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Surplus de plaintes contre le réseau de la santé

La ligne de dénonciation de la FIQ croule sous les témoignages de détresse

la présidente de la fédération, Régine Laurent
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse Autour de Régine Laurent, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, les 10 téléphonistes de la ligne 1-844-FIQ-AIDE recueillent les témoignages débordant de détresse des usagers délaissés du système de santé.

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Dix jours après le lancement d’une ligne de dénonciation, plus d’un millier d’usagers du réseau de la santé se sont vidé le cœur sur «les situations inacceptables» qu’ils vivent.

«On sent une détresse. Chaque fois, c’est 15 à 20 minutes de conversation. Et ça vient de toutes les régions du Québec», indique Régine Laurent, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la Santé du Québec (FIQ).

La FIQ a lancé la ligne 1-844-FIQ-AIDE le 25 août pour inviter la population à se confier. Aussitôt les lignes ouvertes, les 10 réceptionnistes ont été débordées. En une semaine, 1014 personnes leur ont livré leurs mésaventures.

«On voit qu’il y a beaucoup de problèmes dans le réseau, dans les délais, dans la bureaucratie. C’est des examens perdus, des problèmes d’accessibilité», confie la téléphoniste Julie Ouellet, entre deux coups de fil. Autour d’elle, ses collègues écoutent les plaignants le regard grave.

La ligne 1-844-FIQ-AIDE ne dérougit pas

  • 1014 appels et courriels en une semaine
  • 44% concernaient l’accès aux soins
  • 15% concernaient la qualité et la sécurité des soins (négligence, délais, etc.)
  • 14% concernaient les conséquences de la loi 10 (coupes, réorganisation, centralisation des services)
  • 27% concernaient d’autres enjeux

Larmes de colère

Au bout de la ligne, il y a souvent des larmes de colère. Comme celles de cette jeune mère qui a dû attendre des heures à l’urgence avec un bébé qui régurgitait sans arrêt dans ses bras, sans l’ombre d’un médecin.

Ou encore celles de cette femme qui va tous les jours au CHSLD où réside son père pour s’assurer qu’il mange à sa faim, car on ne lui laisse que cinq minutes pour finir son plateau-repas duquel on a en plus retiré sa seule gâterie, un morceau de cheddar, faute de budget.

En plus des patients et de leur famille, de nombreux professionnels démunis témoignent eux aussi de leur colère face aux situations révoltantes dont ils sont témoins et qu’ils ne peuvent dénoncer de crainte de représailles.

Quatre cas de détresse

  1. Un homme suicidaire confie qu’il s’est rendu plusieurs fois au CLSC pour chercher de l’aide. La réceptionniste du CLSC l’a finalement rappelé pour lui dire que son nom a été placé sur une liste d’attente pour voir un médecin. La durée d’attente est toutefois de huit mois.
  2. Après avoir appelé l’infirmière plusieurs fois à son secours sans succès, une jeune femme qui passait la nuit à l’hôpital après une chirurgie a dû faire venir sa sœur à son chevet, depuis chez elle en voiture, pour obtenir de simples Tylenol. L’infirmière en fonction était seule pour 36 patients.
  3. Une dame de 89 ans, qui doit se faire faire une prise de sang hebdomadaire, est contrainte d’attendre une journée par semaine assise sur une chaise au CLSC, car les compressions budgétaires ont obligé le CLSC à supprimer le service à domicile. Sa fille n’a pas d’autre choix que de la déposer au CLSC le matin avant d’aller travailler et d’aller la chercher en fin de journée.
  4. Une jeune mère rapporte qu’après avoir attendu plusieurs heures à l’urgence avec un bébé qui régurgite sans arrêt dans les bras, elle a ensuite dû attendre cinq heures supplémentaires en radiologie, sans savoir de quoi souffrait son petit, avant qu’il soit finalement pris en charge.

La faute aux coupes

«Qu’on ne vienne pas nous dire après que toutes les coupes en santé n’ont pas d’impact sur les services ou que c’est anecdotique», gronde Mme Laurent.

Le syndicat dénonce le manque de personnel et la surcharge de travail qui ont inévitablement des impacts négatifs sur les patients, dit-elle. La FIQ en a également contre la réforme du réseau de la santé et des services sociaux qui met la table à une privatisation accrue des soins, à son avis.

«On espère qu’à défaut de nous entendre, nous, le gouvernement va écouter la population», dit Mme Laurent qui compte utiliser les témoignages recueillis comme arguments lors des négociations avec le gouvernement.

Mais Québec prévoit déjà couper 450 M$ dans le réseau d’ici le 1er avril 2016, dont 150 M$ dans les soins aux patients, d’après les informations obtenues cette semaine par TVA Nouvelles.