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Le mur

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« Les compressions budgétaires n’affecteront pas les services directs à la population ». Vous connaissez sûrement le refrain. Le problème est qu’il sonne aussi faux qu’un piano désaccordé.

«Les compressions budgétaires n’affecteront pas les services directs à la population.» Vous connaissez sûrement le refrain. Le problème est qu’il sonne aussi faux qu’un piano désaccordé.

Sans remettre en question la «gestion serrée des fonds publics» — un bel euphémisme —, la Protectrice du citoyen le dit pourtant crûment : l’austérité se déploie au «détriment» des citoyens.

Déposé hier, son rapport annuel en liste plusieurs exemples concrets. La chasse effrénée au déficit zéro fait mal. En santé et dans les services sociaux, elle frappe durement les personnes âgées ou handicapées de tous âges, intellectuelles ou physiques.

Vulnérables, un nombre croissant d’entre elles se retrouvent dans des ressources d’hébergement aux airs de «parkings» et non de «milieux de vie».

En éducation, les «chaînes humaines» où parents et enfants se joignent aux enseignants à la défense de l’école publique témoignent aussi des contrecoups de l’austérité.

Au-delà des négociations tendues entre le gouvernement et son demi-million d’employés, l’automne ne s’annonce pas «chaud» pour rien.

À qui la faute?

À la période de questions, le gouvernement Couillard s’entête à nier la réalité. Sa «ligne» est impassible : la «faute» est au gouvernement précédent. Cette vieille rengaine usée à la corde fait bien plus pour nourrir le «cynisme» que les applaudissements qu’on y a bannis.

La «faute», la vraie, revient en fait à l’obsession du déficit zéro. Autant sous le péquiste Lucien Bouchard que sous le régime libéral actuel. Ça fait 20 ans que les Québécois se font répéter par des économistes, des politiciens et des commentateurs que sans compressions massives, ils foncent tout droit vers un immense «mur» budgétaire.

Tous ces «murologues» ne sont-ils pas plutôt ceux qui, à force de crier au loup la tronçonneuse à la main, précipitent peu à peu les populations vers un tout autre mur? Ce mur, le vrai, est celui d’une inégalité sociale croissante, l’inévitable produit de leurs propres coupes.

La pire des tromperies

Martin Coiteux, président du Conseil du trésor et «murologue» renommé, jure qu’il coupe pour le bien des «générations futures». Sans nul doute la pire des tromperies. En leur léguant des services de plus en plus sous-traités au privé, elles en paieront au contraire le pire des prix.

L’avenir dure longtemps, comme dit l’autre. Ce que nous préparent les «murologues» depuis vingt ans n’a toutefois rien de rassurant.

Au moment où l’«économie du savoir» est essentielle à la force économique des États et à une réelle égalité des chances, on continue à couper dans notre système d’éducation.

Au moment où notre population vieillit, on sabre à nouveau les services déterminants pour la santé et la qualité de vie des gens. Et ce, au moment même où une majorité de Québécois vogue en plus vers la retraite sans fonds de pension collectif, privé ou public.

À force de voir la santé et l’éducation comme une folle dépense au lieu d’un investissement primordial, ce vrai mur risque à terme de faire bien plus mal qu’un déficit somme toute raisonnable.

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