/sports/football/alouettes
Navigation

La «tempête parfaite» d'Étienne Boulay

L’ancien joueur des Alouettes a tenté de mettre fin à ses jours l’an dernier

Étienne Boulay
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier

Coup d'oeil sur cet article

Quand il était sur le terrain, Étienne Boulay ne faisait pas de compromis. De son propre aveu, il était excessif pendant les matchs, les entraînements, mais aussi au gymnase. Le maraudeur était prêt à tout pour le sport qu'il chérissait tant: le football. Une recette qu’il a utilisée jusqu’au jour où tout a basculé en raison d’une sévère commotion cérébrale et d’un divorce houleux.

Faillite, dépression majeure, problèmes de consommation d’alcool et le fait de ne plus voir son fils Luca l’ont mené à une tentative de suicide il y a un an. Une «tempête parfaite dans laquelle j’ai tout vécu et où je suis passé par toute la gamme des émotions», a-t-il expliqué lors d’une entrevue exclusive accordée au Journal de Montréal. Récit percutant de ce joueur qui a tout laissé sur le terrain pendant sa carrière de sept saisons avec les Alouettes et les Argonauts de Toronto.

Habituellement, quand une personne vit une descente aux enfers, elle a de la difficulté à se remémorer le moment précis où tout a débuté. Étienne Boulay, lui, s’en souvient comme si c’était hier.

«L’élément déclencheur a été ma ­commotion cérébrale subie le 24 juillet 2011 contre la Saskatchewan, a-t-il ­raconté.

«J’ai souvent revu cette séquence et ce n’était pas si violent comme plaqué.»

Après cette action, il est revenu sur les lignes de côté et il savait très bien ce qui venait de survenir. Il a décidé de ne pas informer son entraîneur Marc Trestman de sa condition.

«Je croyais que tout serait correct après cinq minutes, a-t-il souligné. Je suis tout de même retourné sur la surface de jeu et j’ai continué de frapper. J’aurais pu mourir sur le terrain.»

Dépression et maux de tête

Quelques jours plus tard, les Alouettes placent son nom sur la liste des blessés pour neuf semaines. La tempête commence à se lever.

Les symptômes de sa commotion font ressortir un trait de sa personnalité dont il avait le contrôle jusqu’à ce moment: l’excessivité.

«Quand j’étais sur le party plus jeune, je l’étais en tabarouette, mais j’avais toujours été capable de me ramener. J’étais en mesure de trouver un équilibre entre les nombreux entraînements et les fêtes occasionnelles.

«Toutefois, quand mon nom a été placé sur la liste des blessés, je suis devenu complètement fucké et je m’explosais dans l’alcool dès que je pouvais. De plus, je me tapais une grosse dépression en raison des symptômes postcommotion.»

À mesure que les jours passaient, l’athlète s’enfonçait de plus en plus en prenant des doses massives d’antidouleurs.

«J’ai décidé de m’automédicamenter. J’étais écœuré d’avoir mal à la tête.»

Un chalet pour se ressaisir

C’est à ce moment qu’il décide de se retirer dans un chalet dans le bois pendant quelques semaines sous la recommandation de ses coéquipiers et amis Éric Lapointe, Bruno Heppell et Matthieu Proulx.

«Ça n’allait plus du tout, a poursuivi Boulay. Je peux dire qu’ils m’ont sauvé la vie, car j’étais vraiment sur une pente descendante.»

Pendant ce temps, sa relation avec sa conjointe américaine Zoey Gulmi-Landy bat de l’aile alors que son fils Luca n’est âgé que de quelques mois.

«Notre relation était malsaine et je tombais dans l’alcool dès que j’en avais l’occasion. J’avais mal partout et à l’âme aussi, car je venais de perdre mon ­identité de joueur de football.»

À la suite d’une séparation houleuse, Étienne Boulay n’a plus le droit de ­visiter son fils Luca, maintenant âgé de quatre ans.
Photo courtoisie
À la suite d’une séparation houleuse, Étienne Boulay n’a plus le droit de ­visiter son fils Luca, maintenant âgé de quatre ans.

Séparation houleuse

Malgré un bon camp d’entraînement avec les Alouettes en 2012, il est libéré et il se retrouve avec les Argonauts de Toronto un mois plus tard.

Pendant qu’il demeure dans la Ville reine, son couple éclate et Zoey retourne aux États-Unis avec leur fils Luca, âgé de un an.

«Ce qui était surtout frustrant dans cette affaire, c’est que je n’étais pas capable de voir Luca, a précisé Boulay. Avec les procédures engagées par mes avocats de Montréal et du Massachusetts, j’avais beaucoup de difficulté à me concentrer sur le football.»

Malgré tout, Boulay parvient à gagner sa troisième coupe Grey, mais rentre à Montréal à bout de souffle sur les plans physique et financier.

Après les célébrations de cette conquête, il reprend le collier au gymnase, mais le cœur n’y est pas. De plus, il reçoit des offres intéressantes à la télévision. Pour ce qui est de sa carrière, il décide de refuser une proposition des Lions de la Colombie-Britannique pour une seule raison.

«J’étais engagé dans une bataille juridique sans merci et je me suis dit que ce serait le bordel si je devais gérer le tout à partir de Vancouver», a expliqué Boulay.

Une menace et une défaite

Le bras de fer entre le Québécois et Gulmi-Landy prend une tournure particulière en 2013.

«Je n’avais plus un sou pour les avocats et je suis allé à la cour seul avec mon père, a souligné Boulay. Je me disais que j’étais raisonnable dans mes demandes alors que je voulais simplement avoir le droit de voir Luca.»

« J’ai voulu tirer la plug  l’an dernier. Je n’y ai pas juste pensé, j’ai fait le move. J’étais tellement mêlé que j’ai dû mal m’y prendre. J’étais écœuré de tout et c’était devenu trop lourd à vivre. » – Étienne Boulay

Par contre, les avocats de la partie adverse décident d’y aller d’une offensive pour mettre des bâtons dans les roues du paternel.

«Pendant mes déboires, j’étais retombé dans mes vieux patterns de party, a-t-il admis. Ils avaient embauché un détective pour me filmer au mariage d’un ami alors que j’étais un peu éméché.

«Même si je n’étais pas d’accord, je n’ai pas eu d’autre choix que de signer une entente dans laquelle je devais débourser une pension alimentaire qui n’avait pas d’allure (plusieurs milliers de dollars américains par mois) en plus de me faire saisir ma maison.»

Depuis cette journée, Mme Gulmi-Landy refuse toute demande de la part de son ancien conjoint. Même celle de fournir une photo du petit bonhomme.

Le fond du baril

Comme c’est souvent arrivé durant sa vie, Boulay est devenu obsédé par tout ce qui touche son petit garçon.

«Je ne voyais que cela, et ma blonde Maika (Desnoyers) m’a demandé de prendre un certain recul. À ce moment-là, je n’avais plus les outils nécessaires pour me battre correctement.»

La tempête est alors à sa force maximale et elle continue de faire des ravages en 2014. Il ne peut plus voir son fils et sa situation financière est périlleuse. Il décide d’opter pour la seule solution possible à ses yeux: mettre fin à ses jours.

«J’ai passé bien proche de ne pas être ici pour te donner cette entrevue, a souligné Boulay après un moment de silence. J’ai voulu tirer la plug l’an dernier.

«Je n’y ai pas juste pensé, j’ai fait le move. J’étais tellement mêlé que j’ai dû mal m’y prendre. J’étais écœuré de tout et c’était devenu trop lourd à vivre.»

Il n’a pas voulu entrer dans les détails des circonstances qui ont entouré son geste de désespoir.

Heureusement, il a survécu à la journée la plus sombre de sa vie. Par la suite, sa conjointe Maika et les membres de sa famille lui ont permis de se relever et de regarder vers l’avant.

Une lueur au bout du tunnel

Depuis ce triste événement, Étienne Boulay s’est repris en mains. Profitant de l’arrivée de la petite Anna en avril 2014, il a mis fin à sa vie nocturne mouvementée.

«Je me suis fait aider beaucoup. Je vais bien et ça paraît. Ce n’est pas une façade, comme auparavant.

«À la base, j’ai procédé à des changements pour moi. Je mérite mieux que de me réveiller mal en point et avoir honte de moi. Je suis conscient que j’ai failli tout perdre durant cette période difficile.»

Il ne lui manque qu’une chose pour atteindre le parfait bonheur: revoir son fils Luca, qui vient tout juste de fêter son quatrième anniversaire. En septembre, ça fera trois ans qu’il ne l’a pas serré dans ses bras. Une éternité pour n’importe quel père.

C’est pour cette raison qu’il a décidé dernièrement de réembaucher des avocats et de repartir à la guerre pour lui permettre de le visiter d’une façon régulière.

«J’étais prêt à refaire cette démarche parce que j’assume tout ce que j’ai fait et que ça fait un an que je n’ai pas pris un coup», a expliqué Boulay, qui se sent mieux armé physiquement et mentalement pour affronter la situation.

Au football comme dans la vie, Étienne Boulay a essuyé de durs plaqués au cours des dernières années. Il n’a pas seulement prouvé qu’il peut les encaisser, mais aussi qu’il est en mesure de se ­relever.