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Exceptionnelle solidarité en éducation

Manifestations parents
Photo Le Journal de Montréal, Caroline Pailliez

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L’exemple de solidarité du milieu de l’éducation a de quoi faire rougir certains groupes de la société civile qui cherchent encore un moyen de faire tenir un front commun contre les coupes libérales. Ce matin, partout au Québec, parents, enseignants, professionnels du milieu de l’éducation et membres de la direction sont venus dire au gouvernement Couillard qu’ils tiennent à leur école publique. Surtout, ils sont venus dénoncer les coupes et demander un réinvestissement dans leurs écoles. Un bel exemple de solidarité!

C’est un message fort qui est lancé. Fini les divisions et les demandes de la part des enseignants ou des parents, les deux portent leur message d’une seule voix. Les manifestations, qui étaient orchestrées ce matin, ne laissent personne indifférent. Impossible comme citoyens d’éviter cette mobilisation: les photos se sont relayées à une vitesse folle sur les réseaux sociaux (voir Twitter et le mot clic #JPMEP). Tellement qu’il m’a semblé que tout le monde s’était déplacé ce matin pour protéger l’école publique.

Des coupes plus apparentes

Il est vrai que cela fait seulement deux jours que les classes sont commencées, mais personne n’a oublié les coupes effectuées à la fin de la dernière année scolaire. Déjà, certaines écoles ont dû faire des choix déchirants, par exemple couper dans les services offerts aux élèves en difficulté.

Plusieurs collègues en adaptation scolaire attendent aussi un contrat pour l’année à venir. Quelques classes spécialisées ont été fermées et les enfants sont maintenant intégrés. Ces enseignants formés, spécialisés, sont en attente de l’inévitable problème qui surgira lorsque le ministère se rendra compte des effets néfastes des coupes sur la réussite des élèves. Car, ce n’est pas en faisant disparaître les classes spécialisées que les problèmes s’effacent.

Mobilisation exceptionnelle

En 2005, je terminais mon baccalauréat en enseignement. Je me souviens que c’était une année de mobilisation importante pour les enseignants en négociation de leur convention collective.  Cependant, lors de cette mobilisation qui avait même mené à des journées de grèves, les directions d’école ne s’étaient pas jointes aux demandes légitimes des enseignants. C’est normal, me direz-vous, ils étaient du côté patronal. Certes, tout cela est vrai.

Cependant, aujourd’hui nous constatons que les coupes du gouvernement, au lieu de diviser le milieu de l’éducation, l’ont soudé. Les directions protègent aussi leur école publique en prenant la main des parents et des enseignants. C’est pourquoi cette mobilisation est exceptionnelle. Le gouvernement devrait considérer cette unité du milieu scolaire, car, peu importe les propositions à venir dans ses négociations avec les enseignants, ces derniers ne sont plus les seuls à se battre pour défendre l’éducation publique. Le ministre Blais devra aussi traiter avec les parents et les directions d’école.

Ce front commun ne sera pas facile à contourner et les tactiques de division habituelles ne pourront pas fonctionner. Le milieu en a assez enduré. Il veut que leurs élus rendent des comptes, et ils ont bien raison. On ne peut pas dire d’un côté de la bouche que l’on travaille pour les générations futures et compromettre l’ensemble d’une génération sur des questions idéologiques.

Finalement, à ceux qui osent s'offusquer que les enfants se retrouvent au sein de ces manifestations, l'éducation politique ce n'est pas simplement apprendre qui est le premier ministre du Québec, c'est aussi comprendre l'impact des décisions politiques sur sa vie de tous les jours. C'est d'autant plus pertinent de faire de l'éducation citoyenne quand ces décisions ont un impact sur l'ensemble de la formation scolaire, car les enfants sont les premiers touchés.