/misc
Navigation

Nos auteurs

CA_Patrick-DésyClaude LangloisMathieu Turbide

Noter les vins dans l’absolu ou par catégorie ?

Noter les vins dans l’absolu ou par catégorie ?

Coup d'oeil sur cet article

Bien évidemment, chaque chroniqueur de vin, auteur de guide ou critique dans un magazine spécialisé, a bien le droit de choisir le système de notation qui lui convient.

Que ce soit avec des étoiles, des notes sur 20 ou sur 100, des pictogrammes, peu importe, l’idée est de donner au lecteur une appréciation de ce que vaut le vin.

Si je reviens sur le sujet aujourd’hui c’est que j’ai goûté récemment un vin qui fait partie du Top 100 du Wine Spectator, tous ces vins étant vendus depuis peu dans les Espaces Cellier de la SAQ.

Ce vin, le Santagostino 2011, Terre Siciliane IGT, Firriato (20,00 $), le magazine américain lui a donné 91 points sur 100, et le Gambero Rosso Tre Bicchieri, sa plus haute note, soit trois «verres» ; quant à Robert Parker, sa note est de 90 points.

Ma note à moi ? 15,5/20 ou deux étoiles et demie. Bon, d’accord, je ne fais pas mon chi chi  et je suis prêt à monter jusqu’à 16/20 ou trois étoiles.

Et alors ? Alors je voulais tout simplemement illustrer le fait que le Wine Spectator (mais aussi le Gambero Rosso et Robert Parker) notent dans la catégorie, comme on le dit dans notre jargon de chroniqueur, c’est-à-dire dans la catégorie à laquelle appartient théoriquement ce vin, plutôt que dans l’absolu.

Par catégorie on entend des vins d’une même appellation, ou d’appellations comparables, de même niveau appréhendé de qualité ou de prix similaires.

Alors que noter dans l’absolu signifie qu’on note le vin par rapport au rang que ce vin occuperait s’il était comparé aux plus grands, peu importe l’appellation ou le prix.

Autrement dit, un petit côtes-du-rhône générique ne pourrait probablement jamais se voir donner la note de 19 points sur 20 si c’est celle qu’obtiendrait, dans l’absolu, un très bon Côte Rôtie, un Hermitage ou un Château Palmer.

Dans notre guide des Méchants Raisins, qui sortira cet automne, nous notons dans l’absolu, tout comme je note aussi dans l’absolu dans ma chronique hebdomadaire du samedi, de même que pour mon «vin de la semaine» du jeudi  dans le Journal de Montréal.

Mon collègue Patrick Désy fait de même dans sa chronique sur Canoë.

Par contre, le Wine Spec, comme je le disais, mais aussi Robert Parker dans son Wine Advocate, pour ne parler que d’eux, notent dans la catégorie ; tandis que Michel Bettane et Thierry Desseauve notent dans l’absolu, tout comme aussi La Revue du Vin de France.

L’embêtant avec le système de notation par catégorie, c’est qu’un deuxième cru de Bordeaux, disons, peut obtenir 88 points, si c’est dans un millésime particulièrement difficile, alors qu’un petit bordeaux générique pourra en même temps décrocher lui 90 points et plus s’il s’avère être l’un des plus réussis dans sa catégorie et dans son millésime.

Alors que, encore une fois, si on comparait l’un à côté de l’autre ces deux vins dans l’absolu, le petit bordeaux, aussi bon soit-il, aurait peut-être au mieux 16 sur 20 et le deuxième cru de Bordeaux, moins réussi, 17,5 sur 20.

L’avantage, par contre pour le consommateur avec la notation par catégorie, c’est que dès qu’il voit une note de 90 points sur 100 ou plus, c’est le signe que c’est un bon achat à faire, point à la ligne.

Autrement dit, à 90 points et plus, on décrète que pour 20$, ce vin est très bon et qu’il «clanche» complètement la compétition.

La note n’a alors plus de réelle importance ; ce n’est en fait même plus une note, mais une sorte d’«estampe» de qualité, si je peux dire, qui lui est accolée de facto, dès lors qu’il a 90 points.

Ce fait étant établi, il est clair, par ailleurs, que la notation dans l’absolu est moins spectaculaire.

En revanche, elle me semble être plus représentative de la réelle qualité d’un vin, toute chose étant replacée dans son contexte.

Tout ça pour dire que ce Santagostino 2011, un assemblage de Nero d’Avola et de Syrah, est un joli petit vin, plutôt léger, mais bien constitué et doté d’une bonne acidité qui en assure la fraîcheur. Rien de complexe mais, vraiment, ça descend bien.

Je lui ai donné dans un premier temps 15,5/20 ; mais il était encore meilleur le lendemain. C’est un signe qui ne trompe pas sur la qualité d’un vin. Alors oui, 16/20 (***), dans l’absolu, s’entend. Bon d’accord, et 90 points dans sa catégorie.

 

  • Santagostino 2011, Terre Siciliane IGT, Firriato, 14,5%, 2,7 g/L, Prix 20,00 $ Code 12582474 *** (16/20)