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Un meurtrier en liberté ?

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Photo Archives / Agence QM

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Mine de rien, un meurtrier sortira de prison aujourd’hui du pénitencier de Cowansville. Encore pire, il ne sera jamais inquiété pour un meurtre commis il y a de cela 39 ans. L’assassinat d’une femme de 24 ans, enceinte de surcroit, restera maintenant sans conséquence. Comme si le geste posé par son bourreau devenait maintenant chose du passé, sans que la victime ou la famille n’y trouve justice pour la première sinon la paix pour ceux qui restent.

Et qui va t’on blâmer pour ça ? La police voyons donc ! La police ! C’est l’essence même de l’article de Éric Thibault dans le Journal de Montréal dont le titre est sans équivoque : Piégé dans une opération «Mr. Big»: Michel Laflamme blanchi pour le meurtre de sa femme. Il fait évidemment référence à la décision de la Cour d’appel du Québec. Cette décision rendue hier fait en sorte que la mort violente de Carmen Waltz, étranglée en 1976 restera impunie, ne vous en déplaise, du moins pour le moment.

Mr Big en cause

Encore une fois, Mr Big est sur la sellette. Parce que dans cette triste histoire, on reproche à Mr Big, policier bien connu au fil des années, membre de toutes les forces policières au Canada d’avoir mal agi, d’avoir provoqué des aveux sous la pression, en utilisant des moyens qualifiés par le plus haut tribunal du Québec d’abus de procédure si les policiers utilisent des tactiques coercitives qui ont ou risquent d'avoir un effet de contrainte sur la volonté du suspect.

Les faits sont assez simples à comprendre. Le meurtre survient en 1974. C’est Michel Laflamme lui-même qui avait informé les policiers à l’effet qu’il avait découvert le corps de son épouse dans leur voiture. Du témoin important qu’il était à ce moment, Laflamme est rapidement devenu suspect de cet homicide. L’enquête n’avait cependant jamais permis d’élucider le crime.

Juste comme ça en passant, si les policiers avaient à utiliser des moyens coercitifs pour obtenir des aveux, ils l’auraient fait à ce moment non ? La caricature des policiers utilisant le bottin téléphonique pour interroger un suspect était pas mal plus en vogue à l’époque, aveux et condamnation garantie en prime.

Mais non, le dossier de ce meurtre est resté sur le bureau des enquêteurs qui, en novembre 2007, faisaient appel au célèbre Mr Big pour les aider à résoudre le crime. On connaît la suite, les multiples scénarios étalés sur une période de cinq mois ont eu pour effet de gagner la confiance de Laflamme. On lui a présenté une fausse organisation criminelle. Il a volontairement « joint » les rangs de cette organisation. Bien sûr qu’on lui a mis une certaine pression. Les policiers n’ont certainement pas fait dans la dentelle pour obtenir la vérité dans cette affaire.

Mais est-ce qu’ils l’ont pour autant menacé de sévices, d’être battu, poivré, tué ? Non pas du tout. Ils l’ont simplement menacé d’être exclu d’un groupe dont les activités « criminelles » lui donnaient de l’importance. Il voulait se montrer à la hauteur de ses «amis» supposément bandits. À tel point qu’il a confessé le meurtre et a même raconté comment ça s’est passé, dans les moindres détails.

Essentiellement, Michel Laflamme a dit à Mr Big avoir tué sa victime en l’étranglant. Il a ajouté avoir mis le corps dans leur voiture, s’être rendu au centre commercial en compagnie de leur autre enfant, une jeune fillette. Il a continué en disant s’être rendu dans un magasin pour ensuite simuler la découverte du corps à son retour à la voiture.

Il a ensuite été arrêté et accusé du meurtre survenu 32 ans auparavant. Déclaré coupable en 2010, il a été condamné à la prison à vie. Au cours du procès, il a dit avoir fait les confidences qui ont menés à sa condamnation sous la contrainte. Il a porté la décision en appel avec le résultat qui a été rendu public hier. La Cour d’appel du Québec lui a donné raison.

Contrainte de quoi, de qui ?

Ce qui apparaît pour le moins contradictoire dans la décision tient dans une phrase importante de la décision. La Cour a rappelé qu’il avait admis le meurtre avec « calme et assurance ». Est-ce là le signe d’une personne qui a peur et qui est contrainte d’avouer un crime que cette même personne n’a jamais commis ?

Est-ce que les détails spécifiques révélés à Mr Big n’étaient connus que du meurtrier et de quelques enquêteurs ? Et s’il avait si peur, pourquoi n’a t’il pas quitté cette organisation et au passage, révélé à la police l’existence de ce groupe de malfrats ? Autant de questions que j’espère seront soumises à la Cour suprême du Canada. Oui, je souhaite que la couronne aille en appel de cette décision de la Cour d’appel du Québec.

Et Mr Big dans tout ça ?

Entré dans la police il y a une vingtaine d’années environ, Mr Big a travaillé dans près de 350 dossiers non résolus au pays depuis son arrivée sur la scène policière. Dans près de 95 % des cas, il a envoyé des criminels en prison. Il a aussi permis d’innocenter des innocents. On peut dire qu’il est canadien puisque cette technique d’enquête a été développée chez nous. Il a su évoluer avec le temps et est l’objet de challenges continuels à la cour. L’année dernière, la Cour suprême du Canada a de nouveau validé cette façon de faire de la part des policiers. Ce qui n’empêche pas le plus haut tribunal du pays d’obliger Mr Big à se conformer à des balises toujours plus précises. Ainsi, les confessions obtenues lors de ce type d’opération doivent maintenant être corroborées par d’autres preuves. Pas de problèmes, les enquêteurs vont s’adapter.

En attendant

Il y a des familles qui attendent justice. Il y a des victimes qui n’ont pas de voix pour les représenter devant leur meurtrier. Mr Big, bien qu’imparfait est souvent celui qui vient apaiser bien des souffrances, bien des doutes, Je sais que beaucoup de dossiers attendent avec impatience l’entrée en scène de Mr Big. Je sais aussi que de nombreuses victimes et autant de familles demandent à trouver la paix. Pas le doute permettant à un meurtrier de se retrouver libre comme l’air, même 39 ans après un crime...