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POL-CAUCUS LIB�RAL
Photo Agence QMI, Simon Clark Une fois légalisée et même «encadrée», cette pratique des «frais accessoires» foncièrement inéquitable se répandra aussi vite au Québec qu’une grippe dans une garderie.

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Pendant qu’ils ont les yeux rivés sur la longue campagne fédérale, à l’Assemblée nationale, les Québécois se font passer en douce un sapin de taille. Le gouvernement Couillard s’apprête en effet à légaliser les frais médicaux dits «accessoires».

Pendant qu’ils ont les yeux rivés sur la longue campagne fédérale, à l’Assemblée nationale, les Québécois se font passer en douce un sapin de taille. Le gouvernement Couillard s’apprête en effet à légaliser les frais médicaux dits «accessoires».

Facturés aux patients par une minorité de médecins en clinique, ces frais couvrent des soins pourtant «assurés» à l’hôpital, allant d’un simple pansement aux gouttes ophtalmiques facturées à grand prix. Le tout, depuis des années, sous le regard complaisant de la Régie de l’assurance-maladie.

Dans une culture médicale de plus en plus entrepreneuriale, la suite est écrite dans le ciel. Une fois légalisée et même «encadrée», cette pratique foncièrement iné­quitable se répandra aussi vite au Québec qu’une grippe dans une garderie.

Pour les patients, c’est un marché de dupes. Pour couvrir les coûts du système de santé, y compris les augmentations pharaoniques de rémunération des médecins, les Québécois paient déjà collectivement par le biais des impôts.

Marché de dupes

L’iniquité réside dans la création d’un obstacle financier à l’accès aux soins, par l’ajout d’une deuxième facture, celle-là individuelle, pour ceux qui auront le malheur de consulter en clinique un médecin friand de frais ­accessoires.

D’où le barrage de critiques venant des partis d’opposition, mais aussi de plusieurs médecins et organismes opposés à cette marchandisation accrue des soins.

Dans un plaidoyer contre la légalisation des frais accessoires, la Protectrice du citoyen exige un débat public, un vrai. «Le glissement graduel vers une contribution directe de plus en plus grande des usagers», écrit-elle, mine le caractère public du système de santé.

«Les conséquences ne sont pas banales», prévient-elle, «l’équité dans l’accès aux services de santé et aux services sociaux est ainsi remise en question». On serait surtout tenté d’ajouter: «une fois de plus»...

Un spectacle désolant

Or, rien n’ébranle le ministre de la Santé. Pas même la Loi canadienne sur la santé interdisant la facturation de frais déjà assurés par le régime public.

Cette semaine, en commission parlementaire, Gaétan Barrette prenait souvent de haut les députés du PQ, de la CAQ et de Québec solidaire, pourtant tous à la recherche de solutions plus équitables.

Si ce spectacle désolant était diffusé par un grand réseau en plein prime time, les citoyens n’en reviendraient pas. Multipliant les sarcasmes en guise de réponses, le ministre poussait même l’enveloppe jusqu’à lancer ceci au péquiste Jean-François Lisée: «Le député de Rosemont, manifestement, est resté probablement à sa phase anale au sens psychiatrique du terme.»

Gaétan Barrette jure aussi que sans cette légalisation, les impôts seraient augmentés pour compenser les 50 millions $ annuels couvrant l’équivalent du coût des frais ­accessoires.

Les solutions de rechange ne manquent pourtant pas. Y compris d’inclure ce même montant dans l’enveloppe globale de la rémunération déjà généreuse des médecins. D’autant plus qu’en légalisant ces frais, la somme de 50 millions est nécessairement appelée à grimper.

Malheureusement, le ministre oublie qu’il doit maintenant protéger le système de santé public et non plus l’enrichissement des médecins comme au temps récent où il présidait la Fédération des médecins spécialistes.

L’heure est venue de ranger le stéthoscope.

 

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