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Le Canada perd des plumes à l’international

Le pays n’est plus aussi bien vu qu’avant à l’étranger, selon plusieurs experts

Le Canada perd des plumes à l’international

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Le Canada a perdu ses lettres de noblesse sur la scène internationale sous le gouvernement Harper, blâment plusieurs experts qui s’inquiètent des conséquences économiques de la perte d’influence du pays dans le monde.

En 2009, Stephen Harper s’est retrouvé au sein d’une controverse alors qu’il a choisi de visiter une usine de Tim Horton en Ontario, plutôt que d'assister à l'assemblée générale de l'ONU à New York.

Fin du modèle canadien

Pour Frédéric Mérand, du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal, cette anecdote est pour le moins révélatrice.

«L’année suivante, le Canada s’est vu refuser un siège au conseil de sécurité de l’ONU. Ç’a été un véritable camouflet. Un signal a été lancé à ce moment.»

L’ancien premier ministre libéral Paul Martin s’inquiète également de la manière dont sont gérées les relations internationales à Ottawa.

«Le Canada a toujours été reconnu comme un apôtre des droits de la personne. Maintenant, partout où je voyage dans le monde, on me pose la même question: où est le Canada? On n’existe plus. On a perdu notre place à l’international», blâme-t-il.

«On a toujours été perçu comme un modèle positif, ajoute M. Mérand. Mais cette perception s’est vraiment émoussée. On dirait que le Canada a laissé tomber son implication dans le monde.»

Alliances stratégiques

Ferry de Kerckhove est un ancien ambassadeur canadien, qui enseigne aujourd’hui à l’Université d’Ottawa. Selon lui, le gouvernement Harper dédaignerait maintenant le multilatéralisme et les efforts de coalition, au profit d’alliances stratégiques.

«Nos relations sont devenues plus importantes avec Israël qu’avec les États-Unis ou des puissances européennes. C’est tout un changement», souligne-t-il.

«En 2011, lorsqu’on s’est retiré du protocole de Kyoto (une entente sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre), cela a créé une onde de choc incroyable à l’international. Ce n’était pas habituel pour un pays comme le Canada.»

Pour les Canadiens

Le ministre de l’Infrastructure, Denis Lebel, rejette du revers de la main ces analyses. «Notre premier ministre est reconnu comme un leader qui sait se tenir debout. Notre influence est encore plus grande qu’avant à l’international», dit-il.

«Nous prenons nos décisions en fonction du bien-être des Canadiens. Par exemple, notre lutte avec la coalition contre l’État islamique, c’est aussi pour que cela n’arrive pas chez nous.»

Comment les relations du Canada ont-elles évolué avec les différentes puissances du monde depuis 2006 ? 

France et Royaume-Uni 

«Dans les deux cas, les relations sont très cordiales. Les deux pays demeurent de bons alliés.»
Stéphane Roussel, ENAP
 
Amérique du Sud
 
«M. Harper s’est rendu quelques fois en Amérique du Sud. Il y a un intérêt économique derrière cela, celui d’ouvrir les portes de ces marchés aux entreprises canadiennes.»
Stéphane Roussel, ENAP
 
Israël 
 
«Israël est l’objet de toutes les attentions politiques du gouvernement Harper pour des raisons électoralistes,  mais aussi parce qu’il s’agit d’une démocratie pro-occidentale.»
 Frédéric Mérand, Université de Montréal
 
Maghreb 
 
«Il y a plus de méfiance à cause de l’attitude radicale du Canada envers Israël. Mais le Canada a été très prudent pendant le Printemps arabe et ne s’est pas imposé.»
Stéphane Roussel, ENAP
 
États-Unis 
 
«Les conservateurs ne sont plus proches des Américains. Pour une rare fois, le gouvernement à Washington est plus progressiste que celui à Ottawa.»
Frédéric Mérand, Université de Montréal 
 
Russie 
 
«Les relations avec la Russie sont très mauvaises. Le Canada soutient publiquement l’Ukraine. L’ex-ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, y est allé en visite pour montrer son appui, et ses critiques envers la Russie ont été assez virulentes.»
 Frédéric Mérand, Université de Montréal
 
Inde 
 
«Malheureusement, une entente de libre-échange n’a toujours pas été conclue. M. Harper  a aussi vexé les Indiens lorsqu’il a apporté sa propre limousine en voyage en 2012, pour des “raisons de sécurité”.»
Serge Granger, Université de Sherbrooke
 
Moyen et Proche-Orient 
 
«Le Canada a mis beaucoup d’énergie à se rapprocher des pétromonarchies comme l’Arabie saoudite. Mais les relations se sont détériorées avec d’autres pays comme la Turquie, en raison du désintérêt du Canada.»
Thomas Juneau, Université d’Ottawa
 
Chine 
 
«Nos relations sont décevantes et peu productives. La première visite du premier ministre en Chine remonte à 2009, plus de trois ans après son élection. Pourtant, les Chinois ont beaucoup d’intérêt envers le Canada en raison de nos ressources naturelles. »
Serge Granger, Université de Sherbrooke