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Dis-moi qui tu réprimes

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Le caractère antidémocratique de ce qu’on appelle le profilage «racial» fait consensus au Québec jusqu’au sommet des forces policières.

Le caractère antidémocratique de ce qu’on appelle le profilage «racial» fait consensus au Québec jusqu’au sommet des forces policières.

Sur son site web, le Service de police de la Ville de Montréal en donne même une définition précise :

« Toute action de personnes en situation d’autorité qui appliquent une mesure de façon disproportionnée sur des segments de la population du fait, notamment, de leur appartenance raciale, ethnique ou nationale ou religieuse, réelle ou présumée ». Voilà qui est clair.

Or, depuis le Printemps étudiant, un autre mode de profilage, celui-là « politique », s’installe au Québec. Tout aussi antidémocratique, le profilage politique prolifère grâce au silence complice des autorités policières et l’approbation tacite de la plupart des élus, tous paliers confondus.

Depuis 2012, il ne manque pas au Québec de manifestants qui, dans les faits, ont été ciblés par la police uniquement pour leurs idées politiques. Contrairement aux manifs syndicales protégées par leur propre force organisationnelle, les « simples » manifestants qui osent exprimer leur opposition à une politique gouvernementale l’ont pas mal plus dur.

Ceux-là risquent l’arrestation arbitraire, l’encerclement par « souricière », des amendes salées et parfois même, de la violence physique.

Bref, dis-moi qui tu réprimes et je te dirai qui tu es.

Abus de pouvoir

Dans un rapport récent et étayé, la Ligue des droits et libertés fait état d’une répression policière et politique étendue. De 2011 à 2014, près de 6000 arrestations ont eu lieu dans des manifs pour la plupart pacifiques.

Le profilage politique, c’est avant tout une histoire d’abus de pouvoir. C’est une volonté à peine voilée de faire taire toute dissidence jugée trop « dérangeante » par les autorités du jour.

C’est pourquoi je persiste sur ce constat désolant : le Québec est devenu un des États avancés où la liberté de réunion pacifique, pourtant protégée par nos chartes des droits, est la plus réprimée.

L’opinion publique reste néanmoins de glace. Nous régressons socialement sans même en avoir la moindre conscience.

Une première

Un poing vient toutefois de se poser sur la table de notre indifférence collective. Vendredi, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) déposait une poursuite contre la Ville de Québec et sa force policière pour le profilage politique de trente-six personnes. Lesquelles, en avril 2012, furent arrêtées lors d’une manifestation féministe et pacifique contre la hausse des droits de scolarité.

Cette première cause de profilage politique portée par la CDPDJ devant le Tribunal des droits de la personne marquera l’Histoire. Hier, en conférence de presse, certaines des victimes disaient espérer voir cette cause mener un jour à la fin de la répression policière et politique.

En plus des « dommages moraux et punitifs » réclamés pour les victimes, la Commission propose d’ailleurs d’obliger les dirigeants de la police à suivre une formation spéciale sur les droits fondamentaux, « notamment le droit à la liberté d’expression sans discrimination ».

Quarante ans après l’adoption de la Charte québécoise des droits et libertés, qu’on en soit réduit à devoir « former » de hauts dirigeants à respecter nos droits fondamentaux en dit long sur la régression politique que vit le Québec.