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Roy Dupuis cherche des histoires qui l’allument

Roy Dupuis cherche désormais des propositions de film qui l’emballent vraiment.
Photo Journal de Montréal, Ben Pelosse Roy Dupuis cherche désormais des propositions de film qui l’emballent vraiment.

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Si Roy Dupuis s’est fait plus discret récemment au cinéma, c’est parce qu’il se montre désormais plus exigeant avec les histoires qu’on lui propose: «Pour que j’aie envie de travailler, il faut que le scénario me réveille et me donne vraiment le goût de le faire», admet l’acteur en entrevue au Journal.

Cet enthousiasme pour un projet, Roy Dupuis l’a tout de suite senti en lisant le scénario du film québécois Le bruit des arbres, qui a pris l’affiche hier et qui sera présenté en compétition officielle lundi au Festival de Karlovy Vary, en République Tchèque.

L’acteur de 52 ans y joue le rôle de Régis, un propriétaire d’une scierie du Bas-Saint-Laurent qui a du mal à transmettre sa passion pour le bois à son fils adolescent (Antoine L’Écuyer) qui préfère consacrer son temps à sa voiture et à la culture hip hop.

«Il faut que l’histoire vienne me chercher et c’est arrivé dans ce cas-ci», explique Dupuis.

«C’est un film sur l’univers d’un jeune en région. C’est une problématique qui a sûrement toujours existé, mais qui s’est probablement accentuée au cours des dernières années par le fait que les jeunes ont facilement accès aux dernières modes, musiques et tendances, avec l’accès à l’information. Pour mon personnage, c’est quelque chose de totalement incompréhensible. Lui, c’est un homme de la terre, un agriculteur forestier qui est très respectueux de la nature. Il est inquiet parce qu’il sent qu’il ne réussira probablement pas à transmettre ces valeurs à son fils.»

Le bruit des arbres est le premier long-métrage de fiction de François Péloquin, un ancien concurrent de l’émission La course 97-98 de Radio-Canada qui a jusqu’ici travaillé en documentaire et en publicité. Dupuis dit avoir été séduit par son approche.

«J’ai particulièrement aimé le fait qu’on ait tourné beaucoup de scènes en plans-séquences», souligne l’acteur.

«J’adore travailler de cette façon. C’est quelque chose qui appartient au cinéma parce que c’est difficile à vendre à la télé. Pour bien apprécier un plan-séquence, il faut que ce soit sur grand écran pour pouvoir apprécier l’émotion dans les regards. Et en tant qu’acteur, j’aime ça. On part la scène et on se rend jusqu’au bout. C’est tripant.»

S’investir à fond

Roy Dupuis ne s’en cache pas: contrairement à une certaine période où il était omniprésent au petit et au grand écran, il a passé beaucoup moins de temps sur les plateaux de tournage au cours des deux dernières années. Et c’est par choix. Comme la plupart des scénarios qu’on lui a offerts ne l’ont pas entièrement convaincu, l’acteur a préféré se montrer patient et attendre les projets qui l’allument vraiment.

«J’ai de moins en moins envie de jouer alors, les scénarios viennent vraiment me chercher pour que j’accepte. Je me dis que tant qu’à m’embarquer dans un projet, autant le faire dans quelque chose pour lequel j’ai le goût de m’investir à fond. Et souvent, ce sont des histoires qui sont racontées différemment qui m’attirent. C’est arrivé avec Le bruit des arbres, mais aussi l’année d’avant avec Ceci n’est pas un polar. Dans les deux cas, ce sont des premiers films, dans lesquelles les cinéastes avaient choisi des façons plus personnelles et différentes de raconter leur histoire.»

Heureusement, Roy Dupuis a récemment eu le coup de foudre pour deux scénarios qui devraient lui permettre de retrouver les plateaux de tournage d’ici la fin de l’année. L’acteur a accepté de jouer dans un western post-apocalyptique québécois qui pourrait être tourné cet automne, mais aussi dans le premier long métrage du comédien Jean-Pierre Bergeron, qui mettra également en vedette Guylaine Tremblay et Emmanuel Bilodeau.

♦ Le bruit des arbres a pris l’affiche hier.

Une chronique estivale sur l’adolescence 

Pour son premier long-métrage de fiction, le cinéaste québécois François Péloquin a choisi de poser sa caméra sur l’errance de la jeunesse en région.

Scénarisé avec Sarah Lévesque, son film Le bruit des arbres raconte l’histoire du jeune Jérémie, 17 ans, qui vit dans un village du Bas-Saint-Laurent avec son père Régis (Roy Dupuis). Ce dernier aimerait voir Jérémie travailler à ses côtés dans la scierie familiale, mais l’adolescent préfère plutôt sa voiture, le hip hop et les virées avec ses amis.

«Je voulais avec le film souligner l’importance de la culture régionale», indique François Péloquin en entrevue.

«Pour moi, la vraie culture québécoise est ancrée en région. Mais on ne donne malheureusement pas beaucoup de visibilité à la région dans les médias. Ce qui fait que les jeunes en région ne voient pas où ils peuvent se reconnaître. Ils vont donc s’identifier à la culture américaine qui est colportée dans les médias ou dans les vidéoclips de musique plutôt que d’apprendre à vivre comme leurs parents vivaient.»

François Péloquin décrit son film comme une «chronique estivale» sur l’adolescence: «L’adolescence est un beau moment de flou et d’incompréhension, mais c’est aussi un moment où on tourne le dos à nos racines. Pour moi, l’analogie de l’adolescence fonctionne bien avec la culture québécoise en ce moment. J’ai l’impression que le Québec tourne le dos à ses racines.»

30 scènes

Sur le plan cinématographique, le cinéaste a adopté une approche minimaliste en écrivant un scénario qui se résumerait en une trentaine de scènes seulement.

«On a voulu travailler des moments plus longs, plus étoffés dans lesquels les personnages se révèlent davantage», explique-t-il.

«Les personnages du film ne sont pas qu’au seul service de l’histoire. On les voit vivre dans le film. J’aime m’installer sur un banc de parc et regarder les gens vivre et j’ai voulu donner cette impression avec le film.»

Tourné dans la région de Matane l’an passé, Le bruit des arbres est passé tout près d’être retenu au Festival de Cannes. Le film a notamment attiré l’attention des programmateurs de la section parallèle La Semaine de la critique, qui se consacre aux premières œuvres. Mais c’est finalement au Festival de Karlovy Vary, en République tchèque, que le long-métrage de François Péloquin lancera sa carrière internationale.

«J’entends beaucoup de belles choses sur le festival de Karlovy Vary mais je suis particulièrement emballé par le fait qu’on me dise que c’est un public très jeune et très cinéphile, admet François Péloquin. Pour moi, Le bruit des arbres est un film sur la jeunesse et c’est important que les jeunes le voient.»