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Patients accessoires

Patients accessoires

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Impossible de ne pas éprouver un malaise devant cette décision du ministre Barrette de permettre aux médecins de collecter des frais accessoires à leurs patients. Il dit vouloir encadrer cette pratique vieille déjà de plusieurs années. Il aurait dû l’interdire, un temps du moins. Imposer une sorte de moratoire. Le temps qu’on en finisse avec les négociations du secteur public. Le temps qu’on en finisse avec la reddition des comptes publics.

Nos médecins n’auraient pas déclaré faillite. Quand on gagne en moyenne, entre 6 000 $ et 8 000 $ par semaine, on peut faire sa part, injuste ou pas, sa petite part de plus pour soutenir le retour à l’équilibre budgétaire. Surtout dans une province aussi pauvre que le Québec.

Et puis, quels sont ces frais au juste? Des gouttes pour les yeux d'une vieille paire d'yeux? Un comprimé quelconque? Peu importe parfois! L’important, c’est le tarif. Les patients sont accessoires... Et que ces frais soient désormais balisés n'enlève rien leur caractère abusif. Le Québec d'en bas réagira mal un de ces quatre...

Peut-être le ministre a-t-il oublié dans quel état émotionnel se retrouve un patient devant son médecin. C’est un chien devant son maître. Et il y en a des médecins sans scrupules, de véritables bergers allemands. Pas tous, évidemment. La plupart sont d'une gentillesse exemplaire. Compréhensifs et tout.

Mais sans s'en rendre compte, finissent-ils par passer outre à la détresse de la foule hagarde qui défile à leurs bureaux? Peut-être.

On s'habitue à tout, surtout au malheur des autres...

Un employé du journal m’a raconté qu’un jour, il a eu besoin de la signature de son médecin pour un formulaire d’assurance. Incapable de le joindre par téléphone, il s’est rendu à l’hôpital.

Il a attendu dans le corridor, près de son bureau, pour l’accrocher au passage.

-      J’ai besoin que vous me signez ça, svp.

-      C’est soixante piastres, a-t-il répondu en tendant la main.

Le gentil contribuable farfouille dans ses poches, sort trois billets de vingt dollars et les lui tend. Le médecin les enfile dans la poche de son sarrau, signe et, sans un mot, fout le camp.

Trop gêné pour demander un reçu, apparemment. Je ne me souviens pas qu’il ait eu une pensée pour les fonctionnaires du Revenu...