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Quotas de musique francophone : Bras de fer entre l'ADISQ et les radios

La question des quotas de musique francophone divise les deux clans

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L’ADISQ et les radios commerciales ont officiellement engagé un bras de fer sur les quotas de musique francophone diffusée en ondes. Alors que les radios souhaitent que la portion passe de 65 % à 35 %, l’ADISQ veut plutôt resserrer la vis. L’automne s’annonce chaud...

Dans leurs mémoires déposés au CRTC, qui entamera en novembre une révision des politiques régissant la programmation des radios commerciales, les deux partis émettent des demandes aux antipodes.

Regroupées sous une même bannière pour la cause, les stations de Bell Média (Rouge FM, Énergie), Cogeco Diffusion (CKOI, Rythme FM) et compagnie invitent le CRTC «à redéfinir la façon dont les quotas de diffusion de musique vocale francophone sont établis». Les radios suggèrent de fixer cette nouvelle norme à 35 %, un niveau supérieur aux habitudes d’écoute des consommateurs, soutiennent-ils. Selon un sondage réalisé par Substance stratégies en août, les groupes d’âge cibles des annonceurs, le 18-44 ans et les 25-54 ans, disent respectivement écouter 26 % et 30 % de musique francophone.

Les radios parlent ainsi d’un «fossé», entre l’offre et la demande.

«La radio commerciale de langue française est pertinente et appréciée, mais elle ne peut espérer rester au cœur du quotidien des Québécois si elle est contrainte d’offrir une programmation musicale qui s’éloigne graduellement de ce qu’ils consomment», mentionne Pierre Rodrigue, vice-président, Relations avec l’industrie pour BCE et Bell, et coporte‐parole du Regroupement, dans un communiqué.

Des demandes « inacceptables »

Pour la vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ, Solange Drouin, ces requêtes sont «inacceptables» et «injustifiées». «C’est la première fois qu’on est si loin dans nos positions respectives, confie M. Drouin au Journal. C’est très surprenant. L’industrie musicale voyait les radios comme de bons partenaires. J’ai l’impression qu’elle va changer d’avis en voyant leurs demandes. Les gens du milieu ne vont pas trouver ça drôle.»

L’ADISQ rejette aussi l’argument militant pour un assouplissement des règles en raison du développement des autres plateformes qui offrent une variété infinie des titres, comme les services de streaming de type Spotify.

«La consommation de musique se transforme. Ce n’est pas quelque chose que nous nions. Mais on est encore très loin du point de non-retour. La catastrophe n’est pas à nos portes. On doit être prévoyant, c’est vrai, mais il ne faut pas crier au loup trop tôt. Il ne faut pas aller plus vite que les changements technologiques. La radio a les outils pour bien concurrencer les autres plateformes. Elle doit mettre en valeur ses forces», déclare Solange Drouin.

Des conditions

Dans son mémoire de 133 pages, l’ADISQ se dit prête à accepter une baisse du quota actuel de 65 % à 60 % de musique francophone en semaine. Mais à certaines conditions.

Premièrement, les radiodiffuseurs devront s’engager de façon concrète à diffuser un pourcentage minimal de nouveautés francophones, histoire d’offrir une programmation plus variée. Deuxièmement, les 5 % dégagés par cette diminution devront être remplacés par des chansons d’artistes québécois chantant dans une autre langue que le français. Selon l’ADISQ, cette modification permettra à des groupes anglophones d’ici comme Arcade Fire, Half Moon Run ou encore Patrick Watson de tourner plus souvent dans les radios. Cœur de pirate, qui vient de lancer un album bilingue, pourrait aussi en profiter.

L’ADISQ souhaite également que toutes les radios arrêtent d’abuser des montages, un moyen détourné de faire jouer plus de musique en anglais, note-t-elle. Enfin, l’association somme les stations de consacrer 25 % de leur programmation musicale francophone à des artistes émergents.