/news/society
Navigation

Des trans disent non à la violence

Des centaines de personnes transsexuelles ont marché hier à Montréal pour faire entendre leur voix

Coup d'oeil sur cet article

C’est pour dénoncer la violence qu’elle subit jour après jour qu’une jeune femme noire transsexuelle a marché hier aux côtés de centaines d’autres trans dans les rues de Montréal.

«C’est dangereux, sortir de chez moi. Je me fais constamment agresser, physiquement ou verbalement. Mais aujourd’hui, je trouvais que ça valait la peine de sortir», a confié Kama Lamackerel, une trentenaire née homme qui a entamé un processus pour changer de sexe.

La jeune femme a livré un témoignage poignant juste avant que s’amorce la Marche pour les droits des personnes trans, qui donnait le coup d’envoi du festival Fierté Montréal.

Victimes trans

«Combien de femmes trans de couleur sont tuées chaque année dans le monde, dans l’ignorance la plus complète? Combien de gens préfèrent tourner la tête lorsqu’une personne trans se fait agresser? Nous ne sommes pas des êtres humains à jeter à la poubelle», a martelé celle qui se dit victime d’une double stigmatisation à cause de la couleur de sa peau.

Les manifestants ont profité de la marche pour exhorter Québec à modifier l’article 71 du Code civil, qui empêche les personnes trans de changer la mention de sexe sur leurs documents si elles n’ont pas subi d’intervention chirurgicale.

Détresse

En décembre 2013, Québec a adopté le projet de loi 35, qui promettait de retirer l’obligation de subir des chirurgies avant d’effectuer un changement légal.

«Ça va faire deux ans et la nouvelle loi n’a toujours pas été adoptée», déplore Caroline Trottier-Gascon, porte-parole du Groupe d’action trans de l’Université de Montréal.

Cette dernière estime que «la situation est urgente» et presse le gouvernement d’agir.

«Pendant qu’on tarde à changer la loi, des gens meurent», insiste Mme Trottier-Gascon, qui rappelle que la détresse de la communauté transsexuelle est bien réelle.

«Encore la semaine dernière, une femme trans s’est suicidée à Lévis, insiste Marie-Ève Baron, membre du conseil d’administration de Fierté Montréal. Près des trois quarts des personnes trans ont fait une tentative une fois dans leur vie.»


 

Né sourd et dans le mauvais corps

Photo Journal de Montréal, Judith Plamondon
 
Un jeune trentenaire raconte être devenu, il y a deux ans, le premier sourd au Québec à entreprendre un changement de sexe. «Je sentais que j’étais né dans le mauvais corps», confie Trevor Morin, 35 ans, qui a compris vers la fin de la vingtaine qu’il devait devenir un homme.
 
Le jeune barbu marchait tout sourire aux côtés de sa nouvelle copine, hier, à l’occasion de la Marche pour les droits des personnes trans, à Montréal. Pourtant, il a connu son lot de difficultés ces dernières années.
 
«J’ai commencé à prendre des hormones il y a deux ans et j’ai subi l’ablation des seins. Comme sourd, on vit déjà de la discrimination. C’est encore plus présent lorsqu’on devient trans», raconte celui qui s’exprime dans la langue des signes. Une amie agissait comme interprète, hier, pour traduire son témoignage.
 
La prochaine étape pour Trevor Morin, c’est l’opération qui lui permettra d’avoir un sexe masculin. «Ça fait trois mois qu’il attend ça impatiemment», souligne sa compagne, Julie Surprenant.
 
Coup de foudre
 
Trevor Morin et elle se sont rencontrés il y a quelques mois à peine. Depuis, c’est l’amour fou. 
 
«Je le connaissais quand il était une femme, mais je n’osais pas lui parler, avoue Mme Surprenant, les yeux pétillants. C’est sa différence qui m’a attirée vers lui.»
Comme transsexuel, l’avantage d’être sourd, «c’est qu’on n’entend pas les gens qui parlent dans notre dos», admet Trevor Morin avec une pointe d’humour.

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.