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Cri du cœur d’une mère éplorée

Elle veut être reconnue comme victime après le meurtre de ses deux enfants

Nadine Brillant
Photo d'archives Nadine Brillant a appris la mort de ses deux enfants à la télé, alors qu’elle a reconnu l’ancienne maison familiale sur les images diffusées.

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Trois ans après s’être fait arracher la vie de ses deux enfants dans un épouvantable drame familial, une mère de famille poursuivra son combat en Cour supérieure pour être reconnue comme victime.

Mardi, 10 juillet 2012. Nadine Brillant prend son café chez elle avant de se rendre au Tribunal où elle doit tenter d’obtenir de façon exclusive la garde de ses deux enfants, Lyndsey, 13 ans et Karen, 11 ans.

L’atmosphère à la maison est paisible, les nouvelles en continu roulent à la télévision puis l’horreur apparaît en couleur. Un drame familial vient de se produire à Warwick, petite ville des Bois-Francs où demeurent des enfants avec leur père.

Nadine Brillant jette un œil, reconnaît l’ancienne maison familiale. Consternation, incompréhension, haut-le-cœur, cris, douleur... Après quelques tentatives, elle réussit à joindre la Sûreté du Québec qui lui annonce que des enquêteurs viendront la rencontrer.

Lyndsey, 13 ans, et Kareen, 11 ans, ont été tués par leur père.
Photo d'archives
Lyndsey, 13 ans, et Kareen, 11 ans, ont été tués par leur père.

Images traumatisantes

À la télé, les images plus que traumatisantes du corps de ses deux enfants alignés dans des sacs blancs à côté d’un garage incendié apparaissent: la mère de famille vit l’horreur de la mort en direct.

Des images toujours bien présentes, mais qui, selon le Tribunal administratif du Québec (TAQ), ne font pas d’elle une victime directe du drame.

«Selon l’organisme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC), et selon le TAQ, je suis une victime «par ricochet», et pour pouvoir obtenir de l’aide comme des services de psychologues ou de l’aide pour le paiement de médication, il aurait fallu que je sois sur les lieux du drame», raconte la mère de famille.

Seule une quarantaine de rencontres lui ont été octroyées avec un psychologue payé par l’IVAC et une douzaine de sessions ont été généreusement offertes par l’AFPAD (Association des familles de personnes assassinées ou disparues).

Instantanéité

«Avec l’instantanéité des médias et des réseaux sociaux, l’information se propage à la vitesse de l’éclair, et même si nous ne sommes pas sur les lieux du drame, nous vivons les mêmes émotions, les mêmes sensations, la même horreur», a-t-elle dit avec conviction.

C’est pour cette raison que, bien qu’elle se soit vu débouter par le TAQ, Nadine Brillant a choisi de poursuivre son combat et de porter cette décision devant la Cour supérieure.

«Je le fais pour moi, mais aussi pour tous ceux qui auront à vivre un drame semblable, parce qu’on ne devrait pas avoir à se battre contre le système, après s’être fait plonger dans un tel enfer par un conjoint qui a utilisé le dernier palier de la violence conjugale, à savoir l’homicide de nos enfants», a-t-elle mentionné en terminant.


L’IVAC a rejeté la demande de la mère de Karen et Lindsey pour les motifs suivants :

«Une jurisprudence constante définit la victime de blessée à l’occasion d’un acte criminel comme étant une personne qui est témoin direct d’un acte criminel, ou à tout le moins, qui est physiquement présente sur les lieux au moment du crime».

«Selon la preuve au dossier, la requérante n’a pas été témoin des événements, ni présente sur les lieux immédiatement après les faits».

Dans la décision du TAQ il est mentionné que:

«La psychiatre (rencontrée par Nadine Brillant) estime que les problèmes que subit la requérante sont reliés directement à l’événement du 10 juillet 2012».

«Dans le présent cas, la requérante a appris les faits de façon horrible, il est vrai, mais malheureusement à distance».

«Le Tribunal estime que la requérante doit être considérée ici comme une victime indirecte ou par ricochet du meurtre de ses deux enfants».