, de transparence, pourquoi ne fait-il pas comme à Ottawa, en Ontario et à d'autres endroits dans le monde, en nommant un directeur parlementaire du budget indépendant des politiciens et des groupes de pression comme l'est le vérificateur général du Québec et d'Ottawa qui pourrait, comme il le fait déjà partout ailleurs, effectuer des études indépendantes sur le fonctionnement de nos sociétés d'État, des ministères, des services publics et sur les tenants et aboutissants des politiques fiscales, économiques et sociales du gouvernement. Mais non, c'est justement ce que ne veulent pas les Couillard, Coiteux, Leitao, Barrette, Blais et cie qui désirent continuer à carburer avec leurs dogmes et à intoxiquer les gens en embauchant ou en faisant appel à des consultants et à des experts extérieurs qu'ils nous présentent faussement comme des spécialistes neutres et sans aucune attache politique et idéologique, alors que dans les faits, ils sont des affichés.

Comptables professionnels et paradis fiscaux

Eh oui, les bureaux comptables comme Raymond Chabot sont ceux-là mêmes qui conseillent leurs riches clients sur comment sauver de l'impôt sur le revenu en ayant recours à des pratiques fiscales immorales qui devraient être considérés comme illégales, surtout en cette prétendue période d'austérité et de manque d'argent du gouvernement. Eux y connaissent ça les paradis fiscaux. Et après, nos élus les embauchent afin de faire le point sur comment assainir les finances publiques. Comme le disait justement l'actuel ministre de l'éducation François Blais à propos des grèves étudiantes qu'il avait qualifié de «dérapage démocratique» et bien moi je dis qu'il se trompe. Le dérapage démocratique, c'est plutôt se moquer de la population en embauchant des «rubber stamps» comme Raymond Chabot et d'essayer de nous faire avaler que leurs rapports de consultation découlent toujours d'observations, de conclusions et de recommandations hautement objectives, scientifiques et indépendantes, Il en fait de même pour l'embauche de commissaires franchisés sur les commissions sur la révision des programmes et sur la fiscalité. Mes amis, dans l'évasion fiscale dans les paradis fiscaux, il y a toujours la présence de firmes comptables, d'avocats et de banques. Tous du ben bon monde.

Des lobbyistes en bonne et due forme
Comme les gros bureaux d'avocats, qui embauchent régulièrement d'ex-ministres et d'ex-premiers ministres, les firmes comptables agréés s'apparentent à plusieurs égards à des lobbyistes déguisés. C'est pourquoi les politiciens aiment bien retenir leurs précieux services à titre de consultants experts sur le bras de la collectivité. Vous croyez que je divague et bien jugez-en par vous-même par la description de tâche décrite par Nathalie Normandeau, elle-même qu'elle allait accomplir chez Raymond Chabot Grant Thornton : «Il va de soi que mes connaissances de l'appareil gouvernemental et des régions du Québec, de leurs particularités et de leurs enjeux économiques et politiques, profiteront aux clients des quatre coins du réseau de Raymond Chabot Grant Thornton, réparti dans plus de 90 bureaux» (Le Devoir, 14 janvier 2012). Ça ressemble pas ça à du lobbyisme?  Et après, le PLQ engage cette même firme de comptable très proche du parti à titre de consultant afin de jeter un regard «objectif» sur nos services publics et sur nos instruments collectif. Le rapport de Raymond Chabot sur la gestion de la CSDM faut prendre ça avec des pincettes mes amis.