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Légitime défense

Légitime défense
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L’un des rares avantages d’une campagne électorale interminable est qu’elle augmente les chances que le vrai visage des individus finisse par sortir. C’est ce qui vient de se passer.

L’un des rares avantages d’une campagne électorale interminable est qu’elle augmente les chances que le vrai visage des individus finisse par sortir. C’est ce qui vient de se passer.

On peut ne pas être un partisan de Stephen Harper tout en reconnaissant qu’il n’a pas toujours tort.

En demandant la suspension du jugement permettant à une musulmane radicale qui se cache le visage de prêter son serment de citoyenneté canadienne, il loge dans le camp du bon sens et du sentiment majoritaire.

Fanatisme

Thomas Mulcair, lui, est d’avis contraire, tout comme Justin Trudeau.

Particulièrement remonté, le jeune Trudeau y est allé d’un hymne à la Charte de son père, qu’il place au-dessus de tout.

Pour être sûr que vous et moi comprenions, il ajoutait, dans son inimitable franglais, «que le symbole dont on doit avoir le plus confiance – et c’est plus qu’un symbole –, c’est la Charte des droits et libertés» (sic!).

Je vois dans ce chartisme inconditionnel une autre forme de fanatisme, pas moins radicale parce qu’il n’a dans la bouche que des mots qui sonnent bien comme «droits», «libertés» ou «ouverture». Imaginez la multiplication des revendications au nom de la religion si cet olibrius devient premier ministre.

MM. Mulcair et Trudeau sont aussi moins seuls qu’on pourrait le croire. Si on définit le fanatisme comme un zèle excessif pour une idée, alors une partie de notre magistrature fédérale est plongée dans une sorte de fanatisme juridico-idéologique.

Dans l’écosystème médiatique, il y a également une abondance d’idiots utiles qui présenteront le refus d’obtempérer devant cette femme comme un reflet de notre malaise devant la «différence». Ceux-là essaieront plutôt de la jouer «cool». Tempête dans un verre d’eau, diront-ils.

Cette objection de la crainte devant la «différence» est stupide. Il y a différence et différence. Je n’ai aucun problème avec la majorité des différences, y compris religieuses, et je ne demande à personne d’être ou de penser comme moi.

La «différence» incarnée par l’attitude de cette femme est cependant d’une nature toute particulière.

Projet

D’abord, imaginez le ­mépris profond qu’il faut avoir pour nos us et coutumes et nos institutions pour agir ainsi au moment qui symbolise la signature d’un contrat solennel entre elle et ce pays qui n’était pas obligé de lui ouvrir ses portes. Que vient-elle chercher ici?

Ensuite, son attitude n’est pas un geste isolé ou un simple «choix personnel». Il faut l’insérer dans une mouvance militante plus large, dont cette femme est le point le plus avancé et visible, visant à changer nos règles du vivre ensemble et à légitimer le refus radical du moindre compromis.

Agir comme elle le fait, c’est s’inscrire, qu’elle en soit consciente ou pas, manipulée ou pas, dans un projet politique agressif, conquérant, totalitaire et fascisant, bien décidé à saper les fondements de nos sociétés en jouant sur nos divisions, notre naïveté, notre mauvaise conscience non fondée, la complaisance de certains, et en retournant contre nous la rhétorique des droits individuels.

Se défendre contre cela n’est pas qu’une question de respect de soi. C’est carrément de la légitime défense.

 

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