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Deux Québécois qui voulaient rejoindre les combats en Syrie de retour au Québec

Lyne Decarie
Merouane Ghalmi, soupçonné d’être terroriste

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Sans tambour ni trompette, deux jeunes Montréalais partis combattre en Syrie sont de retour au Québec.

Sans tambour ni trompette, deux jeunes Montréalais partis combattre en Syrie sont de retour au Québec.

L’un d’eux a quitté le Canada pour se joindre aux djihadistes en Syrie, mais ne s’y est pas rendu pour des raisons inconnues. Le deuxième, lui, s’est rendu jusqu’à la zone de conflit et il est aussi de retour.

Ces informations n’ont toutefois jamais été rendues publiques, ce qui montre à quel point les autorités maintiennent la culture du secret dans les questions de terrorisme.

Ce premier combattant est Merouane Ghalmi, de Pierrefonds, qui aurait tenté de voyager en Syrie pour rejoindre un groupe djihadiste en 2013 ou 2014. Il est un de sept jeunes Canadiens étiquetés en 2015 comme terroristes potentiels.

L’identité du deuxième jeune Québécois demeure inconnue. Il a participé aux combats. Il n’est pas allé rejoindre des djihadistes, mais plutôt l’Armée syrienne libre (ASL), un groupe de militants et d’ex-soldats syriens qui combattent le régime meurtrier de Bashar Al-Assad.

Parti pour revenir

Avant son départ en 2012, ce jeune Montréalais aurait prévenu les autorités canadiennes qu’il allait rejoindre l’ASL, puis il les a contactées une deuxième fois avant son retour à Montréal, selon nos informations. Il serait revenu après que son chef eut été abattu par des membres de l’État islamique.

Il a été arrêté par la GRC à l’aéroport de Montréal et envoyé en évaluation psychiatrique pendant 48 heures. On voulait ainsi déterminer s’il était un extrémiste en proie à la violence.

Il a été remis en liberté sans aucune accusation. La GRC serait retournée le voir en octobre 2014 pour vérifier ses états d’âme et ses intentions après les attentats terroristes de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa.

Plus de transparence

Les autorités fédérales devraient mieux communiquer avec les citoyens sur des questions et des cas de terrorisme, estime le Comité permanent du Sénat sur la sécurité nationale.

«La sensibilisation publique à l’égard de l’extrémisme et du terrorisme exige que les Canadiens soient avisés au sujet du statut de certaines personnes et organisations liées au terrorisme», a conclu ce comité dans un rapport déposé au Parlement cet été.


La culture du secret

Des enquêteurs de sécurité nationale de la GRC ont utilisé des affidavits secrets pour obtenir des ordonnances préventives contre Ghalmi et d’autres suspects de djihadisme en vertu de l’article 810.01 du Code criminel, soutenant qu’ils craignent que ces jeunes aillent commettre des actes terroristes. 
 
Ces affidavits présentés à des juges en privé ne sont cepen­dant jamais déposés en cour. Les avocats des suspects en ont des copies, mais ces docu­ments restent cachés au public.
 
Demandes refusées
 
Cette semaine, notre Bureau d’enquête a demandé à la cour, sans succès, de forcer le gouvernement à rendre publics ces documents. Le gouvernement a aussi refusé de communiquer les documents en répon­se à une demande d’accès à l’information déposée à la GRC. 
 
La GRC a seulement dit qu’elle avait des raisons de croire que Ghalmi pourrait commettre une infraction de terrorisme, sans explication. 
 
Les autorités judiciaires lui ont fait signer un engagement de garder la paix qui l’oblige à n’avoir aucune communication sur les réseaux sociaux avec des individus vivant en Syrie. 
 
Annie Delisle, porte-parole de la GRC, n’a pas voulu répon­dre à nos questions sur le voyage de Ghalmi. La GRC dit qu’elle ne discute pas d'un dossier quand il n’y a pas d’accusa­tions.
 
Nous avons tenté de parler à Merouane Ghalmi, mais un membre de sa famille a menacé d’appeler la police quand nous l’avons croisé à la porte de sa résidence de Pierrefonds.
 
«Vous n’avez pas le droit de téléphoner chez moi», nous a aussi dit son père au téléphone en raccrochant aussitôt.
 
Secret, secret, secret
 
La GRC a perquisitionné dans la résidence de Ghalmi à Pierrefonds plus tôt cette année pour une enquête criminelle toujours en cours, a appris notre Bureau d’enquête.
 
Des policiers de l’Équipe inté­grée de la sécurité nationale (EISN) sont restés près de cinq heures à l’intérieur de la résidence familiale avant de repartir avec des objets saisis.
 
Les motifs de cette perquisition et la liste des objets saisis ont été scellés par un juge.

Brèves

Quatre autres cas

MONTREAL

Daniel Minta Darko
Daniel Minta Darko, 26 ans: A signé son 810 le 10 avril. C’est un  ami de Ghalmi. Il n’a pas le droit de communiquer avec Ghalmi ni avec d’autres djihadistes; on ignore pourquoi.

ÎLE-DU PRINCE-ÉDOUARD

Seyed Amir Hossein Raisolsadat

Seyed Amir Hossein Raisolsadat, 20 ans. A signé son 810 le 22 mai 2015.   Cet étudiant universitaire en chimie a été arrêté le 25 mars.  Dans son cas, les médias ont fait état d’un mandat de perquisition de la GRC  – exécuté en secret en 2014 – qui décrit pourquoi la police s’intéressait à lui depuis 2013.  Raisolsadat aurait fait l’acquisition de matériel qui pourrait être utilisé pour produire de la ricine toxique et il possédait des plans d’une petite roquette avec une tête pouvant contenir des produits chimiques. Raisolsadat  insiste qu’il s’agissait d’une «mésentente tragique». 

TORONTO

Abdul Aziz Aldabaous,  18 ans.  Arrêté le 17 septembre par la GRC, la police de Toron­to et l’Ontario Provincial Police.  Sa résidence a été perquisitionnée  et un ordinateur a été saisi. Tout ce qui concerne son cas est tenu secret.  
 

WINNIPEG

Aaron Driver

Aaron Driver, 24 ans,  nom d’emprunt « Harun Abdurahman». Arrêté et visé par une demande de 810 le 5 juin. Sur les réseaux sociaux, Driver a soutenu l’attentat sur la colline du Parlement par Michael Zeha­f-Bibeau.  Se décrivant comme partisan de l’État islamique, Driver dit que le gouvernement canadien  méritait un tel attentat. Il conteste la constitutionnalité de son 810. 

QUI SONT ILS ?

Les jeunes soupçonnés de vouloir commettre des actes terroristes doivent s’assujettir à des conditions sévères, même s’ils ne sont pas accusés d’un crime:

  • Ils portent un bracelet électronique GPS pour qu’on puisse suivre leurs déplacements. 
  • Ils doivent remettre leurs passeports aux autorités. 
  • Ils doivent faire des visi­tes hebdomadaires à un poste de police. 
  • On leur interdit  de communiquer avec des djihadistes en Syrie, en Turquie et même en Malaisie. 
  • On leur interdit de visiter des sites web liés au terrorisme ou aux extrémistes.

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