/misc
Navigation

Combien de coups de fouet pour Harperman?

Coup d'oeil sur cet article

Vous ne le connaissiez sans doute pas il y a une semaine, mais le nom de Tony Turner, un chanteur folk d’Ottawa, est désormais sur toutes les lèvres. Harperman, une chanson qu’il a composée en juin, a fait le tour du pays. Au moment où j’écris ces lignes, on l’a visionnée sur YouTube au moins un demi-million de fois. Le 17 septembre, des milliers de Canadiens feront une «chaîne» humaine d’un océan à l’autre, chantant Harperman depuis la colline parlementaire d’Ottawa.

Vous ne le connaissiez sans doute pas il y a une semaine, mais le nom de Tony Turner, un chanteur folk d’Ottawa, est désormais sur toutes les lèvres. Harperman, une chanson qu’il a composée en juin, a fait le tour du pays. Au moment où j’écris ces lignes, on l’a visionnée sur YouTube au moins un demi-million de fois. Le 17 septembre, des milliers de Canadiens feront une «chaîne» humaine d’un océan à l’autre, chantant Harperman depuis la colline parlementaire d’Ottawa.

Malheureusement pour lui, Tony Turner n’est pas seulement un chanteur folk. C’est aussi un petit scientifique employé par Environnement Canada, pour qui il faisait jusqu’à la mi-août une étude sur la migration des oiseaux. L’étude s’est arrêtée net quand on a suspendu Turner pour avoir composé et mis sa chanson en ligne.

La chanson conspue le premier ministre Stephen Harper, disant qu’il se moque de l’environnement, révère le pétrole et les États-Unis, muselle ses collaborateurs et ses opposants, affame les scientifiques et Radio-Canada, répand la peur et cultive le secret. Pour toutes ces raisons et d’autres encore, le refrain se termine par Harperman, it’s time for you to go. Ce qu’on traduit en français par «Harperman, c’est le temps de sacrer ton camp»!

UN PLAISIR À ÉCOUTER

Si vous ne l’avez pas encore fait, de grâce ne vous privez pas du plaisir d’écouter la chanson et même de la chanter à haute voix avec le chœur hilarant qui accompagne Turner. Il suffit de taper www.harperman.ca sur votre ordi, votre tablet­te ou votre téléphone intelligent.

En Arabie saoudite, Turner croupirait déjà en prison avec Raïf Badawi. On a condamné ce pauvre blogueur à 1000 coups de fouet, 10 ans de prison et une amende de 260 000 $ pour avoir, lui aussi, contesté le pouvoir en place. J’imagine que chez les rois du pétrole, la peine du chanteur Turner ne serait pas moindre que celle du blogueur. Mais nous sommes au Canada où existe la liberté d’expression, ce qui n’a pas empêché les patrons de Turner de le suspendre (avec solde, toutefois) jusqu’à ce qu’on fasse une enquête à son sujet.

QUE VEUT-ON SAVOIR ?

Pourquoi une enquête? Veut-on savoir s’il a composé la chanson pendant ses heures de travail? Veut-on s’assurer qu’il n’y a pas de terroristes parmi la trentaine de person­nes qui chantent avec lui? Veut-on être certain qu’il n’a pas plagié la musique ou qu’il n’a pas volé sa guitare? Depuis quand est-il interdit à un fonctionnaire comme Turner, qui n’occupe pas un poste de commande et n’appartient pas à la haute fonction publique, de critiquer les politiques du premier ministre ou du gouvernement en place? Surtout quand il le fait de manière si amusante.

En quoi les opinions politiques d’une personne chargée d’étudier la migration des oiseaux peuvent-elles mettre en danger la qualité de son travail? Si les paroles de la chanson ont atteint les quatre coins du pays, ce n’est sûrement pas parce que Turner les a attachées aux pattes des oiseaux migrateurs. Il y a plusieurs années que les réseaux sociaux ont remplacé les pigeons voyageurs pour transporter des messages!

Congédier Tony Turner ou le pénaliser serait la preuve par quatre que les paroles de sa chanson reflètent, hélas! une nouvelle réalité canadienne, une réalité où la liberté d’expression devient à risque.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Des parents-rois s’apprêteraient à faire congédier le minis­tre de l’Éducation François Blais.

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.